À Ottawa, les approches divergent sur la lutte contre le changement climatique

Autant chez les libéraux que chez les conservateurs se fixe-t-on comme objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Autant chez les libéraux que chez les conservateurs se fixe-t-on comme objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada s’élevaient à 716 mégatonnes (Mt) d’équivalent CO2 en 2017. Autant chez les libéraux que chez les conservateurs se fixe-t-on comme objectif de les réduire d’ici 2030 de 30 % par rapport à leur niveau de 2005, pour atteindre 513 Mt. Le NPD promet plutôt de les réduire de 40 %, à 450 Mt, et le Parti vert, de 60 %, à 300 Mt.

Les conservateurs n’ont pas indiqué dans leur plan dévoilé cette semaine comment chacune de leurs mesures permettra d’atteindre cet objectif. Dans les rangs libéraux, on reconnaît que les mesures annoncées jusqu’à présent permettront d’atteindre 70 % de l’objectif, mais on fera des promesses en campagne qui permettront de combler la différence.

Le plan libéral de lutte contre les changements climatiques consiste d’une part en une taxe sur le carbone dans les cinq provinces n’ayant pas de plan suffisant de réduction de GES. L’argent amassé est à 90 % retourné dans les poches des contribuables, la part restante étant utilisée pour financer des mesures vertes. D’autre part, pour la première fois au Canada, les grands émetteurs industriels sont soumis à un plafond d’émissions polluantes au-delà duquel ils doivent acheter des droits de polluer. Encore là, l’argent amassé sert à financer des programmes verts.

 
716 Mt
Ce sont les émissions de GES du Canada pour l’année 2017, en équivalent CO2

Le plan conservateur promet sans surprise l’abolition de la taxe honnie sur le carbone, mais le parti d’Andrew Scheer retient l’idée de faire payer les grands émetteurs industriels. À une différence majeure près : en guise de pénalité, les entreprises polluantes devront investir un montant fixe par tonne de GES excédentaire dans la recherche sur les technologies vertes. L’investissement pourra même se faire dans l’entreprise polluante elle-même.

Parce que le système conservateur requerra l’implantation d’un système de certification des investissements, les libéraux font valoir qu’il engendrera beaucoup de bureaucratie. Ils plaident aussi que l’impact sera nuancé parce que les investissements seront éparpillés, puisque faits isolément par chaque entreprise, certains potentiellement de quelques milliers de dollars à peine si l’entreprise dépasse de peu son plafond.

Le NPD préserverait des libéraux la taxe sur le carbone et le système de plafonnement des émissions des grandes industries, mais fixerait les plafonds un peu plus bas. Il conserverait le crédit de 5000 $ accordé à l’achat d’un véhicule électrique et y ajouterait l’abolition de la TPS pour les véhicules moins chers. Le Parti vert cesserait les importations de pétrole et investirait dans des usines pour raffiner au Canada les sables bitumineux.

Le Parti conservateur promet de ressusciter — pour deux ans — un programme de crédit fiscal pour les rénovations domiciliaires améliorant l’efficacité énergétique d’une valeur maximale de 3800 $ par année par contribuable. Le NPD promet plutôt des « prêts à faible taux d’intérêt ». Enfin, les conservateurs promettent la mise sur pied d’un fonds en capital de risque de 1,25 milliard de dollars financé à 80 % par le privé pour stimuler l’investissement dans l’économie verte. Le NPD propose, lui, une Banque canadienne du climat dotée de 3 milliards pour stimuler l’investissement dans l’économie à faible émission de carbone.

Le Parti conservateur promet enfin d’envisager la création d’un « corridor énergétique ». À ses détracteurs qui l’accusent de vouloir créer une autoroute facilitant le transport d’énergies fossiles, la formation réplique que le corridor servirait aussi à transporter l’hydroélectricité. Les lignes à haute tension engendrent toutefois une corrosion prématurée des pipelines situés à proximité. Le pipeline de produits raffinés d’Énergie Valero reliant Lévis à Montréal a dû être déterré et réparé pour cette raison trois ans après sa mise en service en 2012. Hydro-Québec s’était d’ailleurs opposée au tracé du défunt projet d’Énergie Est pour la même raison.