Trudeau croit que Scheer affaiblirait la place du Canada sur la scène mondiale

«Ils [les conservateurs] envisagent un monde où le Canada flirte avec les forces du populisme, en attisant la peur et en diffusant de la désinformation», a dit Justin Trudeau.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Ils [les conservateurs] envisagent un monde où le Canada flirte avec les forces du populisme, en attisant la peur et en diffusant de la désinformation», a dit Justin Trudeau.

Le discours devait servir à exposer les priorités du Canada en vue du sommet du G7 qui s’ouvrira samedi à Biarritz en France, mais à quelques semaines du déclenchement de la campagne électorale, Justin Trudeau a plutôt tiré à boulets rouges sur son rival Andrew Scheer.

Dans une allocution prononcée mercredi midi devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), le premier ministre a une fois de plus fustigé les politiques de division des conservateurs qui trouvent écho, selon lui, sur la scène internationale.

« Ils [les conservateurs] envisagent un monde où le Canada flirte avec les forces du populisme, en attisant la peur et en diffusant de la désinformation », a-t-il déclaré.

Jetant les bases de ce nouveau duel, Justin Trudeau a souligné — quatre ans après avoir pris le pouvoir — que « 2019 apparaît bien différente de 2015 ». « Le monde a changé rapidement » et est devenu « de plus en plus imprévisible », a-t-il averti.

Nombreux sont les pays qui se replient sur eux-mêmes, succombant aux sirènes du nationalisme et du populisme, a-t-il déploré. À l’heure où le protectionnisme est en hausse, le « commerce est devenu une arme ». Des citoyens, désabusés, peinent aujourd’hui à voir comment la mondialisation bénéficie à plus du 1 % des mieux nantis. Et le réchauffement climatique est devenu « une menace existentielle à l’humanité ».

Face à ces défis, les conservateurs proposent une « approche en matière de politique étrangère qui affaiblira la place du Canada sur la scène mondiale », a déclaré le chef libéral devant une salle comble. « Les politiciens conservateurs envisagent un monde où ils nient un soutien essentiel aux femmes vulnérables et marginalisées en refusant de financer la santé et les droits sexuels et reproductifs », a-t-il noté.

Le parti d’Andrew Scheer ne « comprend pas » l’urgence climatique, a souligné le chef libéral. « Ils envisagent un monde où le Canada agirait comme si les changements climatiques n’existaient pas. »

Priorités

Reprenant certaines formules qui ont fait mouche lors de la dernière campagne électorale, Justin Trudeau a une fois de plus parlé de sa « vision positive » du Canada, un pays « ancré dans les valeurs de diversité et d’ouverture », qui fait de la « prospérité de la classe moyenne » sa priorité.

Le premier ministre a proposé de faire de la démocratie, des droits de la personne, du droit international et de la protection de l’environnement les pierres angulaires de la politique étrangère canadienne.

« On devrait se tenir côte à côte avec ceux qui risquent leur vie pour défendre la démocratie et la paix, et être prêts à leur offrir refuge lorsqu’ils sont victimes de persécutions à l’étranger », a-t-il déclaré.

Tournant le regard dans le rétroviseur, Justin Trudeau a abondamment vanté le bilan libéral tout en louangeant le travail de certains ténors de son gouvernement, notamment Chrystia Freeland qui a défendu « avec fermeté » les intérêts canadiens lors de la renégociation de l’ALENA.

Cet accord commercial — pris avec le Partenariat transpacifique et l’Accord économique commercial global — permet désormais aux Canadiens d’avoir « un accès libre de droits aux deux tiers de l’économie mondiale », a-t-il rappelé.

Tout en affirmant que la libre circulation des biens et des services est bénéfique pour l’économie, Justin Trudeau a précisé que le libre-échange ne profite pas à tous de manière égale. Une nouvelle approche — liée aux valeurs canadiennes — est nécessaire, puisque « simplement supposer que les bénéfices du commerce feront leur chemin jusqu’aux citoyens est insouciant et incorrect ».

À quelques heures de l’ouverture du sommet du G7, le premier ministre a insisté pour affirmer que les changements climatiques représentent l’enjeu le plus pressant, nécessitant une solution mondiale. « Les changements climatiques vont modeler les relations entre les pays pour les décennies à venir. »