Reporter un vote pour des motifs religieux? Scheer s’en remet au DGE.

«Il y a eu une décision de la cour et maintenant c’est à Élections Canada de prendre une décision. Nous respectons l’indépendance d’Élections Canada», a dit Andrew Scheer en précampagne électorale au Québec.
Photo: Cole Burston La Presse canadienne «Il y a eu une décision de la cour et maintenant c’est à Élections Canada de prendre une décision. Nous respectons l’indépendance d’Élections Canada», a dit Andrew Scheer en précampagne électorale au Québec.

Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, se garde d’appuyer publiquement les efforts de sa candidate Chani Aryeh-Bain qui visent à repousser les prochaines élections générales afin qu’elles ne coïncident pas avec la fête juive Chemini Atseret.

Il laisse le soin au Directeur général des élections du Canada, Stéphane Perrault, de recommander, s’il le juge opportun, le report du scrutin, qui est actuellement prévu le lundi 21 octobre.

Mme Aryeh-Bain, qui brigue les suffrages dans la circonscription ontarienne de Eglinton-Lawrence sous la bannière du PCC, soutient que la Loi juive interdit aux juifs orthodoxes comme elle de faire campagne ou encore de voter de la soirée du 20 octobre à la soirée du 22 octobre.

« Il est important que tous les électeurs sachent qu’il y a beaucoup d’autres façons de voter pendant l’élection, comme le vote par anticipation et le vote directement aux bureaux d’Élections Canada dans chaque circonscription, et ce, durant toute la durée de la campagne électorale », a fait valoir M. Scheer lors de son passage au Saguenay–Lac-Saint-Jean mercredi.

La religion ne doit pas interférer avec le fonctionnement de l’État civil

« Il y a eu une décision de la cour et maintenant c’est à Élections Canada de prendre une décision. Nous respectons l’indépendance d’Élections Canada », a aussi dit l’homme politique en précampagne électorale au Québec.

Mardi, la Cour fédérale a demandé à Élections Canada de reconsidérer sa réponse à la demande de changement de date de scrutin soumise notamment par Mme Aryeh-Bain, la jugeant « déraisonnable ». D’ici le 1er août, l’organisme doit trouver « un équilibre » entre les droits garantis par la Charte des droits et libertés et le mandat qui lui est conféré par la Loi électorale, a soutenu la juge Ann Marie McDonald dans une décision d’une vingtaine de pages.

« Jour de rechange »

Le directeur général des élections « peut » recommander au gouvernement de tenir les élections générales soit le mardi qui suit le jour qui serait normalement le jour du scrutin, soit le lundi suivant lorsque le jour du scrutin — le troisième lundi d’octobre — « coïncide avec un jour revêtant une importance culturelle ou religieuse ou avec la tenue d’une élection provinciale ou municipale », prévoit la Loi électorale du Canada.

Ne disposant pas de liste exhaustive des journées « revêtant une importance culturelle ou religieuse » au sens de la Loi électorale, le directeur général d’Élections Canada a sollicité les avis de différents groupes, dont le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA). Après réflexion, il n’a pas cru bon de recommander au gouvernement fédéral de convoquer les Canadiens aux urnes une journée différente du lundi 21 octobre prochain.

Que fera Élections Canada différemment cette fois-ci ? « L’équipe est au travail », s’est contenté de répondre M. Desjardins.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) encourage toute personne persuadée que ses droits fondamentaux sont lésés à recourir aux tribunaux, comme l’a fait la conservatrice Chani Aryeh-Bain. « Il est important que les Canadiens et Canadiennes puissent consulter les tribunaux chaque fois qu’ils estiment que leurs droits garantis par la Charte pourraient être violés », a dit le porte-parole en matière de réforme démocratique, Daniel Blaikie.

L’élu manitobain demande aujourd’hui au patron d’Élections Canada, Stéphane Perrault, de « prendre au sérieux la décision du tribunal et déterminer la ligne de conduite qu’il juge la plus appropriée dans les circonstances actuelles ».

M. Blaikie dit se fier au « jugement des institutions indépendantes [comme Élections Canada] afin de s’assurer que le processus ne soit ni politisé ni perçu comme tel ».

De son côté, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, demande sans détour à M. Perrault de « garder le cap » et de maintenir la tenue des élections le lundi 21 octobre prochain. « Le multiculturalisme canadien tel qu’interprété par la Cour fédérale donnerait préséance aux demandes d’une religion ou d’une autre sur l’autorité législative de l’État en ce qui a trait au mode de fixation du jour d’un scrutin. Le directeur général des élections doit refuser ce recul de l’État laïque. La religion ne doit pas interférer avec le fonctionnement de l’État civil », a affirmé l’ex-ministre québécois.

Le président et directeur général du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), Shimon Koffler Fogel, se range aussi du côté d’Élections Canada. « Changer la date à ce stade entraîne des implications logistiques et financières considérables », a-t-il soutenu dans la foulée de la décision de la Cour fédérale. À ses yeux, Élections Canada « a pris d’importantes mesures, en consultation avec la communauté juive, pour que chaque électeur juif puisse voter ».

Mais, selon B’nai Brith Canada, « les implications et coûts opérationnels ne constituent pas une justification convaincante pour bafouer des droits et des libertés reconnus par la Charte ». L’association demande à Élections Canada de différer de sept jours la tenue du scrutin.

