Elizabeth May croit qu’elle n’aura pas à tordre de bras sur la question de l'avortement

Elizabeth May rappelle que le programme du Parti vert stipule être pour le libre accès aux interruptions volontaires de grossesse.
Photo: Cole Burston La Presse canadienne­ Elizabeth May rappelle que le programme du Parti vert stipule être pour le libre accès aux interruptions volontaires de grossesse.

À l’instar de son rival conservateur, Andrew Scheer, la cheffe du Parti vert ne forcera pas ses éventuels députés à voter contre un projet de loi resserrant l’accès à l’avortement, pas plus qu’elle ne les empêchera de présenter une telle mesure à la Chambre des communes. Elizabeth May estime que les règles internes de sa formation ne lui confèrent pas ce pouvoir. Mais elle considère ces scénarios hypothétiques puisque le Parti vert est officiellement pro-choix.

« C’est une différence-clé entre le Parti vert et les autres partis politiques, explique Mme May en entrevue avec Le Devoir. Comme cheffe, je n’ai pas le pouvoir d’exiger que les députés votent comme ci ou comme ça. […] Je suis la porte-parole principale du Parti vert, mais je ne suis pas un dictateur. »

Le chef conservateur s’est retrouvé dans l’embarras parce que lui non plus n’empêchera pas ses députés de présenter un projet de loi anti-avortement et de voter pour, bien que lui-même s’engage à voter contre. Elizabeth May estime néanmoins que sa position n’est pas comparable puisque le programme du Parti vert stipule clairement être pour le libre accès aux interruptions volontaires de grossesse.

« Chaque personne qui veut devenir candidate doit répondre à un questionnaire demandant si elle a lu les politiques du Parti vert et s’il y a des enjeux pour lesquels sa position est différente », rappelle Mme May. Ce questionnaire est une garantie que les candidats verts sont pro-choix. « Nous n’avons pas un seul candidat qui est dans le groupe des conservateurs pro-vie opposés au droit des femmes. » Selon la recension effectuée par Campaign Life Coalition, 68 candidats conservateurs à l’élection de cet automne s’opposent à l’avortement, mais aucun vert.

Le NPD, qui craint de perdre sa position de parti-refuge pour les électeurs plus à gauche, entend faire valoir en campagne électorale que le Parti vert n’est pas aussi progressiste que lui. Mme May craint-elle que le NPD utilise la question de l’avortement pour appuyer son argumentaire ? Elle s’y attend, mais elle fera valoir qu’un chef moins autoritaire garantit aux électeurs que le programme du parti sera respecté. « Moi, j’ai déjà vu le NPD imposer une façon de voter à ses députés qui allait à l’encontre de la plateforme du parti », dit-elle en évoquant le vote de 2011 en faveur du bombardement de la Libye.

Quel pouvoir de coalition ?

Mme May a indiqué il y a deux semaines au Devoir qu’elle serait prête à troquer l’appui de son parti contre des mesures climatiques plus musclées si le prochain gouvernement devait être minoritaire et qu’elle détenait la balance du pouvoir.

Mme May assure aujourd’hui que son incapacité à imposer la ligne de parti ne l’empêchera pas de sceller une telle alliance. Elle demandera à chacun de ses députés de signer individuellement un « contrat » les engageant à voter solidairement pour le gouvernement sur les questions de confiance. « Je n’ai pas le pouvoir d’imposer la ligne de parti, alors j’ai besoin de m’assurer que, lorsque je négocie avec les autres partis, ils savent que je peux leur livrer les votes dont ils ont besoin pour que le gouvernement ne tombe pas. »