Les premiers ministres divergent sur le pétrole de l'Ouest au Conseil de la fédération

Les 13 premiers ministres réunis à Saskatoon ont rappelé, dans une lettre transmise à chacun des chefs de partis politiques fédéraux en prévision des élections canadiennes, que «le Canada fonctionne à son meilleur lorsque le partage des compétences est respecté».
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Les 13 premiers ministres réunis à Saskatoon ont rappelé, dans une lettre transmise à chacun des chefs de partis politiques fédéraux en prévision des élections canadiennes, que «le Canada fonctionne à son meilleur lorsque le partage des compétences est respecté».

Les premiers ministres provinciaux quittent Saskatoon sur un désaccord profond autour du pétrole des prairies. Une mésentente nuisant à l’unité canadienne, selon le chef du gouvernement albertain, Jason Kenney.

« Le niveau de frustration et d’aliénation qui existe en Alberta en ce moment à l’endroit d’Ottawa et de la fédération est, j’en suis persuadé, certainement à son plus haut niveau de l’histoire contemporaine de notre pays », a-t-il fait valoir, au terme de la rencontre estivale des premiers ministres provinciaux et territoriaux, jeudi après-midi. « Trop souvent, il semble que nous avons des partenaires dans la fédération, y compris à Ottawa, qui veulent nous écraser », a-t-il ajouté, aux côtés de ses homologues.

M. Kenney reproche au Québec de barrer la route au pétrole canadien destiné à l’exportation, et ce, même s’il reçoit, bon an mal an, des milliards de dollars en paiements de péréquation provenant de l’Alberta, dont « près » de 13 milliards en 2019.

Les Albertains, qui sont de « remarquables patriotes », ont partagé au fil des dernières décennies les recettes de l’exploitation de leurs ressources naturelles et « ont été fiers de la faire », a-t-il précisé à la presse.

Par ailleurs, M. Kenney a rappelé jeudi que le gouvernement fédéral a les coudées franches pour approuver un oléoduc transprovincial, et ce, même s’il n’obtient pas l’assentiment de toutes les provinces se trouvant sur son tracé. « L’Alberta sera alliée avec le Québec pour la défense du champ de compétences provinciales, mais en même temps il faut respecter les juridictions fédérales », a-t-il lancé lors de la conférence de clôture.

À quelques mètres, François Legault a pour sa part soutenu que l’« approbation » des provinces concernées directement par un projet de pipeline constitue une condition sine qua non à la construction de la canalisation. « C’est vrai en Colombie-Britannique. C’est vrai au Québec », a insisté le chef du gouvernement québécois. « Les évaluations environnementales, ça relève des provinces. Évidemment, lorsqu’il y a un projet important comme un oléoduc, il doit y avoir une évaluation environnementale. Et la province de Québec a tous les pouvoirs, selon nous, pour accepter ou refuser un tel projet », a-t-il fait valoir.

Il y a des « perspectives » différentes sur l’évolution du partage des compétences entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux et la définition de l’intérêt national, s’est contenté de dire le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, qui est à couteaux tirés à la fois avec Edmonton et Ottawa sur l’augmentation de la capacité du pipeline TransMountain.

Ironiquement, les 13 premiers ministres réunis à Saskatoon ont rappelé, dans une lettre transmise à chacun des chefs de partis politiques fédéraux en prévision des élections canadiennes, que « le Canada fonctionne à son meilleur lorsque le partage des compétences est respecté ».

La Constitution et la population

M. Legault a mis en garde ses homologues contre un débat sur la légalité d’un projet de pipeline imposé par le gouvernement fédéral à une province comme le Québec. « Au-delà de la Constitution et de la légalité de certains gestes, il reste quand même de la politique. En bout de ligne, ce sont les citoyens qui s’expriment autant à une élection fédérale qu’à une élection provinciale. […] Il n’y a pas de politiciens autant au fédéral qu’au provincial qui veulent se mettre à dos une majorité de la population. Donc, il faut tenir compte de ce que pense la population du Québec », a-t-il indiqué.

