Quatre partis, quatre déclinaisons du nationalisme québécois

En tirant encore plus le tapis nationaliste sous ses pieds, la CAQ bouscule le Parti québécois (PQ).
Illustration: Sébastien Thibault En tirant encore plus le tapis nationaliste sous ses pieds, la CAQ bouscule le Parti québécois (PQ).

Après avoir confié la responsabilité de la langue française au ministre Simon Jolin-Barrette mercredi, François Legault s’est appliqué, sans que personne lui demande, à définir le nationalisme qu’il prône.

« En campagne électorale, la Coalition avenir Québec [CAQ] avait promis d’être un gouvernement nationaliste », a déclaré le premier ministre d’entrée de jeu à la presse. « Pour moi, être nationaliste, c’est d’abord fondé sur trois piliers : la langue française, la culture et la laïcité de l’État. »

Contrairement à ce qu’il affirmait au Devoir en juin dernier, il n’exclut plus la possibilité de rouvrir la loi 101 et promet « quelque chose d’ambitieux » pour l’industrie culturelle. « La culture, c’est l’âme d’un peuple », a-t-il fait valoir.

François Legault embrasse aujourd’hui le nationalisme autonomiste… après avoir défendu le nationalisme indépendantiste.

Dans un entretien à la fin juin, le chef du gouvernement disait s’affairer à accroître la fierté nationale québécoise. « Pour moi, c’est important cette fierté-là. Moi, j’ai toujours été nationaliste. J’ai même été souverainiste », a-t-il dit. Que permet cette fierté ? « Ça permet d’avoir des projets collectifs », a répondu M. Legault sans hésitation.

Outil de rassemblement

Tous les partis se réclament aujourd’hui d’une forme de nationalisme. Pour cause, « aucune autre idéologie, aucun autre mouvement social n’ont constitué un instrument de rassemblement aussi puissant depuis la Révolution française », souligne le politologue Louis Balthazar dans son ouvrage Nouveau bilan du nationalisme au Québec.

Le politologue a défini le nationalisme comme « un mouvement qui consiste à accorder une priorité à l’appartenance nationale et à lutter pour une meilleure reconnaissance de la nation à laquelle on appartient ». « Pour un petit peuple comme celui du Québec, le nationalisme est un ingrédient presque indispensable à son existence, à sa survie, à son développement », insiste-t-il.

Tout le monde est nationaliste ici, autour de la table, d’un coup sec ! 

En tirant encore plus le tapis nationaliste sous ses pieds, la CAQ bouscule le Parti québécois (PQ). À trois ans des élections générales, la formation politique de François Legault veut-elle la peau du PQ ?

« M. Legault voulait s’attaquer lui aussi aux “vraies affaires”, aux questions économiques. Là, on découvre un M. Legault culturel de bout en bout : laïcité, culture, langue. Ça, c’est déjà un étonnement. Pourquoi jouer la carte du nationalisme ? Est-ce que c’est bêtement pour aller chercher un électorat péquiste tout en compliquant la vie aux libéraux, qui vivent de leur électorat anglophone depuis la Confédération ou à peu près ? » demande l’historien Yvan Lamonde.

Le professeur en sciences politiques de l’Université Laval Réjean Pelletier en est persuadé. « La CAQ voit le PQ comme son adversaire principal, soutient-il. La clientèle qu’elle peut encore courtiser est celle du PQ. Donc, plus il y aura de gens qui viennent du PQ, moins il sera fort et moins il sera un obstacle à la montée de la CAQ, et ça, pour assurer une plus longue vie au pouvoir à la CAQ. »

Le leader parlementaire, Martin Ouellet, a dit cette semaine ressentir comme « un petit velours » la volonté de M. Legault de rouvrir la Charte de la langue française. Ce faisant, le gouvernement donne tort à « ceux et celles qui pensent que le Parti québécois est un parti moribond et n’a rien à proposer », a affirmé M. Ouellet en marge d’un caucus des neuf élus péquistes.

Poussé dans ses retranchements, le parti politique fondé par René Lévesque poursuit l’objectif de « fond[er] un pays, non pas [d’assurer] la gestion ordinaire d’une province », a insisté la présidente Gabrielle Lemieux. Pour le PQ ,le nationalisme conduit logiquement à l’indépendance.

N’étant plus souverainiste, François Legault n’est pour sa part « pas piégé par des contraintes ou des extrêmes », avance M. Lamonde. « Ce n’est pas un idéologue. Il est très pragmatique. C’est probablement pour ça qu’il réussit. C’est ce qui fait sa force. Ce que les libéraux et les péquistes n’ont pas réussi à faire avec la laïcité, lui l’a fait. Ce que les libéraux et les péquistes n’ont pas réussi à faire avec une révision de la politique linguistique, lui a décidé de s’y attaquer », poursuit-il.

