Canadiens détenus en Chine: Ottawa et Pékin se parlent enfin

«Notre relation avec la Chine est compliquée en ce moment. Alors je pense que c’est mieux de ne pas négocier en public avec la Chine exactement comme on a fait avec les États-Unis», a affirmé la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.
Photo: Scott Applewhite Associated Press «Notre relation avec la Chine est compliquée en ce moment. Alors je pense que c’est mieux de ne pas négocier en public avec la Chine exactement comme on a fait avec les États-Unis», a affirmé la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

Plus de sept mois après l’arrestation arbitraire de deux Canadiens en Chine, le Canada a enfin obtenu une rencontre au niveau politique pour discuter de l’affaire. La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a pu s’entretenir vendredi avec son homologue Wang Yi, mais elle refuse de fournir des détails sur le déroulement de cet entretien.

« J’ai aussi eu une rencontre bilatérale avec Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères », a relaté Mme Freeland au cours d’un conférence téléphonique vendredi matin. Elle se trouvait à Bangkok pour une rencontre des ministres des Affaires étrangères de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est.

« J’ai profité de l’occasion pour exprimer les préoccupations du Canada à propos des cas de Michael Kovrig et de Michal Spavor, détenus arbitrairement en Chine. Le ministre Wang a exprimé ses préoccupations concernant le processus d’extradition visant Weng Manzhou. Nous avons échangé des points de vue sur des enjeux importants pour nos deux pays. Nous avons convenu de poursuivre les discussions. »

Les deux Canadiens, un ex-diplomate et un homme d’affaires, ont été arrêtés en décembre dernier par les autorités chinoises sous le prétexte, considéré comme fumeux par la plupart des observateurs, qu’ils se sont adonnés à de l’espionnage.

Tous les analystes, le gouvernement canadien y compris, estiment plutôt qu’il s’agit de représailles parce que le Canada a arrêté Meng Wanzhou, la dirigeante financière du géant chinois des télécommunications Huawei, à la demande des États-Unis qui réclament son extradition.

Washington entend inculper Mme Meng parce que son entreprise aurait menti en prétendant avoir rompu ses liens avec une filiale iranienne. Du coup, des banques américaines ayant fait affaire avec Huawei se sont retrouvées en contravention des sanctions américaines visant l’Iran.

Arrestations « arbitraires »

C’est la première fois qu’un politicien canadien parvient à parler à un politicien chinois depuis le début de cette affaire.

En janvier, le premier ministre, Justin Trudeau, avait réclamé de parler au téléphone au premier ministre chinois Li Keqiang, mais cette demande était restée sans réponse. En juin, au sommet du G20 à Osaka, M. Trudeau a dû demander au président américain Donald Trump d’intercéder en la faveur du Canada auprès du président chinois Xi Jinping qu’il n’a pas pu rencontrer lui-même.

« Vous avez raison. C’est la première rencontre officielle depuis les détentions », a reconnu Mme Freeland en point de presse vendredi. Pourquoi les Chinois ont-ils accepté, cette fois ? « C’est une question que vous devez adresser aux Chinois. Notre porte était toujours ouverte », s’est-elle contentée de répondre. « Je suis contente qu’il ait été possible d’échanger directement. »

La ministre Freeland refuse aussi d’indiquer dans quel climat la rencontre s’est déroulée ou comment le ministre chinois a réagi quand Mme Freeland a qualifié les deux arrestations d'« arbitraires ». « Pendant les négociations de l’ALENA [avec les États-Unis], je suis convaincue qu’une des raisons pour lesquelles les négociations ont été finalement efficaces, c’est qu’on a décidé de ne pas négocier en public. »

Elle entend donc s’en tenir à ce même modusoperandi. « Notre relation avec la Chine est compliquée en ce moment. Alors je pense que c’est mieux de ne pas négocier en public avec la Chine exactement comme on a fait avec les États-Unis. » Elle s’est limitée à dire que ce fut « une conversation utile ».