Le gouvernement québécois s’oppose à la construction d’un oléoduc sur son territoire puisqu’un tel projet n’obtient pas l’acceptabilité sociale, selon M. Legault. « Au Québec, il y a une majorité de Québécois qui ne veulent pas avoir un nouveau pipeline de pétrole. […] C’est un fait. Ç’a été prouvé par des sondages », a-t-il répété inlassablement depuis son arrivée dans les Prairies, mardi. Il a dit jeudi appuyer ses dires sur des sondages effectués sur le projet Énergie Est, qui a été abandonné à l’automne 2017. À l’époque, l’équipe de François Legault affichait pourtant un préjugé favorable au projet de pipeline.

Reconnaissant qu’il s’agit d’un « enjeu sensible au Québec », le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, s’est dit persuadé que les Québécois peuvent se rallier à un projet de pipeline ? le moyen le plus « fiable » et le plus « sécuritaire » ? de transporter du pétrole, selon lui ? s’ils sont adéquatement informés.

La Constitution et la péréquation

Pourquoi prendre l’argent provenant des ressources que vous refusez de voir traverser votre province ? a demandé un journaliste à François Legault jeudi après-midi. « Je vais revenir la Constitution. Dès la naissance du Canada, le système de péréquation faisait partie de la Constitution », a répondu du tac au tac l’élu québécois. Au bout de la table, Jason Kenney grimaçait.

M. Legault a alors réitéré avoir comme « obsession » de créer de la richesse et d’affranchir le Québec de la péréquation. Il a dit vouloir consacrer ses énergies à concrétiser le projet « très important » de construction d’un gazoduc et d’un complexe industriel de liquéfaction de gaz naturel sur le site de Port Saguenay, qui permettront l’exportation de 11 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an, à partir de sources d’approvisionnement de l’Ouest canadien.

Le premier ministre québécois a également pris soin de rappeler à la Presse canadienne que la ligne 9B du pipeline d’Enbridge étanche en grande partie la soif en pétrole des Québécois (70 %).

Enfin, M. Legault a refusé de dire s’il avait changé d’opinion sur le pétrole issu des sables bitumineux albertains. L’automne dernier, il l’avait qualifié d’« énergie sale », soulevant l’ire de la classe politique de l’Ouest. « Je ne répéterai pas ce mot-là », a-t-il affirmé jeudi, avant de saluer les autres membres de la famille canadienne et de rentrer au Québec.

Ex-indépendantiste, François Legault accueillera les premiers ministres provinciaux et territoriaux du pays au Château Frontenac, l’été 2020. Il portera alors le titre de président du Conseil de la fédération.

4 commentaires
  • Daniel Grant - Abonné 12 juillet 2019 07 h 00

    On dirait que nos élus croient que la terre est plate...

    pcq en ouvrant leurs fenêtres le matin ils voient que l’horizon fait une ligne droite et que le soleil fait le tour de la terre donc la terre est au centre du système solaire.

    Au diable ce que disent les scientifiques, nos élus semblent consulter l’horoscope du jour pour leur planification. Je n’ai pas lu ou entendu un mot sur les énergies renouvelables. Le futur.

    Le sujet est l’énergie et le seul mot qui leur vient à l’esprit est le pétrole.

    Aucune inquiétude sur les dégâts environnementaux et sur la santé de l’humanité et leurs coûts.

    Aucun sens de responsabilité comme l’industrie du fossile qu’ils défendent, industrie qui n’existe que pcq elle s’est déresponsabilisée de toutes les lois de protection de l’environnement donc irresponsable et délinquante à volonté impunément.

    On dirait que nos élus croient qu’on peut négocier le sort de la planète (donc de l’humanité) en cochant un oui ou un non en invoquant les lois constitutionnelles ou les lois du marché.

    Non messieurs, la planète n’attend pas après vous, elle suit les lois physiques chimiques et thermodynamiques. Plus on empoisonne l’air qu’on respire plus l’air sera polluée, plus on met de l’acide dans notre eau plus elle sera contaminée et plus on intoxique notre humus plus notre nourriture sera intoxiquée.

