L’action climatique avant tout

La chef du Parti vert, Elizabeth May, croit qu’une nouvelle ferveur chez les Canadiens favorise sa formation politique.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La chef du Parti vert, Elizabeth May, croit qu’une nouvelle ferveur chez les Canadiens favorise sa formation politique.

À trois mois des élections fédérales, la chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May, dit espérer la venue au pouvoir d’un gouvernement minoritaire sur lequel sa formation pourra exercer une certaine influence.

Selon elle, en détenant cette position dans le rapport de force, les verts réussiraient à amener, par exemple, les conservateurs à abandonner leur opposition farouche à la taxe sur les émissions de carbone si cela ouvrait à ces derniers les portes du pouvoir.

Mme May dit qu’elle peut soutenir un gouvernement minoritaire issu de n’importe quel parti, mais elle pose une condition : il faudra vraiment agir pour mettre fin aux changements climatiques. « Nous négocierons avec n’importe qui, nous parlerons à tout le monde, mais nous ne ferons aucun compromis sur l’action climatique », souligne-t-elle.

Les verts n’ont jamais détenu cette position au fédéral, mais cela est déjà arrivé sur la scène provinciale. En Colombie-Britannique, les trois sièges que détiennent les verts permettent au NPD de John Horgan de gouverner. Au Nouveau-Brunswick, le gouvernement minoritaire conservateur peut se tourner vers les verts ou les députés de l’Alliance des gens — une formation de droite — pour obtenir du soutien à l’occasion d’un vote crucial. À l’Île-du-Prince-Édouard, les verts forment même l’opposition officielle depuis les élections du printemps dernier. Il s’agit du meilleur résultat électoral jamais obtenu par les écologistes canadiens.

Il ne faut pas oublier que le Parti vert a réussi en mai à faire élire un des siens, Paul Manly, lors d’une élection complémentaire fédérale dans la circonscription de Nanaimo–Ladysmith, en Colombie-Britannique.

Appui à offrir

La semaine dernière, Mme May poursuivait une tournée canadienne entreprise l’hiver dernier en rencontrant des électeurs à Barrie, dans le sud de l’Ontario. Elle refuse de dire que ces réunions sont des rassemblements partisans, préférant parler de « rencontres communautaires ». Néanmoins, elle avoue qu’elle trouve cela bien plaisant d’être accueillie par des gens agitant des pancartes vertes et scandant : « On t’aime, Elizabeth ! »

Mme May croit qu’une nouvelle ferveur favorise son parti. Elle espère que celle-ci ne s’estompera pas le jour du vote.

Nik Nanos, fondateur de la firme Nanos Research, dit que les verts courent toujours le risque de voir leur vote s’effondrer le jour du scrutin, l’électorat ayant tendance à se tourner vers le parti dont les chances de victoire sont les plus fortes. « Le Parti vert semble constituer un refuge pour les libéraux progressistes et les néodémocrates mécontents, analyse-t-il. Si les conservateurs ont une chance de gagner, le soutien dont bénéficient les verts pourrait retourner, malgré leur bonne volonté et celle de leur chef, aux libéraux. »

Selon lui, le scénario rêvé pour Mme May et les verts est que les Canadiens ne croient pas à l’élection d’un gouvernement majoritaire et qu’ils souhaitent davantage d’écologistes à la Chambre des communes.

De son côté, Mme May n’est pas aussi directe. « Il est vraiment important d’expliquer aux Canadiens comment notre démocratie fonctionne, de leur dire qu’un Parlement minoritaire est la meilleure solution si, et c’est un gros si, les partis et les élus sont déterminés à travailler ensemble. »

Par « travailler ensemble », elle entend particulièrement la lutte contre les changements climatiques en adoptant des politiques qui réduiront considérablement les émissions de gaz à effet de serre, en ne construisant pas de nouveaux oléoducs et en remplaçant les combustibles fossiles par des énergies renouvelables aussi rapidement que possible.

Des verts divisés ?

Mais déjà, le spectre de la division tourne autour de la formation. Le chef du Parti vert du Québec, Alex Tyrrell, a lancé une pétition il y a trois semaines pour dénoncer les intentions de Mme May d’utiliser du pétrole canadien pendant plusieurs années et même d’investir dans des usines de traitement du bitume albertain. Selon cette pétition, ces projets ne sont pas à la mesure de la lutte dynamique qu’il faut mener contre les changements climatiques.

Un certain nombre de candidats ont signé cette pétition. M. Tyrrell a déjà annoncé qu’il votera pour les verts fédéraux, même s’il est dit déçu par la position de Mme May.

La chef fédérale rejette les critiques de M. Tyrrell et nie que des signataires figurent parmi les candidats de son parti, ce en quoi elle se trompe.

Cass Romyn, qui se présente dans la circonscription de Sturgeon River–Parkland, en Alberta, a signé cette pétition. Celle-ci se défend en disant qu’il ne faut pas lui accorder trop d’importance. Les verts sont d’authentiques démocrates, et les divergences d’opinions ne sont pas une mauvaise chose, soutient-elle.

2 commentaires
  • Gilbert Talbot - Abonné 22 juillet 2019 12 h 16

    Oui à un gouvernement minoritaire.

    Voter Vert c'est nouveau au Québec. C'est la situation catastrophique des changements climatiques qui nous y pousse face à l'échec des conservateurs et des libéraux d'y faire face adéquatement. Le Québec ne veut pas de nouveaux pipelines sur son territoire, il veut des sources d'énergie propres, renouvelables et respectueuses de l'environnement. Oui, il se peut fort bien que le résultat soit un gouvernement fédéral minoritaire et c'est le mieux qu'il puisse nous arriver dans les circonstances. E

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 22 juillet 2019 15 h 54

    Une évidence!

    Très Vert moi-même, et dans tous les sens du mot malgré mon âge (65 ans, déjà!), il me semble bien évident que la seule planche de salut pour les éventuels pipelines d'un océan à l'autre des Albertains, s'il ne s'agissait, bien sûr, que d'assurer l'autarcie énergétique fossile du Canada de manière uniquement transitoire en s'en servant comme d'un tremplin en circuit fermé - croix tracée à tout jamais sur l'exportation absurde pour la survie de la planète - vers le déploiement définitif et radical des énergies renouvelables aussi vite et bien que possible dans les circonstances techniques et scientifiques actuelles, tout en réservant à l'avenir les sous-produits du pétrole à quelque usages essentiels seulement, les bannissant à tout jamais des transports, du chauffage, de la production électrique, des emballages, etc., - que leur seul salut consisterait à raffiner sur place toute cette mélasse toxique qui coule irrécupérable au fond des cours d'eau en cas de catastrophe et de n'acheminer ainsi que de l'essence tout de suite consommable qui flotte, elle, à leur surface.