Bilan finances publiques: sacrée classe moyenne!

Sous les libéraux, les dépenses du gouvernement canadien ont beaucoup augmenté. Elles ont bondi de 25% par rapport à la dernière année budgétée par les conservateurs, tandis que les revenus ont crû de 17%.
Photo: iStock Sous les libéraux, les dépenses du gouvernement canadien ont beaucoup augmenté. Elles ont bondi de 25% par rapport à la dernière année budgétée par les conservateurs, tandis que les revenus ont crû de 17%.

Les électeurs seront conviés aux urnes le 21 octobre prochain pour trancher une question somme toute assez simple : les libéraux méritent-ils de prolonger leur passage aux commandes du Canada ? En cette veille électorale, Le Devoir propose un bilan en sept volets du mandat occupé de Justin Trudeau. Aujourd’hui : les finances publiques.

La « classe moyenne » et « ceux qui travaillent fort pour en faire partie », combien de fois Justin Trudeau et ses ministres les ont-ils évoquée au cours des quatre dernières années ? Des dizaines, des centaines de milliers de fois ? Impossible de calculer tellement la formule a été répétée jusqu’à la caricature. Car cette classe moyenne a servi aux libéraux de justification pour leur mandat placé sous le signe de la dépense.

Des dépenses, il y en a eu avec l’équipe de Justin Trudeau. Le solde budgétaire en témoigne. Les libéraux avaient promis en 2015 des déficits « modestes » de moins de 10 milliards de dollars par année et un retour à l’encre noire en 2019-2020, pour un ajout total de 25 milliards de dollars à la dette. Mais dès leur premier budget, cette promesse a été remisée. Non seulement les déficits enregistrés pendant le mandat libéral totaliseront (en mars 2020) le triple, à 73 milliards, mais les libéraux n’offrent plus aucun horizon de retour aux surplus. Le dernier budget déposé en mars anticipe des soldes négatifs pour les quatre années d’un éventuel prochain mandat majoritaire.

Sous les libéraux, les dépenses du gouvernement canadien ont donc beaucoup augmenté. Elles ont bondi de 25 % par rapport à la dernière année budgétée par les conservateurs, tandis que les revenus ont crû de 17 %.

L’économie canadienne roule pourtant à plein régime. Le taux de chômage est descendu à 5,4 % en mai, un creux historique qui n’avait jamais été atteint depuis 1976, date à laquelle le gouvernement a commencé à colliger des données comparables. Le taux de chômage était de 6,8 % au déclenchement des élections de 2015.

Robin des bois

Les libéraux estiment que ces bons résultats économiques découlent de leurs interventions, en premier lieu leurs investissements massifs dans les infrastructures. Ils ont fait doubler, de 65 à 125 milliards, les sommes destinées aux infrastructures sur 10 ans. (Ils ont même bonifié la cagnotte, en étalant 33 milliards supplémentaires sur 12 ans.)

La Banque de l’infrastructure du Canada (BIC) a vu le jour afin de financer des projets considérés comme plus risqués qui généreront à terme des revenus. Cette entité, destinée à stimuler l’investissement privé en offrant une mise de départ, est dotée d’un budget de 15 milliards de dollars. La BIC a jusqu’à présent financé quatre projets (dont le REM de Montréal et le GO train de Toronto) et signé des protocoles d’entente pour trois autres, pour un total de 3,4 milliards engagés.

Les libéraux imputent aussi le succès économique canadien à leur refonte de l’aide aux familles et de la grille fiscale. Comme promis, ils ont aboli les diverses prestations existantes pour créer l’Allocation canadienne pour enfants, une prestation unique plus généreuse, non imposable et modulée en fonction du revenu familial. Au total, ce sont 4 milliards de plus par année qui sont versés aux parents, une bonification de 22 %. Statistique Canada a calculé que 278 000 enfants de moins vivaient sous le seuil de la pauvreté, en grande partie grâce à cette allocation.

Les libéraux ont aussi joué au Robin des bois. Ils ont ramené de 10 000 $ à 5500 $ le plafond annuel de contribution à un CELI en plaidant que seuls les plus riches avaient les moyens de verser une telle somme dans un compte où les intérêts s’accumulent à l’abri de l’impôt. Ils ont modifié la grille fiscale pour abaisser le taux d’imposition — de 22 % à 20,5 % — des revenus compris entre 45 000 $ et 90 000 $ et augmenté en contrepartie de 29 % à 33 % celui des revenus dépassant 200 000 $. Contrairement à ce qui avait été promis en campagne électorale, ce changement ne s’est pas fait à coût nul. Il fait perdre au Trésor 1,2 milliard de dollars par an.

Le gouvernement s’est aussi attaqué à une faille du régime fiscal permettant aux professionnels de s’incorporer et de payer beaucoup moins d’impôt que les salariés touchant un revenu équivalent, notamment en répartissant leurs revenus d’entreprise entre les membres de leur famille et en utilisant leur société privée comme un super-REER. Devant le tollé suscité par cette mesure, les libéraux ont assoupli leur réforme, qui permet quand même encore à Ottawa de collecter 850 millions de dollars de plus annuellement. Pour faire passer la pilule, ils ont cependant accordé aux PME la baisse d’impôt — de 10,5 % à 9 % — promise par les conservateurs, mais qu’eux n’avaient au départ pas l’intention d’honorer.

Des chômeurs aux fonctionnaires

Les libéraux ont beaucoup transformé le régime d’assurance-emploi. Ils ont d’abord annulé la réforme du précédent gouvernement. Celle-ci forçait les chômeurs à accepter un emploi situé jusqu’à une heure de route de chez eux et offrant un salaire jusqu’à 30 % moindre que le précédent, et exigeait des personnes nouvellement arrivées ou de retour sur le marché du travail à accumuler plus d’heures que les autres pour se qualifier aux prestations. M. Trudeau a aussi réduit de moitié la période de carence pendant laquelle un chômeur ne reçoit pas de prestation, à une semaine. Le coût de ces changements a été épongé par une diminution moindre que prévu des cotisations au régime.

Les libéraux ont aussi assoupli les congés de compassion et les congés parentaux. Un aidant naturel n’a plus à prouver que son proche n’a que six mois à vivre pour se qualifier aux prestations. Le congé de six mois (prolongé sous les libéraux, mais à l’initiative des conservateurs) peut maintenant être réparti en petits blocs au cours d’une période de 12 mois. Le congé parental d’un an, lui, peut être étalé sur 18 mois.

Les retraités ne sont pas en reste. Les libéraux ont bonifié le Régime de pensions du Canada pour faire en sorte que les bénéficiaires touchent à leur retraite 33 % plutôt que 25 % de leurs gains admissibles, dont le plafond est appelé lui aussi à augmenter. Ils ont également annulé la hausse de 65 à 67 ans de l’âge d’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse.

Les libéraux ont rétabli le crédit d’impôt de 15 % pour les épargnes placées dans des fonds de travailleurs. Ils ont bonifié le financement de CBC / Radio-Canada de 675 millions de dollars sur cinq ans et ont promis un crédit d’impôt pour les médias au coût de 595 millions.

En bon premier ministre « féministe » qu’il clame être, Justin Trudeau a fait adopter la première loi sur l’équité salariale obligeant les employeurs fédéraux à traquer et à enrayer toute iniquité entre les sexes. Les fonctionnaires fédéraux, eux, sont toujours aux prises avec le cauchemar du système de paye Phénix commandé par le précédent gouvernement, mais mis en service par les libéraux. Ottawa s’est engagé à le remplacer.