L’imam Hassan Guillet exclu du PLC

Hassan Guillet avait été choisi, il y a trois mois, au terme d’une course à l’investiture, pour représenter le Parti libéral du Canada aux prochaines élections fédérales.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Hassan Guillet avait été choisi, il y a trois mois, au terme d’une course à l’investiture, pour représenter le Parti libéral du Canada aux prochaines élections fédérales.

L’imam Hassan Guillet, qui s’était fait connaître grâce à un touchant sermon à la suite de la fusillade à la mosquée de Québec, ne sera finalement pas candidat pour le Parti libéral du Canada à l’élection fédérale imminente. Le parti lui a montré la porte après que le groupe B’nai Brith a mis au jour des déclarations passées que le groupe considère antisémites.

« Justin Trudeau et l’équipe libérale s’opposent fermement aux propos antisémites, haineux, racistes, islamophobes, homophobes, sexistes et à toute forme de discrimination », indique le communiqué de presse émis par le Parti libéral (PLC) en fin de journée vendredi. « À la suite d’un processus d’examen interne rigoureux, qui a duré des semaines, le Parti libéral du Canada a révoqué la candidature de M. Guillet pour la circonscription de Saint-Léonard–Saint-Michel. »

M. Guillet avait été choisi candidat il y a trois mois au terme d’une course à l’investiture. Le PLC effectue en amont une vérification d’antécédents de ses aspirants candidats, mais certains commentaires de M. Guillet rédigés en arabe sur les réseaux sociaux sont passés à travers les mailles du filet. Selon nos informations, des membres de la communauté juive auraient alerté le PLC, qui a alors entamé un second processus de vérification qui a impliqué non seulement des représentants de la communauté juive, mais aussi de la communauté musulmane. Signe que sa candidature était incertaine, le Parti n’avait pas encore donné le feu vert pour imprimer ses affiches électorales.

Constatant que les propos passés de M. Guillet seraient difficiles à défendre en campagne, le PLC a demandé à M. Guillet de partir de lui-même, ce qu’il a refusé de faire. Un communiqué de presse émis vendredi par le B’nai Brith a précipité les événements. « Les tropes antisémites des “gouvernements sionistes contrôlant le gouvernement” et de la “double loyauté” sont deux des expressions les plus abominables des théories paranoïaques du complot antijuif », y lit-on.

Propos controversés

 

On reproche à M. Guillet d’avoir salué en 2017 la remise en liberté du militant pro-Palestine Raed Salah. « Nous félicitons le cheikh Salah pour sa libération et sa résistance. […] Nous demandons à Dieu qu’il accélère la libération de tous les prisonniers ainsi que celle de la Mosquée al-Aqsa et de toute la Palestine », a-t-il écrit en arabe selon une traduction effectuée par La Presse canadienne. Raed Salah a été accusé par Israël en 2003 d’avoir financé le Hamas. On lui reproche aussi d’avoir propagé des théories conspirationnistes sur les « véritables » auteurs des attentats du 11 septembre 2001.

M. Guillet a aussi accusé Israël de pratiquer l’apartheid. Et il a qualifié Jared Kushner, le gendre du président américain, de juif fondamentaliste ultra-orthodoxe qui amène Washington à adopter un ordre du jour mettant les intérêts d’Israël en tête. Il a aussi écrit sur Facebook que « les sionistes contrôlent la politique américaine »

M. Guillet n’a pas nié les faits qui lui sont reprochés. Dans un communiqué de presse diffusé avant son éviction, il a écrit : « Si ces déclarations pouvaient être considérées offensantes à certains de mes concitoyens de confession juive, je m’en excuse. Mon intention n’était pas d’offenser qui que ce soit. Le manque de sensibilité de ces déclarations ne reflète pas ma personnalité ni ma façon d’être. Depuis, j’ai évolué. Tous ceux qui me connaissent, personnellement ou par mes oeuvres, savent que je suis contre la haine, le racisme, l’antisémitisme et la violence indépendamment de l’identité des auteurs ou des victimes. » Joint en soirée, après son expulsion, M. Guillet a refusé de faire des commentaires.

La candidature de M. Guillet dans Saint-Léonard–Saint-Michel avait provoqué des remous. Il était le premier candidat libéral non italien à souhaiter représenter cette circonscription qui a élu dans le passé Alfonso Gagliano et Massimo Pacetti. M. Guillet avait coiffé au fil d’arrivée ses deux adversaires italiens. Le député sortant, Nicola Di Iorio, avait déclaré que la communauté italienne se sentait « tassée ».

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