Le plan d’Ottawa de lutte contre l’itinérance décrié par des groupes d’aide

La prochaine politique fédérale est trop axée sur l’itinérance chronique au détriment des autres formes d’itinérance, affirment des organismes d’aide.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La prochaine politique fédérale est trop axée sur l’itinérance chronique au détriment des autres formes d’itinérance, affirment des organismes d’aide.

Des groupes d’aide aux personnes itinérantes s’inquiètent des objectifs de la nouvelle politique fédérale pour leur porter assistance. Ils craignent qu’elle leur enlève la possibilité d’adapter leur approche selon leur clientèle, par exemple en ciblant trop l’itinérance chronique aux dépens des autres formes d’itinérance.

La politique fédérale, intitulée Vers un chez-soi, prévoit 2,2 milliards sur 10 ans pour l’ensemble du pays. Avec la Stratégie nationale sur le logement, elle vise à réduire l’itinérance chronique de moitié à l’échelle du pays d’ici l’exercice 2027-2028.

Le Réseau de solidarité itinérance du Québec (RSIQ) et le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) ont rencontré la presse, mardi, pour expliquer leurs craintes à ce sujet, alors que l’entente Canada-Québec en itinérance doit être signée prochainement.

Ces groupes ont plaidé pour que les communautés puissent conserver leur spécificité — par exemple mettre l’accent sur l’itinérance des femmes, l’itinérance des jeunes ou la prévention de l’itinérance. Or, « Vers un chez-soi » met trop l’accent sur l’itinérance chronique, selon eux. Ils veulent plutôt garder leur approche plus globale.

« On est content qu’il y ait des fonds accrus du gouvernement du Canada pour la lutte contre l’itinérance. Cependant, qu’on dise qu’on veut réduire l’itinérance chronique de moitié, on trouve que c’est un bel objectif, mais si les fonds suivent cet objectif-là majoritairement ou uniquement ou principalement, on va manquer le bateau », a opiné Pierre Gaudreau, directeur du RAPSIM.

M. Gaudreau souligne que l’itinérance chez les jeunes, par exemple, n’est pas nécessairement chronique. Celle des femmes diffère également de celle des hommes.

L’organisme L’Avenue, qui vient en aide aux jeunes de 18 à 29 ans, explique qu’il a pu développer ses services grâce aux fonds fédéraux qui jusqu’ici lui laissaient une bonne souplesse. « Au niveau de notre ressource d’hébergement, on a environ 1000 demandes par année pour une capacité d’accueil de 81 personnes », a rapporté en entrevue son directeur François Villemure.

L’Avenue offre des places en hébergement pour un maximum de six mois, avec un accompagnement qui permet aux jeunes de s’insérer socialement : retour à l’école, trouver un logement, un revenu. Il s’agit parfois d’un jeune qui sort d’un centre jeunesse.

Des données enregistrées

De plus, ces groupes déplorent le fait qu’un système de collecte de données nécessitera d’informatiser des renseignements personnels sur les personnes itinérantes qui ont recours aux ressources.

« Des personnes disent qu’elles ne viendront plus dans les ressources si leurs données personnelles sont enregistrées », a rapporté Laury Bacro, coordonnatrice du RSIQ.

La politique fédérale Vers un chez-soi prône effectivement « une approche axée sur les résultats » et un « système d’information sur les personnes et les familles sans abri ». Cela doit permettre de colliger des données qui seront utiles à « plusieurs fournisseurs de services de la même communauté », explique-t-on dans la politique. Et ce sont les objectifs de cette politique que devra respecter la future entente Canada-Québec.

La politique fédérale suppose aussi un « système d’accès coordonné » que les communautés devront mettre en place d’ici trois ans « afin de prioriser les personnes qui ont le plus besoin d’assistance et orienter les personnes vers des logements et des services appropriés ».