À Québec, le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, ne voulait pas être en reste. Le Parti libéral du Québec est nationaliste, a-t-il assuré, avant d’être appelé à préciser sa vision du nationalisme. « Premièrement, la défense des intérêts du Québec », a-t-il déclaré tout en pointant le Plan Nord. Il s’agissait d’une initiative visant à favoriser la croissance de « nos entreprises » et l’occupation du territoire. « Et je terminerai aussi en vous disant que, sur le plan de la culture, regardez, année après année, les sommes d’argent qui ont été mises pour la culture au Québec [par le PLQ] », a-t-il ajouté.

Le PLQ, qui est boudé par l’électorat francophone, est aussi disposé à « améliorer certains éléments de la loi 101 », mais à condition de ne pas porter atteinte aux droits individuels, a poursuivi M. Arcand, provoquant l’étonnement de ses adversaires politiques.

Le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, était ébaubi par cette nouvelle.

Son confrère Harold LeBel dit avoir remarqué un changement de ton de la part des élus libéraux. À un moment durant les travaux de la commission parlementaire sur l’avenir des médias, la députée de Verdun, Isabelle Melançon, préconisait le rapatriement de pouvoirs qui sont actuellement entre les mains du gouvernement fédéral. Qui plus est, la députée de Verdun acquiesçait à l’évocation par des intervenants de la politique de « souveraineté culturelle » mise en branle par Robert Bourassa. « Tout le monde est nationaliste ici, autour de la table, d’un coup sec ! » a lancé M. LeBel.

Québec solidaire aussi. Le parti de gauche se réclame d’un « nationalisme civique » et indépendantiste qui, insiste la députée Catherine Dorion, ne fait pas de distinction entre les Québécois dit de souche et les néo-Québécois. « Ce qu’on veut faire, nous autres, c’est un projet de société qui est enthousiasmant, qui est emballant, qui ne met pas du monde de côté en disant “Toi, t’es pas vraiment Québécois”, a-t-elle expliqué. Ceux qui sont Québécois, c’est ceux qui veulent l’être. »

Pour Louis Balthazar, « un véritable nationalisme ne peut que viser au rassemblement et à la solidarité de tous ceux qui composent la nation ».

5 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 7 septembre 2019 04 h 55

    … fierté à la québécoise !

    « Pour Louis Balthazar, « un véritable nationalisme ne peut que viser au rassemblement et à la solidarité de tous ceux qui composent la nation ». » (Marco Bélair-Cirino, Mylène Crête, Le Devoir)

    Possible, mais ce yahou :

    Bien que ce genre de « rassemblement-solidarité » compose la fierté d’être ou de vivre dans une nation « X », le nationalisme québécois (le « véritable »), quant à lui et lui seul, se définit comme étant « ce » passage de l’autonomie à l’autodétermination de Peuple-Nation l

    Sans ce passage, le Québec risque d’être entouré d’aucun nationalisme susceptible de l’émanciper-libérer de …

    … fierté à la québécoise ! – 7 sept 2019 -

  • Jean-Charles Morin - Abonné 7 septembre 2019 10 h 36

    Des nationalismes nouveau genre assez peu... nationalistes.

    Le PLQ, nationaliste? Québec solidaire, nationaliste? Il y a de quoi tomber de sa chaise devant un tel culot dont le seul but est de leurrer le citoyen jusqu'au trognon. Quant au PQ et à la CAQ, ce n’est guère mieux tellement leur position respective donne l’impression qu’ils marchent sur des œufs.

    Décidément il y en a qui, ayant humé l'air du temps, aiment maintenant jongler avec des mots et des concepts sur lesquels ils vomissaient il n'y a pas si longtemps. Une forme d'appropriation culturelle "bon chic, bon genre" que nos curetons habituels se garderont bien de dénoncer puisqu'ils en sont partie prenante.

    Une chose est certaine: les politiciens, qu'ils soient de gauche ou de droite, resteront toujours des politiciens. On trouve chez eux des pseudo-Canadiens, des crypto-Canadiens, des Canadiens "pour-le-cash" et des Canadiens honteux. Très peu de Québécois vraiment sincères dans cette désopilante brochette.

    Maintenant que nos leaders politiques logent à l'enseigne du nationalisme sublimé, du nationalisme faiblard, du nationalisme imaginaire ou du nationalisme de pacotille, les électeurs francophones se voient offrir un vaste choix de menus pauvres en calories. Le bar est ouvert: les amoureux du fleurdelisé délavé n'ont plus qu'à venir se régaler...

