Perry Bellegarde prône le vote, plutôt que la chaise vide

Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, s’est adressé aux médias lundi.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, s’est adressé aux médias lundi.

Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations reconnaît que, finalement, il y a du bon à se prévaloir de son droit de vote fédéral. Et Perry Bellegarde espère que ses compatriotes seront nombreux à faire comme lui, au mois d’octobre, et à voter pour une seconde fois afin d’influencer les élus fédéraux.

Le chef Bellegarde n’avait jamais voté avant le scrutin de 2015. Mais il l’a fait, il y a quatre ans, comme des milliers d’autres Autochtones qui ont participé au scrutin en nombre record. Élections Canada a recensé un taux de participation de 61,5 % dans les réserves autochtones (les seules statistiques disponibles pour dresser un portrait de la situation). Il s’agissait d’une hausse de 14 points de pourcentage par rapport au scrutin de 2011, lors duquel la participation était dans la moyenne des 40-48 % depuis 2004. La participation record de 2015 a permis d’influer sur l’issue du vote dans 50 circonscriptions et de la sceller dans 21 autres, selon le chef Bellegarde.

« Je vais encourager les gens à voter, parce que nous avons maintenant un impact. Si vous voulez être élus députés, vous feriez mieux d’écouter les préoccupations et les priorités des Premières Nations », a prévenu le chef national, en conférence de presse à Ottawa à quelques jours du déclenchement de la campagne électorale. « Nous devons utiliser tous les outils de notre coffre à outils, ou toutes les flèches de notre carquois, pour amener des changements politiques et législatifs. Et voter en fait partie. »

M. Bellegarde s’est toutefois abstenu d’appuyer une formation plutôt que les autres. « Je n’endosse aucun des partis », a-t-il martelé, en invoquant son devoir de réserve à titre de chef national des centaines de Premières Nations. « Je demande aux membres des Premières Nations d’aller voter, de regarder ce qui s’est fait depuis quatre ans, d’étudier les plateformes des partis et de voir lesquels prennent des engagements clairs. »

Scheer pourrait ajuster le tir

Or, la liste de priorités citées par l’Assemblée des Premières Nations lundi permet de comprendre que les conservateurs ne sont pas au diapason de leurs revendications.

Le chef Bellegarde a déploré l’urgence de la crise climatique et une dépendance encore trop grande aux énergies fossiles — que défendent les conservateurs. Il réclame une part des revenus de la tarification du carbone pour les Autochtones — taxe que veulent abolir les conservateurs. M. Bellegarde revendique en outre l’harmonisation de toutes les politiques et lois fédérales avec les droits inhérents des Autochtones, de même que l’harmonisation des lois fédérales avec la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones — les sénateurs conservateurs ont bloqué l’adoption d’un projet de loi privé en ce sens.

Nous devons utiliser tous les outils de notre coffre à outils, ou toutes les flèches de notre carquois, pour amener des changements politiques et législatifs. Et voter en fait partie.

« Je suis très, très diplomate, comme je me dois de l’être en tant que chef national, parce que je dois travailler avec quiconque sera élu », a plaidé le chef lorsque ces contradictions entre ses priorités et celles du Parti conservateur lui ont été soulignées.

M. Bellegarde a cependant affirmé que le chef conservateur, Andrew Scheer, ferait bien de clarifier que, s’il est élu, il n’aura pas la même relation avec les communautés autochtones que son prédécesseur, Stephen Harper. « S’il veut aller chercher beaucoup d’appuis chez les communautés autochtones, ce serait certainement un pas dans la bonne direction. »

L’ancien premier ministre conservateur Stephen Harper avait eu une relation houleuse avec les communautés, qui a culminé avec les manifestations du mouvement Idle No More.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau n’a pas pour autant un bulletin sans faute aux yeux de l’APN. Le chef national a salué les progrès accomplis, mais argué qu’il restait beaucoup à faire pour combler l’écart qu’accusent encore les communautés autochtones par rapport aux services et aux débouchés auxquels ont droit les non-Autochtones.