La date du scrutin fédéral reste le 21 octobre

Après que la Cour fédérale lui a ordonné, la semaine dernière, de réexaminer l'éventualité d'un report des élections, le directeur général des élections (DGE) du Canada a refusé une deuxième fois de déplacer la date des prochaines élections.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Après que la Cour fédérale lui a ordonné, la semaine dernière, de réexaminer l'éventualité d'un report des élections, le directeur général des élections (DGE) du Canada a refusé une deuxième fois de déplacer la date des prochaines élections.

La tentative d’une candidate conservatrice de confession juive de reporter la date du prochain scrutin fédéral a échoué lundi. Le directeur général des élections (DGE) du Canada a refusé une deuxième fois d’accéder à sa demande d’accommodement religieux.

« Après avoir examiné attentivement les répercussions de la tenue de l’élection le 21 octobre sur la capacité des juifs pratiquants à participer au processus électoral, et compte tenu de ma responsabilité d’assurer un vote accessible à tous les Canadiens, j’en conclus qu’il n’est pas souhaitable de changer la date de l’élection générale à un stade aussi avancé », écrit Stéphane Perrault dans sa recommandation au gouverneur en conseil.

Le chef conservateur Andrew Scheer n’a pas commenté cette décision ni l’initiative de sa candidate, mais son député de la région de Québec, Pierre Paul-Hus, s’est dit satisfait.

« Ça me rendait mal à l’aise, a-t-il affirmé en entrevue au Devoir. Je peux comprendre que différentes communautés ont des fêtes ou des particularités, sauf que là, en arrivant comme ça proche d’une élection, ce n’est pas le moment d’ouvrir un débat là-dessus et de remettre en question la date de l’élection. »

Les chefs libéraux et néodémocrates s’en sont remis au DGE. « On va continuer à écouter les avis du directeur des élections par rapport à quand ces élections devraient être tenues », a dit le premier ministre Justin Trudeau.

« Trois mois avant une élection, c’est tellement important de garder contre une décision partisane », a indiqué pour sa part le chef néodémocrate, Jagmeet Singh.

La Ligue des droits de la personne de B’nai Brith a dénoncé cette décision qu’elle juge « aussi mauvaise que la première ». Elle craint une diminution draconienne du taux de participation dans les circonscriptions à forte concentration juive comme cela est déjà arrivé au Québec, dans la circonscription de D’Arcy-McGee, lors de l’élection d’octobre dernier.

L’organisme promet d’exiger des changements à la loi électorale pour s’assurer que « le jour du scrutin ne tombe plus jamais le jour d’une importante fête juive ».

Équilibre de droits

La Cour fédérale avait ordonné au DGE, la semaine dernière, de réexaminer la demande de la candidate Chani Aryeh-Bain et de l’activiste Ira Walfish afin de trouver un équilibre entre ses obligations en vertu de la loi électorale et les droits des plaignants garantis par la Charte canadienne des droits et libertés, soit le droit à la liberté de religion, à l’égalité, de voter et de se porter candidat.

Mme Aryeh-Bain, qui se présente dans la circonscription torontoise d’Eglinton-Lawrence, avait fait valoir que le jour du scrutin tombait le même jour que la fête de Chemini Atseret et que la loi juive lui interdisait de faire campagne ou encore de voter ce jour-là.

Dans sa décision d’une douzaine de pages, le DGE s’est dit « conscient des répercussions » de sa décision sur la candidate. « La détérioration des services de vote pour l’ensemble de la population canadienne est un facteur crucial dans ma décision de recommander ou non un changement de date pour l’élection », a-t-il toutefois expliqué.

Reporter la date d’une semaine à trois mois du vote aurait pénalisé une majorité d’électeurs d’un bout à l’autre du pays, selon lui. Son obligation d’assurer la proximité et l’accessibilité des 16 000 bureaux de scrutin aurait été compromise. Cela aurait pu dissuader les personnes âgées ou handicapées à sortir pour aller exercer leur droit de vote. Tenir l’élection le 28 octobre aurait également compliqué la situation au Nunavut où des élections municipales auront lieu ce jour-là.

Le DGE a précisé également qu’il avait consulté la communauté juive au début de 2018 et qu’on lui avait indiqué « que les contraintes religieuses imposées aux juifs pratiquants seraient compensées adéquatement par des activités de communication et les autres façons de voter. » Il a énuméré chacun des jours où ils peuvent voter — par bulletin de vote spécial ou par anticipation — du jour du déclenchement des élections jusqu’à la veille du scrutin, comme cela a déjà été fait en 2008.

M. Perreault a noté que 36 circonscriptions sur 338 ont une concentration de citoyens de confession juive qui varient entre 1 et 13,4 %, selon les données du recensement de 2016, ce qui lui permet de trouver des solutions à l’échelle locale.

Élections Canada a élaboré un plan d’action pour s’assurer de joindre les électeurs juifs et leur rappeler les options qui s’offrent à eux pour voter.

2 commentaires
  • Marie-Hélène Gagnon - Abonnée 30 juillet 2019 11 h 09

    Religion dans l'espace public???

    La religion est et restera toujours un choix PERSONNEL, alors je ne comprend pas pourquoi il faudrait se plier en quatre pour lui laisser une place dans l'espace publique!

    La charte des droits et libertés te permet de pratiquer la religion de ton choix mais on devrait y spécifier "chez toi ou dans un lieu de culte".

    Jamais la religion ne devrait influencer une décision politique ou juridique. Jamais les croyances d'une minorité devraient avoir une incidence sur la majorité.

    Personnellement, lorsque je regarde ce qui ce passe sur la planète, sur le plan collectif, à part les conflits et la guerre, je ne vois rien de positif à la religion dans l'espace public.

  • Gilles Bonin - Inscrit 31 juillet 2019 15 h 30

    Attaque éhontée

    contre les minorités et du quasi-antisémitisme. L'apocalypse des droits quoi!