L’emploi du terme «génocide» continue de faire débat

Le chef conservateur, Andrew Scheer, refuse d’utiliser le terme «génocide» pour qualifier la «tragédie» vécue par les peuples autochtones.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le chef conservateur, Andrew Scheer, refuse d’utiliser le terme «génocide» pour qualifier la «tragédie» vécue par les peuples autochtones.

Le chef conservateur, Andrew Scheer, n’adhère pas à la conclusion principale de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, à savoir que le Canada s’est rendu coupable d’un « génocide » envers les Premières Nations. Il reconnaît qu’il y a « tragédie », mais met en garde contre l’utilisation d’un terme aux ramifications légales potentiellement importantes. Même Justin Trudeau, qui avait la semaine dernière donné l’impression qu’il était d’accord, tempère aujourd’hui et parle plutôt de « génocide culturel ».

« Je crois que chaque perte de vie est une tragédie qui a un impact sur les familles et les proches, et qu’il y a des choses concrètes qu’un gouvernement peut faire pour protéger les personnes vulnérables de notre société, en particulier les femmes et les filles autochtones », a déclaré Andrew Scheer en point de presse lundi. « Mais cela dit, les ramifications du terme “génocide” sont très profondes. Le terme est lourd de sens. La tragédie des femmes et des filles autochtones constitue une chose en soi, constitue une tragédie en soi et ne tombe pas dans la catégorie des génocides. »

Rappelant qu’une telle reconnaissance pourrait entraîner des « actions internationales » contre le Canada, le chef conservateur invite tout le monde à « être très prudent avec l’utilisation de cette terminologie ». M. Scheer a en outre rappelé que le mot « génocide » sous-entendait une intention de l’État d’exterminer les peuples autochtones, ce à quoi il ne semble pas adhérer.

L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) a déposé son rapport lundi dernier après presque trois ans de travaux. Elle ne dit pas que les centaines, voire les milliers, de meurtres de femmes autochtones au cours des dernières décennies sont le fruit d’un génocide. L’ENFFADA conclut plutôt que « les structures du colonialisme de peuplement » mises en place au Canada « constituent, dans les faits, un génocide ». Ces structures ont créé les conditions propices aux violences dont font l’objet les femmes.

Les positions de Trudeau

Le premier ministre avait refusé de reprendre à son compte cette conclusion le jour du dépôt du rapport. Mais le lendemain, il avait déclaré que « les commissaires ont conclu que c’était un génocide et nous acceptons ce qu’ils ont trouvé ». M. Trudeau est revenu sur ses propos aujourd’hui, lors d’une entrevue accordée à l’émission Gravel le matin, sur les ondes de Radio-Canada.

« Je me replie sur les mots utilisés par la Commission de vérité et réconciliation [sur les pensionnats autochtones] il y a quelques années où ils ont parlé de génocide culturel, et ç’a été très bien défini. J’accepte que les commissaires aient produit leur rapport, j’accepte leur rapport, y compris qu’ils ont utilisé le mot génocide, mais pour moi, c’est un peu plus approprié de parler de génocide culturel. »

La Commission de vérité et réconciliation avait conclu en 2015 que les 139 pensionnats où avaient été envoyés plus de 150 000 enfants autochtones de 1874 à 1996 avaient eu pour mandat d’exterminer la culture autochtone pour inculquer aux enfants une éducation européo-chrétienne et que cela constituait un « génocide culturel ».