Tensions à Hong Kong: le Canada ne restera pas muet

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, et sa vis-à-vis canadienne, Chrystia Freeland
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, et sa vis-à-vis canadienne, Chrystia Freeland

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, refuse de céder aux critiques de la Chine, qui souhaiterait qu’elle s’abstienne de commenter les tensions à Hong Kong. Au contraire, malgré les remontrances du régime à son endroit, Mme Freeland martèle qu’elle a bien l’intention de continuer de défendre les valeurs canadiennes.

Chrystia Freeland a essuyé les reproches des autorités chinoises cette semaine, lorsque le porte-parole du ministère des Affaires étrangères l’a accusée personnellement — en la nommant, fait rare — d’avoir publié trois déclarations sur la situation à Hong Kong. Selon le compte-rendu de la télévision nationale, le porte-parole a reproché au Canada de s’être « gravement immiscé dans les affaires internes de la Chine » en formulant « des remarques irresponsables » et a sommé Ottawa d’être « prudent ».

« Il y a 300 000 Canadiens à Hong Kong, et c’est naturel et important pour le Canada de faire attention à ce qui s’y passe », a répliqué Chrystia Freeland à Ottawa jeudi.

Il est important pour le Canada de toujours défendre nos valeurs et l’intérêt national dans le monde. Et nous allons continuer de le faire

La fin de semaine dernière, la ministre a publié une déclaration commune avec l’Union européenne dénonçant un « nombre croissant d’incidents violents » et appelant à « faire preuve de retenue » et à « s’engager dans un processus de dialogue étendu et inclusif ». Le texte réitérait que le principe « un pays, deux systèmes » est inscrit aux accords internationaux.

« Il est important pour le Canada de toujours défendre nos valeurs et l’intérêt national dans le monde. Et nous allons continuer de le faire », a prévenu Mme Freeland, en conférence de presse aux côtés de son homologue américain, Mike Pompeo.

Cette escalade des tensions entre le Canada et la Chine survient alors que les deux Canadiens, Michael Spavor et Michael Kovrig, demeurent emprisonnés par les autorités chinoises. Les deux hommes ont été arrêtés en décembre dernier, quelques jours après l’arrestation à Vancouver de la dirigeante financière du géant de télécommunications Huawei, Meng Wanzhou. Le gouvernement canadien a suspendu jeudi tout déplacement en Chine pour ses employés locaux du consulat de Hong Kong. Ses diplomates canadiens ont quant à eux l’immunité diplomatique. Il y a deux semaines, un employé hongkongais du consulat britannique a été arrêté par les autorités chinoises à son retour d’un voyage en Chine continentale.

 

À lire aussi

Notre éditorial: Résister à l’intimidation

L’ancien ambassadeur canadien en Chine, David Mulroney, reconnaît qu’il est délicat de critiquer le régime chinois au moment où deux Canadiens y sont détenus en raison d’accusations politiques. « La libération de nos Canadiens en prison doit être notre priorité. Mais il serait erroné de croire que cela nécessite que l’on reste silencieux sur d’autres enjeux importants », explique-t-il au Devoir. « Car cela ne ferait que renforcer la tendance de la Chine à mener une diplomatie de prise d’otage. Quoi de mieux, comme résultat, que d’obtenir le silence du Canada face à une agression et à des violations des droits de la personne commises par la Chine ? »

Soutien américain

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo est venu réitérer au premier ministre Justin Trudeau et à la ministre Freeland, lors de leurs rencontres jeudi, que son gouvernement poursuit ses efforts pour faire libérer MM. Spavor et Kovrig. M. Pompeo s’est abstenu de préciser les gestes précis posés par son gouvernement, en évoquant simplement des « activités diplomatiques ».

Il a en outre catégoriquement nié que Meng Wanzhou puisse servir de monnaie d’échange pour la libération des deux Canadiens ou dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. « Ce sont deux choses profondément différentes », s’est-il insurgé. La « détention arbitraire » de Canadiens est « un enjeu de droits de la personne et de règle de droit », a-t-il argué, tandis que le Canada « a recours à la procédure officielle et à la règle de droit » en répondant à la demande d’extradition de Mme Meng aux États-Unis.

Le président américain Donald Trump a cependant lui-même évoqué, en février, d’abandonner la demande d’extradition s’il convenait d’un accord avec Pékin pour régler leur différend commercial.