Environnement: guerre de mots entre Trudeau et les premiers ministres conservateurs

Les dirigeants provinciaux déplorent le fait que la réforme de l’évaluation environnementale prévue par les libéraux fédéraux créerait des obstacles insurmontables à l’exportation de leurs ressources et menacerait les emplois et l’économie.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne Les dirigeants provinciaux déplorent le fait que la réforme de l’évaluation environnementale prévue par les libéraux fédéraux créerait des obstacles insurmontables à l’exportation de leurs ressources et menacerait les emplois et l’économie.

La guerre entre Justin Trudeau et ses homologues provinciaux conservateurs s’envenime. Alors que les premiers ministres de cinq provinces font front commun pour arguer que sa réforme de l’évaluation environnementale menace l’unité nationale, M. Trudeau les accuse de s’adonner à un odieux chantage « irresponsable ».

Le gouvernement Trudeau annoncera mercredi s’il accepte ou non les quelque 200 amendements apportés au projet de loi C-69 par le Sénat. Les premiers ministres de l’Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick ont publié une lettre lundi soir dans laquelle ils implorent les libéraux fédéraux d’avaliser la totalité de ces changements.

« Le gouvernement fédéral doit reconnaître le rôle exclusif des provinces et territoires sur la gestion du développement de nos ressources naturelles non renouvelables ou il risque de créer une crise constitutionnelle », scandent respectivement les premiers ministres Jason Kenney, Scott Moe, Brian Pallister, Doug Ford et Blaine Higgs. S’ajoute au groupe le premier ministre indépendant des Territoires du Nord-Ouest, Bob McLeod (dont le frère est le député fédéral libéral local).

La réplique de Justin Trudeau n’a pas tardé. Et elle a été cinglante. « Le fait que des politiciens, des premiers ministres provinciaux conservateurs soient en train de faire des menaces à l’unité nationale si on ne leur donne pas ce qu’ils veulent, c’est complètement irresponsable, a scandé le premier ministre fédéral. La responsabilité de tout premier ministre et de quiconque aspire à devenir premier ministre, c’est de condamner ces attaques-là. Je les condamne. Andrew Scheer devrait faire pareil. » Le chef conservateur fédéral n’était pas à Ottawa mardi et n’a pas souhaité réagir par écrit.

Les dirigeants provinciaux déplorent le fait que la réforme de l’évaluation environnementale prévue par les libéraux fédéraux — avant d’être amendée par le Sénat — créerait des obstacles insurmontables à l’exportation de leurs ressources et menacerait les emplois et l’économie.

Les provinces s’opposent également au projet de loi C-48, qui imposerait un moratoire aux navires pétroliers le long de la côte nord de la Colombie-Britannique. Un comité sénatorial avait recommandé d’annuler carrément ce projet de loi, mais le Sénat dans son ensemble a rejeté cette idée. Les premiers ministres provinciaux appellent le gouvernement à l’abandonner malgré tout.

« Dans l’état actuel des choses, le gouvernement fédéral semble indifférent face aux défis économiques que vivent les provinces et territoires, stipule leur missive. Des gestes immédiats pour améliorer ou éliminer ces projets de loi sont nécessaires, afin d’éviter d’exacerber l’aliénation des provinces, des territoires et de leurs citoyens et de se concentrer sur l’unité du pays. »

Surenchère verbale

Le Parti conservateur a attrapé la balle au bond, aux Communes. La chef adjointe Lisa Raitt a enjoint au gouvernement de « prendre les préoccupations des premiers ministres provinciaux au sérieux ».

Justin Trudeau n’a toutefois pas adouci le ton. « Nous croyons aux relations constructives. Malheureusement, nous ne considérons pas qu’il s’agit d’une relation constructive lorsque les premiers ministres provinciaux brandissent des menaces à l’unité nationale lorsqu’ils n’ont pas ce qu’ils veulent », a-t-il déclaré.

Ce qui a mené Jason Kenney à en rajouter à son tour, sur Twitter, en défendant une lettre « respectueuse » qui s’inscrivait « dans la tradition du fédéralisme d’ouverture ». « Nous demandions simplement à être entendus et cette réponse méprisante du gouvernement fédéral est une réelle menace à l’économie nationale et à l’unité nationale », a-t-il renchéri.

De passage à Ottawa le mois dernier, le premier ministre albertain avait menacé de contester les projets de loi C-69 et C-48 devant les tribunaux s’ils n’étaient pas tempérés. Il avait en outre martelé que tous deux alimentent l’aliénation de sa province.

Le Québec a cependant lui aussi critiqué le projet de loi C-69 ce printemps. Le ministre de l’Environnement de la CAQ, Benoit Charette, a réclamé des amendements pour protéger le champ de compétence provincial en matière d’évaluation de projets intraprovinciaux.

Le député conservateur Alain Rayes a fait valoir, au Parlement, que ces premiers ministres provinciaux qui dénoncent les réformes environnementales du fédéral « ont été élus de façon démocratique ». « Le premier ministre impose les règles, met à risque aussi les futurs développements d’exploitation de ressources naturelles et minières. Ce n’est sûrement pas avec cette façon de se comporter, en étant paternaliste et centralisateur au lieu de travailler en partenariat avec les premiers ministres provinciaux, que l’on va travailler à l’unité nationale », a affirmé M. Rayes.

La sortie de Jason Kenney s’inscrit toutefois dans son souhait plus large de défaire le gouvernement Trudeau. M. Kenney a promis de faire campagne contre lui lors de l’élection fédérale cet automne. Son gouvernement publie d’ailleurs ces jours-ci des publicités pleine page dans les quotidiens du Canada anglais pour inviter Ottawa à approuver le projet d’expansion de l’oléoduc Trans Mountain la semaine prochaine.

Avec Hélène Buzzetti

1 commentaire
  • Mario Jodoin - Abonné 12 juin 2019 02 h 21

    Je n'ai jamais voté pour le PLC

    Mais, je l'appuie dans ce dossier et ne peux que frémir à l'idée que les conservateurs puissent être élus en octobre...