«Inspirer»: le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer

Andrew Scheer
Photo: Montage Le Devoir Andrew Scheer

Deux ans après son élection à la tête du Parti conservateur, Andrew Scheer demeure peu connu au Canada. S’il veut parvenir à déloger Justin Trudeau après un seul mandat, il devra vite y remédier. Il devra convaincre les Canadiens cet automne que les conservateurs méritent de revenir au pouvoir après seulement quatre ans d’absence.

L’élu de la Saskatchewan a créé la surprise en remportant la course à la chefferie des conservateurs en 2017. Il s’était peu fait remarquer en menant une campagne en continuité directe avec l’héritage politique de Stephen Harper. Alors que tous prédisaient à l’époque une réélection facile pour Justin Trudeau, Andrew Scheer représentait en quelque sorte l’intendant qui tiendrait les rênes du Parti conservateur le temps d’un deuxième mandat libéral. Ce qui explique que les candidats vedettes comme Peter MacKay, James Moore ou Rona Ambrose aient renoncé à briguer la chefferie cette fois-là.

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Or, Justin Trudeau a rencontré plus d’embûches que prévu et Andrew Scheer a réussi à le chauffer, voire à le dépasser de quelques points de pourcentage, dans les sondages. Les chiffres se sont toutefois resserrés à la veille de la campagne électorale.

Vieilles promesses ?

Bien qu’Andrew Scheer ait prononcé cinq grands discours politiques ce printemps pour préparer le terrain de la joute électorale, peu de ses idées se sont démarquées. Le chef conservateur promet un nouveau corridor énergétique unique pour transporter les ressources naturelles au pays. Sinon, les promesses conservatrices reprennent essentiellement celles défendues il y a quatre ans par Stephen Harper : une rigueur budgétaire pour revenir à l’encre noire, des baisses d’impôt, la réouverture d’un Bureau de la liberté de religion, des évaluations environnementales moins contraignantes et un rapprochement avec Israël tout en durcissant le ton envers la Russie et l’Iran.

Ce qui fait que les libéraux se plaisent à traiter Andrew Scheer de « Stephen Harper avec le sourire ». Justin Trudeau s’en prend en outre à son adversaire en l’associant au premier ministre ontarien, Doug Ford, qui a imposé d’importantes compressions budgétaires dans la province où les conservateurs fédéraux espèrent faire des gains pour remporter le pouvoir le mois prochain. Les troupes libérales ont également dénoncé le fait que M. Scheer compte permettre à ses députés de déposer des projets de loi privés sur l’avortement s’ils le souhaitent — bien que le chef s’y opposerait, personnellement. Les libéraux tentaient ainsi de faire peur aux électeurs de la frange plus progressiste de la famille conservatrice.

Andrew Scheer doit en outre surveiller la droite du mouvement conservateur, courtisée par son ancien rival Maxime Bernier. Son Parti populaire du Canada n’est crédité que de 2 % à 3 % des intentions de vote dans les sondages nationaux. Il a toutefois réussi lors de l’élection partielle dans Burnaby-Sud à récolter 11 % d’appuis avec une candidate locale connue — Laura-Lynn Thompson, une animatrice d’émission au caractère religieux. Un résultat qui, s’il se répétait cet automne, pourrait embêter le Parti conservateur dans quelques circonscriptions où le vote conservateur et le vote libéral sont plus serrés.

Malgré la défaite de 2015, Andrew Scheer peut néanmoins se réjouir d’avoir hérité d’un parti en santé : les finances vont bien, la formation récolte encore autour de 34 % des intentions de vote dans les sondages, et 82 des 99 députés élus il y a quatre sont de nouveau sur les rangs cette année.

Le chef arguait justement, pour défendre son programme lors de la course à la chefferie, que les Canadiens n’ont pas renié les idées conservatrices en 2015, mais simplement voté pour le changement après neuf ans de gouvernement conservateur. L’équipe d’Andrew Scheer fait le pari que les Canadiens seront déjà prêts à renouer avec leur parti.

Le PCC souhaite faire des gains en Ontario, dans les provinces de l’Atlantique et au Québec, où il n’espère rien de moins qu’une vague bleue. La formation mise pour ce faire sur des candidats connus localement au Québec, dont le quart sont issus du monde municipal.