Goodale menace les géants du Web au sujet de la pornographie juvénile

«Si un enfant est terrorisé pour le restant de ses jours à cause de ce qui lui est arrivé en ligne, alors peut-être que la plateforme [numérique] qui a rendu cela possible devrait être tenue financièrement responsable des conséquences», a déclaré Ralph Goodale.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne «Si un enfant est terrorisé pour le restant de ses jours à cause de ce qui lui est arrivé en ligne, alors peut-être que la plateforme [numérique] qui a rendu cela possible devrait être tenue financièrement responsable des conséquences», a déclaré Ralph Goodale.

Le gouvernement canadien adresse une mise en garde aux géants du Web : s’ils ne se dotent pas d’outils pour prévenir la publication d’images ou de vidéos à caractère sexuel concernant des enfants, il pourrait adopter une loi les rendant financièrement responsables des sévices subis par les jeunes victimes.

La semaine dernière, les ministres de la Sécurité publique des pays membres du Groupe des cinq ou « 5-eye » (Canada, États-Unis, Grande-Bretagne, Australie et Nouvelle-Zélande) se sont rencontrés pour discuter notamment de l’exploitation sexuelle en ligne des mineurs. Des représentants de Microsoft, Twitter, Facebook, Google, Snap et Roblox étaient présents. Les cinq ministres ont réitéré leur demande que l’industrie conçoive des outils automatisés pour non seulement retirer rapidement ces images lorsqu’elles sont publiées, mais en empêcher la publication en amont.

Selon le ministre Ralph Goodale, les entreprises se sont engagées à collaborer avec le Groupe des cinq. Promesse creuse ? Le ministre ne le pense pas, car il n’écarte pas la possibilité de légiférer pour instaurer un incitatif financier à agir.

« Si un tort est causé à un être humain, si un enfant est terrorisé pour le restant de ses jours à cause de ce qui lui est arrivé en ligne, alors peut-être que la plateforme [numérique] qui a rendu cela possible devrait être tenue financièrement responsable des conséquences », a-t-il déclaré en conférence de presse mardi.

Poursuivre les plateformes

La législation envisagée permettrait à une victime de poursuivre en justice le site à partir duquel son image a été propagée afin d’obtenir un dédommagement. L’entourage de M. Goodale assure que cette menace est bien réelle et qu’elle a été communiquée à l’industrie lors de la rencontre du Groupe des cinq. On n’a cependant pas été en mesure de dire si le Canada a été le seul à évoquer cette option législative ou si les quatre autres pays ont abondé dans le même sens. Le Groupe des cinq a aussi demandé aux géants de l’industrie d’« aider » leurs plus petits compétiteurs n’ayant pas nécessairement autant de savoir-faire technologique à faire la même chose.

Par ailleurs, M. Goodale a annoncé que 15 des 22 millions de dollars sur trois ans promis dans le dernier budget pour combattre l’exploitation sexuelle des enfants seront versés aux corps de police provinciaux et municipaux pour augmenter leur capacité d’intervention sur Internet.