Les partis fédéraux encore loin de la parité

La Chambre des communes à la fin de la session parlementaire en décembre dernier
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La Chambre des communes à la fin de la session parlementaire en décembre dernier

Une progression, mais qui demeure pour le moment loin du compte. À un peu plus de 100 jours des prochaines élections, les principaux partis fédéraux comptent actuellement 36,6 % de femmes dans leur bassin de candidats. S’ils veulent atteindre, collectivement, le seuil minimal de la zone paritaire (40 %), ils devront donner un coup de barre dans les prochaines semaines, montre la sixième mise à jour de la Vigie parité du Devoir.


Avec un total de 835 candidats nommés (soit un peu plus de 58 % du nombre final), les libéraux, les conservateurs, les néodémocrates, les verts et les bloquistes ont pour le moment 306 femmes dans leurs rangs. Pour qu’il y ait au moins 40 % de candidates durant la campagne automnale, il faudrait donc que près de 45 % des candidats qui restent à nommer soient des femmes.

Dit autrement : à moins de voir un nombre record de candidatures féminines apparaître cet été, les partis fédéraux rateront de nouveau le seul de la parité en 2019. Lors des dernières élections, ces cinq formations avaient présenté un peu moins de 33 % de candidates.

Les chiffres de la Vigie parité — un projet que mène Le Devoir depuis mars pour suivre l’évolution de la composition hommes-femmes des candidatures dans chaque parti — seraient d’ailleurs à ce niveau si on incluait dans le calcul le Parti populaire du Canada.

La nouvelle formation dirigée par Maxime Bernier présente à ce jour moins de 17 % de femmes parmi les 239 candidats qu’elle a investis. Au Québec, l’équipe de M. Bernier est composée de 12 % de femmes. Les « popularistes » ne cachent toutefois pas que la question de la parité ne fait pas partie de leurs préoccupations.
 

 

« On ne fixera pas de quotas pour la parité, déclarait Maxime Bernier en mai. On prend les candidats qui sont intéressés par les valeurs du parti, peu importe leur sexe et leur origine. […] On va juger les personnes sur leurs compétences. Certaines femmes ont d’autres priorités. »

Son porte-parole, Martin Masse, disait plus tôt ce printemps ne pas vouloir « embarquer dans le jeu de “il faut des quotas de chaque groupe d’intérêt” ».

Avancer lentement

Les troupes de M. Bernier mises à part, les chiffres actuels doivent-ils être perçus comme étant positifs — surtout considérant les résultats enregistrés au Québec lors de la dernière campagne provinciale (47 % de candidates et 42 % d’élues) ? Deux observatrices attentives du dossier ne sont guère enthousiastes.

« Le constat, c’est que malgré toutes les années où on pense avoir fait des acquis en matière de parité et d’égalité, il reste de grandes barrières systémiques à la présence des femmes en politique, remarque Jacinthe Gagnon, présidente du chapitre Québec de l’organisme À voix égales. Il y a encore beaucoup de chemin à faire, et on ne sent pas une volonté marquée, claire, des partis pour aller vers plus de femmes » candidates, dit-elle en entretien.

Politologue à l’Université d’Ottawa et auteure de livres sur la présence des femmes en politique, Manon Tremblay estime qu’on peut parler d’un pas « dans la bonne direction », mais que ça ne veut pas dire grand-chose à ce stade.

« D’une part, la zone paritaire doit selon moi être placée entre 45 % et 55 %, dit-elle. Mais ce n’est pas là-dessus qu’on doit juger les partis, mais sur leur sérieux à présenter des femmes dans des circonscriptions jugées raisonnablement gagnantes. On ne sait jamais exactement, l’électorat est volatil, mais quand même : les partis politiques ont une bonne idée de leurs chances de victoire. »

Cela parce qu’« en bout de piste, ce qui importe, c’est d’avoir un caucus qui est paritaire, ajoute-t-elle. Si on a 60 % de femmes candidates, mais qu’elles perdent toutes, ça donne quoi ? »

Manon Tremblay plaide ainsi pour que de futures mesures pour augmenter la présence des femmes en politique — un sujet en cours de discussion tant à Québec qu’à Ottawa — passent par « des incitatifs basés sur les résultats, sur le taux de féminisation du caucus. Sinon, c’est trop facile d’instrumentaliser les femmes ».

Des écarts au Québec

Elle salue en attendant les efforts faits par les conservateurs au Québec : ceux-ci comptent 38 % de candidates, un bond spectaculaire par rapport à 2015 (moins de 12 %).

Mais si l’on exclut le Québec, les conservateurs se retrouvent derrière tout le monde, avec quelque 28 % de candidates dans le « Rest of Canada ».

Les libéraux de Justin Trudeau éprouvent des problèmes contraires. Ils ont des difficultés de recrutement au Québec (26 % de candidatures féminines en ce moment), alors qu’ils ne sont pas loin du seuil de la parité dans le ROC (près de 38 % de femmes dans les autres provinces).

« Je crois que ça montre que la volonté du prince est limitée », illustre Manon Tremblay.

«M. Trudeau a pu imposer un cabinet paritaire au sein d’un caucus pas si féminisé, mais il n’a pas le pouvoir de nommer les 338 candidats libéraux [ce sont les militants qui le font, comme dans les autres partis]. J’imagine que le leadership est en avance sur la base militante… »

Au Québec, le Nouveau Parti démocratique enregistre un taux de près de 59 % de candidates — mais la formation compte nettement moins de candidats que les autres. À l’échelle nationale, les troupes de Jagmeet Singh dominent aussi le classement, avec 51 % de candidatures féminines.

Le Parti vert du Canada frôle également la zone paritaire. Ces deux formations sont les seules à avoir pris un engagement clair de présenter autant d’hommes que de femmes.

En 2015, les libéraux avaient présenté 31 % de candidates, devant les conservateurs (20 %) et le Bloc québécois (28 %), mais derrière le Nouveau Parti démocratique (43 %) et le Parti vert (40 %).

Les chiffres de la Vigie parité sont basés sur les informations transmises par les partis et ne comptent que les candidats officiellement investis.