Génocide autochtone: l’opposition rejette une enquête de l’ONU

Pour déclencher un processus d'enquête de l'ONU, il faudrait qu’un groupe de pays membres en fasse la demande. 
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Pour déclencher un processus d'enquête de l'ONU, il faudrait qu’un groupe de pays membres en fasse la demande. 

Les partis d’opposition à Ottawa ont beau être d’avis divergents quant à l’utilisation du mot « génocide » pour qualifier le sort des peuples autochtones au Canada, ils sont d’accord pour rejeter l’idée d’une enquête de l’ONU sur la question.

Le gouvernement, quant à lui, s’est abstenu de faire des commentaires.

En entrevue au Devoir jeudi, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les droits des peuples autochtones a dit souhaiter que l’ONU fasse enquête sur l’accusation de génocide portée la semaine dernière par l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Notamment parce que cela « mettrait beaucoup plus de pression sur le gouvernement canadien afin qu’il fasse le nécessaire », a fait valoir Victoria Tauli-Corpuz.

Réaction de Freeland

Le bureau de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, s’est contenté d’une déclaration laconique vendredi, puisque le souhait de la rapporteuse spéciale ne s’est pas encore concrétisé en demande officielle de l’ONU.

« Notre gouvernement est déterminé à mettre fin à la tragédie nationale actuelle des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées ainsi que des personnes LGBTQ et bispirituelles. Le Canada est un ardent défenseur de l’ordre international fondé sur des règles et des institutions multilatérales qui le sous-tendent, notamment l’ONU et ses rapporteurs spéciaux », a déclaré l’attaché de presse de la ministre, Adam Austen, par courriel.

J’aimerais que les libéraux passent à l’action et remplissent leurs obligations. Nous n’avons pas besoin de l’ONU pour le faire.

 

Le Parti conservateur estime toutefois que les libéraux sont responsables des reproches internationaux qu’encourt aujourd’hui le Canada. Car Justin Trudeau a lui-même accepté l’utilisation du terme « génocide » au départ. L’Organisation des États américains a signalé à Ottawa qu’elle souhaiterait dépêcher des experts indépendants pour clarifier les accusations.

« C’est sûr qu’à partir du moment où M. Trudeau a décidé de dire que, oui, c’est un génocide, c’est encore une façon de faire de M. Trudeau qui fait mal paraître le Canada », a déploré le conservateur Pierre Paul-Hus.

L’image du Canada

Le premier ministre avait d’abord refusé de reprendre à son compte cette conclusion du rapport de l’enquête nationale qui déclarait, le 3 juin dernier, que « les structures du colonialisme de peuplement » du Canada constituent un génocide.

Le lendemain, M. Trudeau avait dit l’accepter. Enfin, lundi, il a parlé plutôt de « génocide culturel ». « Imaginez : au Canada, on est vus à l’international comme étant un pays génocidaire. C’est incroyable ! » a lancé, découragé, M. Paul-Hus vendredi.

« Sans vouloir minimiser l’importance de ce qui s’est passé, je pense que là c’est extrême. Et le premier ministre doit trouver une façon de clarifier le fait que le Canada n’est pas un pays génocidaire et qu’on peut laisser tomber les enquêtes internationales. »

Le néodémocrate Don Davies a lui aussi rejeté la nécessité d’une enquête onusienne, mais a imploré le gouvernement Trudeau d’agir pour corriger la situation. « J’aimerais que les libéraux passent à l’action et remplissent leurs obligations. Nous n’avons pas besoin de l’ONU pour le faire. »

Le bloquiste Gabriel Ste-Marie, pour sa part, ne voit pas d’objection à ce que les Nations unies viennent évaluer les conditions de vie des Autochtones au Canada.

« Il faut trouver une façon de s’assurer que les changements soient faits. Le gouvernement a des belles paroles, mais les gestes ne suivent pas. C’est une question de justice. L’inaction du gouvernement relève de la négligence criminelle », a-t-il déclaré.

Bien que la rapporteuse spéciale des Nations unies ait confié au Devoir qu’elle souhaitait la tenue d’une enquête, il faudrait qu’un groupe de pays membres en fasse la demande pour déclencher le processus.