Jason Kenney rêve de relancer «l’alliance historique» avec le Québec

Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney
Photo: Jeff McIntosh Archives La Presse canadienne Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney

Le premier ministre albertain, Jason Kenney, affirme que les citoyens de sa province « aiment » les Québécois et qu’ils veulent s’associer à eux pour relancer « l’alliance historique » pour la « prospérité » avec le Québec. Une prospérité qui passe, selon lui, par l’exploitation et l’exportation de plus de pétrole et de gaz naturel.

« Les Albertains aiment les Québécois. Nous pouvons être des partenaires, nous pouvons faire une alliance contre l’ingérence du fédéral et pour la croissance économique et les emplois », a fait valoir M. Kenney, mercredi, dans le cadre d’un point de presse donné en marge de la Conférence de Montréal du Forum économique des Amériques.

À quelques heures de son tête-à-tête avec François Legault, prévu à Québec, le premier ministre albertain a aussi souligné « l’importance du renouvellement de l’alliance historique entre l’Alberta et le Québec, pour être partenaires dans la prospérité ».

Cette « prospérité » économique passe selon lui par un accès plus facile aux eaux côtières pour les projets de pipelines et de gazoducs, de façon à exporter davantage de pétrole des sables bitumineux et de gaz exploité en sol albertain. « Nous avons besoin d’exporter nos ressources énergétiques et naturelles. J’espère que le Québec sera là pour discuter de ces enjeux avec l’esprit ouvert », a dit le chef conservateur de l’Alberta.

Pour GNL Québec

M. Kenney a d’ailleurs mentionné le cas du projet Énergie Saguenay, qui deviendrait le deuxième terminal d’exportation de gaz naturel liquéfié en importance au Canada. Le projet, qui faciliterait la mise en marché de gaz exploité majoritairement par fracturation en Alberta, « serait une bonne expression du partenariat dans la fédération, pour nous aider à générer la richesse que nous partageons avec le Québec dans le système de péréquation ».

Jason Kenney a d’ailleurs salué l’ouverture exprimée par François Legault, qui s’est porté à la défense de ce projet industriel. Les émissions de gaz à effet de serre liées à ce projet dépasseraient sept millions de tonnes par année, soit plus de quatre fois les émissions imputables à la cimenterie de Port-Daniel, selon un avis produit par les experts du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

Au sujet d’un éventuel projet de pipeline vers l’est, qui devrait toutefois être proposé par une entreprise, M. Kenney a dit partager « l’inquiétude des Québécois pour les questions environnementales. Il y a urgence de diminuer les émissions de gaz à effet de serre ».

Selon lui, l’industrie « diminue » ses émissions de gaz à effet de serre. Mais selon les plus récentes données du gouvernement fédéral, entre 2005 et 2017, les émissions globales du secteur pétrolier et gazier sont passées de 158 à 195 millions de tonnes, dont une hausse de 63 millions de tonnes à 106 millions de tonnes pour le seul secteur de l’« extraction ».

Par ailleurs, a-t-il affirmé à plusieurs reprises, les Québécois consomment chaque jour 60 000 barils de pétrole. « Il est préférable que ce pétrole provienne du Canada et non de l’étranger », a-t-il ajouté.

Dans les faits, les Québécois consomment quotidiennement 350 000 barils de pétrole. Et selon le plus récent rapport État de l’énergie au Québec, de la chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, la quasi-totalité du pétrole consommé provient déjà de l’Amérique du Nord. Concrètement, 94 % des approvisionnements en pétrole brut de la province provenaient de l’Amérique du Nord au 30 juin 2018. Quelque 53 % de ce pétrole provenait de l’Ouest canadien et 40 %, des États-Unis.

Non à C-69

Jason Kenney a par ailleurs réitéré que sa province contribue énormément au Québec, avec notamment la péréquation et les paiements de transfert, « qui proviennent en majorité de l’Alberta ». Ainsi, a-t-il dit, les revenus générés par les énergies dans l’ouest du pays servent à financer « la santé, l’éducation et d’autres services » au Québec.

Le premier ministre de l’Alberta a profité de son point de presse pour attaquer de nouveau le projet de loi C-69 des libéraux fédéraux, qui doit permettre de réformer les évaluations environnementales au Canada.

« C’est une ingérence du fédéral dans les champs de compétence des provinces », a-t-il insisté, tout en rappelant que « le gouvernement du Québec a exprimé son opposition au projet de loi », qui constitue selon lui « un obstacle à la prospérité ».

Pétrole nord-américain

Ce sont actuellement les deux compagnies pétrolières propriétaires des raffineries de la province qui décident de la provenance du pétrole brut qui est traité ici. Or, la pétrolière Suncor, qui possède la raffinerie de Montréal, et Valero, qui exploite celle qui est située à Lévis, n’ont pas voulu préciser au Devoir si elles accepteraient d’acheter uniquement du pétrole canadien.

Chez Valero, qui possède une capacité de raffinage de 265 000 barils par jour, le directeur des affaires publiques et gouvernementales, Louis-Philippe Gariépy, a ainsi fait valoir, le mois dernier, que la question de l’approvisionnement en pétrole brut est « complexe ».

« Elle dépend de conditions de marché et aussi des attributs propres à chaque type de brut. Au cours des dernières années, notre approvisionnement en brut de l’Ouest canadien a fluctué entre 30 % et 70 %. La clé de notre succès et de notre pérennité réside dans notre flexibilité d’approvisionnement et notre capacité à demeurer concurrentiels dans un marché très compétitif », a-t-il expliqué dans une réponse écrite.

« Pour des raisons de nature concurrentielle, nous ne précisons pas les volumes ou les emplacements spécifiques », a répondu pour sa part le porte-parole de Suncor, Dean Dussault. Il a toutefois renvoyé Le Devoir à un document de l’entreprise qui indique que « l’approvisionnement en pétrole brut se fait aux prix de marché au moyen d’opérations au comptant effectuées sur le marché ou encore de contrats qui peuvent être résiliés moyennant un court préavis ».

Cette diète pétrolière des raffineries présentes au Québec s’explique essentiellement par des facteurs économiques, selon le titulaire de la chaire, Pierre-Olivier Pineau. « Elles ne sont guidées que par le prix. La provenance du pétrole leur importe peu, voire pas du tout. »

Avec Éric Desrosiers