  • Bernard LEIFFET - Abonné 7 septembre 2019 17 h 11

    Le ou les nationalismes?

    Les politiciens au Québec, comme ailleurs, doivent faire des pirouettes,en quête d'un bon coup, comme celui de soulever l'avenir du Québec! En fait, la stratégie des partis en présence, consiste à se mesurer et se comparer à des modèles plus ou moins concrêts, donc rien de nouveau à se péter les bretelles. Le nationalisme mou, celui des libéraux, évolue certes, mais il paraît inimaginable qu'il devienne un réel instrument contre ceux qui gouvernent à Ottawa. Ils n'ont pas d'autres choix que de protéger les anglophones du Québec, dans un contexte nous le savons tous de non réciprocité! Celui de la CAQ reflète les membres de la coalition, dont les péquistes migrateurs dont aucun ne détient un poste important. La prudence étant de mise avec ceux-ci, le chef, François Legault, ancien péquiste migrateur lui-aussi, tient là une carte d'un nationalisme, tout en reconnaissant par son autonomie la suprématie du gouvernement fédéral. Bref, les ationalismes des libéraux et de la CAQ ne feront pas des vagues pour l'avenir du Québec et ne feront pas la manchette bien longtemps!
    Le nationalisme du PQ ne fait pas dans la demi-mesure, c'est l'indépendance. Il a l'avantage de ne pas tourner en rond et de mettre en avant la culture et la langue française comme signe de ralliement. J'en suis, même si je suis un vieux colporteur qui voit là le seul moyen de se libérer de ce carcan, vestige du colonialisme britannique avec dans les autres provinces une culture et des traditions aux antipodes des nôtres! Ainsi, pour Lord Durham les canadiens français forment un peuple sans histoire ni littérature! Pourquoi pas une bande d'imbéciles ou de tarés? Assez, c'est assez! Le nationalisme de QS mène aussi à l'indépendance, avec une démarche gauchiste qui rompt avec notre contexte nord-américain.
    En résumé, deux nationalismes plutôt mous des libéraux et de la CAQ, et deux nationalismes radicaux, ceux du PQ et de QS menant à l'indépendance! Pas de quoi être surpris!.

  • Jean-François Trottier - Abonné 8 septembre 2019 09 h 01

    Mme Dorion

    "qui ne met pas du monde de côté en disant , a-t-elle expliqué. Ceux qui sont Québécois, c’est ceux qui veulent l’être. "

    Elle dit exactement ce que le PQ dit depuis 50 ans. Très original.

    Mais elle tente de faire croire le contraire en prétendant que certains disent “Toi, t’es pas vraiment Québécois”. Sous-entendu les péquistes. Ce qui est faux, évidemment... mais ça pogne auprès de ceux qui ont une courte vue, i.e. ceux à qui on bloque la vue. Qui bloque, avec sa pensée réductrice ? Disons par exemple, Mme Dorion et son parti. Qui divisent en prétendant que "les autres" sont des "pas correc". Ben oui, elle ne met personne de côté, elle!
    Elle n'est pas la seule, tant s'en faut! Toutefois elle est la seule à tenter de pervertir directement le message d'un autre parti, et intentionnellement.

    Elle devra bien réaliser un jour qu'aucun nationalisme n'existe sans un minimum de consensus, ce qui va à l'encontre de toute la campagne de laisser-aller de QS, sous la fausse idée de "laisser vivre" dans un contexte où tous les groupes sociaux sont des minorités, y compris et surtout la majorité arithmétique. Invivable position qui confond les cultures plutôt que de les faire discuter toutes ensemble dans le respect au lieux de laisser les affrontements se produire automatiquement par la fausse acceptation silencieuse qui mène à l'ignorance.
    Le résultat, c'est les crimes haineux qui se multiplient à Toronto, c'est une ville hyper-espionnée cmme Londres, où pourtant il y a le plus d'attentats au monde.

    C'est des gens qui se regardent de travers ou pas du tout au lieu des Montréalais qui, jusqu'à il y a peu, se souriaient les uns les autres sans raison dans la rue. Comme ça. Parce qu'un sourire vaut mieux qu'un air de beux.

    C'est "civique" mais c'est pas très humain, certainement pas nationaliste mais seulement "patché", "solidaire" seulement dans le sens syndical du mot, et ce n'est pas sûrement ce que je souhaite.

  • Pierre Michaud - Abonné 8 septembre 2019 10 h 03

    Un nationalisme rassembleur ?

    On est bien mal barré , si ce nationalisme actuel dans son enveloppe hostile envers tout nouveaux arrivants continue de la sorte en nous divisant .