Jason Kenney incite les Québécois à acheter le pétrole de l’Alberta

Jason Kenney a rencontré en tête-à-tête le premier ministre québécois François Legault mercredi après-midi à Québec.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Jason Kenney a rencontré en tête-à-tête le premier ministre québécois François Legault mercredi après-midi à Québec.

Relevant la grande quantité de pétrole toujours consommée par les Québécois, le nouveau premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, les incite à se le procurer au pays, car c’est ce pétrole canadien qui contribue à payer les soins de santé et d’éducation au Québec, a-t-il dit mercredi à Montréal.

Le dirigeant conservateur a rencontré en tête-à-tête le premier ministre québécois François Legault mercredi après-midi à Québec.

Il a vraisemblablement été question du pétrole de l’Ouest et des pipelines dont l’Alberta dit avoir besoin pour que son pétrole soit acheminé vers les marchés, notamment jusqu’au Québec.

M. Kenney a transmis à son homologue cette proposition d’affaires pour les Québécois : « S’il vous plaît, aidez-nous à obtenir un prix juste pour l’énergie que nous produisons, qui peut aider à payer les services publics offerts par le gouvernement du Québec », faisant ainsi référence aux paiements de péréquation.

« C’est un marché raisonnable », a-t-il ajouté.

M. Kenney a tenu ces propos en point de presse, mercredi, en marge d’une allocution prononcée — en bonne partie en français — sur le thème de « l’avenir énergétique », à la Conférence de Montréal du Forum économique des Amériques.

Il a rappelé que sa province traverse une période d’adversité économique et qu’elle a besoin d’exporter ses ressources énergétiques — et donc de pipelines.

« J’espère que le Québec sera là pour discuter de ces enjeux avec un esprit ouvert. »

La partie n’est pas gagnée d’avance. M. Legault a récemment déclaré qu’il n’y avait pas d’acceptabilité sociale au Québec pour un nouvel oléoduc. Il a de nouveau répété mercredi soir que le Québec n’était « pas ouvert » à un oléoduc de pétrole.

En décembre, M. Legault avait même soulevé l’ire des Albertains en parlant de « pétrole sale ».

« Un prix sur la pollution »

Mais pour Jason Kenney, les Québécois doivent réaliser que malgré leurs préoccupations environnementales, ils consomment toujours du pétrole.

Quelque 60 000 barils par jour, a-t-il répété à quelques reprises. Ce chiffre est beaucoup plus élevé, selon le ministère québécois de l’Énergie et des Ressources naturelles qui reprend des données de Statistique Canada : en moyenne 340 000 barils par jour sont transformés dans les raffineries québécoises.

Tant qu’à acheter du pétrole, mieux vaut se procurer celui de l’Ouest canadien, plaide-t-il. Le pétrole produit en Alberta est le moins polluant au monde, a-t-il soutenu, en plus de venir d’un endroit qui respecte les droits de la personne, contrairement à certains pays exportateurs.

Il est à noter que le Québec se procure déjà une bonne partie de son pétrole de l’Ouest canadien. En 2018, il s’agissait de 41 % du pétrole importé.

Et puis, Jason Kenney a souligné à grands traits que le Québec demeure dépendant de la péréquation, reprenant un argument qu’il utilise depuis des années.

Il espère ainsi que les Québécois comprennent « la frustration des Albertains », car ils sont empêchés par les politiques canadiennes — dont la taxe sur le carbone, qu’Ottawa appelle désormais « un prix sur la pollution » — de remettre des milliards dans les coffres du Canada. Le Québec a « énormément » profité de ces sommes au cours des années, dit-il.

M. Kenney est toutefois heureux que le premier ministre du Québec soit ouvert à un gazoduc au Québec, « une bonne expression de partenariat dans la fédération, pour nous aider à ramasser les richesses que nous partageons ».

Une alliance politique

Le premier ministre de l’Alberta a aussi profité de sa visite en sol québécois pour tendre une main politique à François Legault. Il veut s’allier au Québec pour se battre contre « l’ingérence » d’Ottawa dans les champs de compétence provinciale.

Il voit en lui un partenaire, considérant les combats de la province pour protéger ses pouvoirs.

« Les Albertains aiment les Québécois. Nous voulons être un partenaire. Nous pouvons être une alliance contre l’ingérence du fédéral et pour la croissance économique et les emplois », a-t-il dit.

Le conservateur a même exprimé le souhait de faire revivre, en quelque sorte, « l’alliance historique » entre le Québec et l’Alberta, alors incarnée par René Lévesque et l’ancien premier ministre de l’Alberta Peter Lougheed au moment du rapatriement de la Constitution canadienne au début des années 1980.

En dénonçant ce qu’il appelle de « l’ingérence fédérale », il avait évidemment en tête le projet de loi C-69 d’Ottawa qui resserre les évaluations environnementales des grands projets d’exploitation de ressources énergétiques, comme les pipelines. M. Kenney l’a déjà non seulement qualifié d’inconstitutionnel, mais il juge qu’il risque aussi de mettre en péril l’unité du pays.

Il a noté que son homologue québécois a exprimé lui aussi son désaccord envers C-69, préférant que le Québec garde plein contrôle sur les évaluations environnementales, une autre possibilité de front commun entre les deux provinces.