Les produits comestibles de cannabis ne seront pas disponibles avant la mi-décembre

Seuls les produits préparés et emballés par des producteurs de cannabis approuvés par Ottawa seront légaux.
Photo: Brennan Linsley Associated Press Seuls les produits préparés et emballés par des producteurs de cannabis approuvés par Ottawa seront légaux.

Les brownies au pot attendront. La vente de produits comestibles au cannabis ne sera finalement légalisée qu’à compter de la mi-décembre, et non pas la mi-octobre comme promis par Ottawa. Idem pour le haschich, l’huile de vapotage et toutes sortes de produits cosmétiques. Mais déjà, François Legault prévient qu’il restreindra la liste de produits vendus au Québec.

Le gouvernement de Justin Trudeau avait promis, en légalisant le cannabis séché le 17 octobre, que le reste des produits seraient légalisés à leur tour tout au plus un an plus tard. Le fédéral a cependant repoussé cette date vendredi, ce qui retarde la légalisation de ces dérivés après l’élection fédérale d’octobre prochain.

L’industrie du cannabis pourra demander à Santé Canada de faire approuver ses nouveaux produits à compter du 17 octobre, date de l’entrée en vigueur des nouveaux règlements encadrant leur vente. Le processus prendra deux mois. Ce qui mène le début de la vente de ces produits au 16 décembre.

Les fonctionnaires fédéraux qui ont présenté la nouvelle réglementation vendredi n’ont pas su expliquer pourquoi cette étape de préavis ne pouvait se faire plus tôt, pour que la vente débute mi-octobre comme prévu. Le ministre de la Réduction du crime organisé, Bill Blair, n’était pas à Ottawa pour expliquer son annonce.

Le néodémocrate Don Davies croit que l’explication de ce délai est toute simple. « C’est de toute évidence pour des raisons politiques », a-t-il résumé.

Bien qu’Ottawa souhaite permettre la vente de toutes sortes de produits de cannabis — allant des crèmes et des cosmétiques aux desserts et jujubes —, les provinces auront la liberté de restreindre l’éventail de produits offerts sur leur territoire.

Le premier ministre québécois, François Legault, a aussitôt indiqué qu’il avait l’intention d’agir en ce sens, sans toutefois préciser quels produits seraient interdits au Québec.

« On a la possibilité avec la loi actuelle de le faire par règlement, mais c’est un gros dossier qu’on doit regarder et qu’on est en train de peser. Parce que ce qu’on me dit, c’est que la consommation est plus grave que l’effet de la fumée, a-t-il affirmé. Donc, il faut s’assurer justement que ça soit bien encadré. »

Les produits comestibles de cannabis ne pourront pas contenir d’alcool ou de caféine — outre celle contenue naturellement dans des ingrédients comme le vinaigre ou le chocolat. Ils pourront cependant être préparés avec du sucre ou du colorant.

Les bonbons qui seraient attrayants pour les enfants sont interdits. Mais un jujube qui ne l’est pas sera permis. Il reviendra à l’industrie de se conformer au règlement, ont expliqué les fonctionnaires.

Seuls les produits préparés et emballés par des producteurs de cannabis approuvés par Ottawa seront légaux. Un restaurant ne pourra toujours pas offrir des mets contenant du cannabis.

Emballages neutres

Les produits comestibles pourront contenir un maximum de 10 milligrammes de THC par unité.

Les consommateurs pourront ainsi s’acheter un biscuit contenant 10 mg de THC ou un paquet de 10 biscuits contenant chacun 1 mg de THC. Les produits pour vapoteuses et ceux dits topiques et utilisés sur la peau (crèmes ou shampoings) ne pourront contenir plus de 1000 mg de THC.

Tous les produits devront être vendus dans des emballages sécuritaires et neutres pour ne pas intéresser les enfants. La quantité de THC ou de CBD devra être affichée, de même qu’une mise en garde sur les effets du produit et le logo indiquant qu’il contientdu THC.

Allan Rewak, du producteur de cannabis Emerald Health Therapeutics, prédit que l’offre de produits sera plus limitée au départ en décembre.

« Le plus gros défi de l’industrie sera de s’assurer qu’il y ait suffisamment de capacité d’extraction et de traitement du cannabis pour le transformer en produits dérivés. Mais avec le temps, cette capacité augmentera. »

Le marché des dérivés se chiffrera à environ 2,7 milliards par année, selon Deloitte. « Ces chiffres reflètent un marché mature, autour de 2025 », nuance M. Rewak.

Les produits comestibles représentaient 33 % des habitudes de consommation des Canadiens, selon un sondage mené pour Santé Canada en 2017.

Les conservateurs ont déploré l’arrivée prochaine d’une panoplie de produits de cannabis sur les tablettes.

« C’est une banalisation, a dit Pierre Paul-Hus. C’est ça, le danger. Ce qui nous fait peur actuellement, c’est les jeunes de 13, 14, 15 ans qui consomment ces produits avec tous les effets corollaires qui sont très graves. »

Le bloquiste Gabriel Ste-Marie craint, comme M. Paul-Hus, les risques d’intoxication accidentelle d’enfants qui consommeraient du cannabis par inadvertance.

Avec Mylène Crête

1 commentaire
  • Gilles Théberge - Abonné 15 juin 2019 10 h 13

    Ça, c’est le leg de ...Trudeau !