    C’est vrai qu’un système économique débile semblable peut durer plus longtemps qu’on pense mais on sait aussi qu’une catastrophe peut détruire nos vies plus vite qu’on pense.

  • William Dufort - Abonné 12 juillet 2019 08 h 16

    Bien tanné

    "Pourquoi prendre l’argent provenant des ressources que vous refusez de voir traverser votre province ?"

    Tanné de cette désinformation qui voudrait que c'est l'Alberta qui fait vivre le Québec avec la péréquation. Premiérement, aucune province ne paie de péréquation à qui que ce soit. C'est le gouvernement fédéral qui verse les sommes selon une formule convenue.

    Deuxièmement, c'est l'Ontario, et plus exzctement les résidents et les compagnies d'Ontario qui contribue la plus grande part, et de loin, des revenus du gouvernement canadien à partir desquels la péréquation est payée. Incidemment, l'Ontario recevait de la péréquation jusqu'à il y a quelques années.

    Enfin, c'est le Québec qui est le deuxième plus grand payeur au gouvernement fédéral, devant l'Alberta, , tout simplement parce que nous sommes une beaucoup plus grande province que l'Alberta avec nos 8 millions d'habitants versus les 4 millions d'Albertains. Leur PIB est cependant plus élevé que le nôtre lorsque calculé par habitant et c'est pourquoi ils ne reçoivent pas de péréquation. Ils ont le droit d'être frustrés, mais beaucoup moins que l'Ontario, qui elle, ne se plaînt pas!

  • Daniel Grant - Abonné 12 juillet 2019 08 h 43

    On dirait que nos élus croient que la terre est plate...

    pcq en ouvrant leurs fenêtres le matin ils voient que l’horizon fait une ligne droite et que le soleil fait le tour de la terre donc la terre est au centre du système solaire.

    Au diable ce que disent les scientifiques, nos élus semblent consulter l’horoscope du jour pour leur planification. Je n’ai pas lu ou entendu un mot sur les énergies renouvelables. Le futur.

    Le sujet est l’énergie et le seul mot qui leur vient à l’esprit est le pétrole.

    Aucune inquiétude sur les dégâts environnementaux et sur la santé de l’humanité et leurs coûts.

    Aucun sens de responsabilité comme l’industrie du fossile qu’ils défendent, industrie qui n’existe que pcq elle s’est déresponsabilisée de toutes les lois de protection de l’environnement donc irresponsable et délinquante à volonté impunément.

    On dirait que nos élus croient qu’on peut négocier le sort de la planète (donc de l’humanité) en cochant un oui ou un non en invoquant les lois constitutionnelles ou les lois du marché.

    Non messieurs, la planète n’attend pas après vous, elle suit les lois physiques chimiques et thermodynamiques. Plus on empoisonne l’air qu’on respire plus l’air sera polluée, plus on met de l’acide dans notre eau plus elle sera contaminée et plus on intoxique notre humus plus notre nourriture sera intoxiquée.

    C’est vrai qu’un système économique débile semblable peut durer plus longtemps qu’on pense mais on sait aussi qu’une catastrophe peut détruire nos vies plus vite qu’on pense.

  • André Bastien - Abonné 12 juillet 2019 09 h 39

    Kenny: OK pour le fédéral pour un pipeline non pour la taxe carbone!!!

    Jason Kenny n'a pas peur de ses contradictions: tous les pouvoirs au fédéral pour un pipeline mais aucun pour imposer une taxe carbone. Deux poids, deux mesures: la liberté pour les provinces à condition que le fédéral puisse imposer le pétrole sale albertain.

    Plus clairement: tous les moyens sont bons pour l'expansion du pétrole.

    Pourtant, le pétrole sera de plus en plus en perte de vitesse dans les années à venir et celui des sables bitumineux n'est pas rentable car trop coûteux en comparaison des autres pays. Il est temps que l'Alberta mette toutes ses énergies à diversifier son économie.