L’an dernier, des juifs orthodoxes avaient tenté de repousser les élections générales québécoises, puisqu’elles coïncidaient également avec la Chemini Atseret, mais en vain.

La ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, a refusé de prendre position dans le débat sur la date du prochain scrutin. Elle dit s’en remettre à Élections Canada dont la « recommandation est faite […] en toute indépendance du gouvernement ». « Il ne faut pas confondre notre respect de la loi — dans ce cas, seul le DGE a la capacité de réviser sa décision et, si besoin est, sa recommandation — avec de l’indifférence », a souligné une membre de son cabinet. « La Loi électorale du Canada ne nous permet tout simplement pas de politiser cette décision, ni de substituer notre point de vue à celui du DGE ou de la Cour », a-t-elle ajouté.

20 commentaires
  • Yolande Chagnon - Inscrite 25 juillet 2019 01 h 29

    LE 5 JUIN 1966

    Le 5 juin 1966, le gouvernement Lesage conviait les Québécoises et Québécois aux urnes pour des élections générales.

    Or le 5 juin 1966 était un dimanche, jour de stricte observance pour l'immense majorité catholique à l'époque.

    Il n'y a pas eu de recours juridiques même de la part des intégristes religieux.

    Dans un pays comme le nôtre, on doit pouvoir voter et prier le même jour; si l'exercice du droit démocratique souille notre foi, l'intérêt général doit l'emporter sur les intérêts particuliers.

    Bien sûr que notre constitution établit la «suprématie de Dieu», mais on ne sait trop lequel dieu.

    Jésus, Jéhovah ou Vichnou, comme le chantait Jean Ferrat dans «Nuits et brouillard» ?

    C'est la laïcité de l'état qui est en jeu.

    Je constate cependant que notre loi électorale féférale à ce sujet est tellement mal écrite qu'elle porte à confusion et constestation.

    Maintenant que nous avons des élections à date fixe, sauf au cas où un gouvernement minoritaire serait renversé, les élections générales ont lieu le troisième lundi d'octobre.

    Pourquoi ne pas modifier la loi pour faire la corélation ?

    La foi des uns ne doit pas devenir la loi des autres.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 25 juillet 2019 08 h 23

      Merci Mme Chagnon pour ce rappel de notre histoire et comme vous le dites si bien: "la foi des uns ne doit pas devenir la loi des autres."

  • Hélène Lecours - Abonnée 25 juillet 2019 07 h 38

    Incroyable mais vrai

    ON nous sert un article d'une longueur insupportable sur un bla bla dit religieux insignifiant...qui pourrait soulever de grands débats totalement inutiles sur un sujet qui ne devrait même pas exister. Je me demande pourquoi je prends la peine d'écrire deux lignes là-dessus.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 25 juillet 2019 08 h 27

      "Je me demande pourquoi je prends la peine d'écrire deux lignes là-dessus." Et moi, je ne me demande pas pourquoi je suis entièrement d'accord avec vous!!!

  • Brigitte Garneau - Abonnée 25 juillet 2019 07 h 45

    Religion ou laïcité?

    Droit individuel ou démocratie? Communauté ou individu? L'ensemble ou l'unité? Il semble que la marge ne soit pas bien large entre le droit et le dérapage...

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 25 juillet 2019 08 h 04

    Où est le « problème » ???

    « La religion ne doit pas interférer avec le fonctionnement de l’État civil » (Yves-François Blanchet, Chef, BQ)

    Effectivement, devoir demander tout report d’une quelconque date d’élections générales pour des motifs de « religion-s » constitue un geste osé, d’autant plus insensé et injustifié que la Loi électorale prévoit déjà des accommodements (vote par anticipation) à cet effet !

    De cet « Effectivement », on-dirait que certaines personnes aiment soulever, inutilement, d’étonnantes et ridicules controverses !

    De plus, des questions de fêtes religieuses ou selon, l’important est de se rappeler que les personnes, candidate et électorat pouvant ne pas voter le jour du scrutin, peuvent le faire, en tout temps, pendant toute campagne électorale !

    De ce qui précède, une question :

    Où est le « problème » ??? - 25 juillet 2019 -

  • Réal Gingras - Inscrit 25 juillet 2019 08 h 21

    Et vlan!

    …et nous n’avons pas fini de voir apparaître ce genre de demandes.

    C'est un bel exemple de l'importante nécessité de la laïcité de l'État.
    Yves-François Blanchet a raison: "La religion ne doit pas interférer avec le fonctionnement de l’État civil". Le droit collectif qu'est la laïcité doit être constitutionnalisé.
    Justement, la laïcité de l’état nous protège contre ce type d’ineptie.
    Que de temps perdu à vouloir gérer le laisser-aller du multiculturalisme à la Trudeau
    et du sacro-saint aveuglement du droit individuel.

    • Gilbert Talbot - Abonné 25 juillet 2019 13 h 19

      Malheureusement, le principe de la laïcité, à ma connaissance, n'est pas inscrit formellement dans la Constitution canadienne, ce qui a pour conséquence de maintenir l'ambiguïté entre liberté religieuse et contrainte imposée par la loi canadienne.