Trudeau avalise le mot «génocide»

Le premier ministre Justin Trudeau a accepté la conclusion de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées voulant que le sort réservé aux Premières nations par le Canada constitue un génocide.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau a accepté la conclusion de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées voulant que le sort réservé aux Premières nations par le Canada constitue un génocide.

Le premier ministre Justin Trudeau se ravise et reconnaît finalement que le traitement passé et présent infligé par le Canada aux Premières Nations constitue un « génocide », comme l’a conclu l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Son entourage assure toutefois que cette reconnaissance n’aura aucun impact légal sur la scène internationale.

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« Les commissaires ont conclu que c’était un génocide et nous acceptons ce qu’ils ont trouvé », a lancé M. Trudeau mardi, alors qu’il se trouvait en Colombie-Britannique. La veille à Ottawa, lorsque l’Enquête nationale avait rendu public son rapport concluant au « génocide », M. Trudeau avait refusé de prononcer ce mot. Plus tard en soirée, il avait déclaré que « l’Enquête nationale a présenté officiellement son rapport dans lequel elle conclut que la violence tragique que vivent les femmes et les filles autochtones constitue un génocide », mais il n’avait pas repris cette conclusion à son compte.

En coulisses, on admet qu’il s’agit d’une progression de la position du premier ministre. « Il fallait qu’il y ait un exercice d’examen du rapport. Hier [lundi], c’était un peu trop tôt pour se prononcer là-dessus. On a pris 24 heures pour y réfléchir. » Selon cette personne, le premier ministre ne voulait pas avoir l’air de « réagir à chaud sur un coup de tête ». Pourtant, on savait depuis vendredi, lorsque le rapport a fait l’objet de fuites, que la commission conclurait au « génocide ». Cette source répond qu’on voulait aussi respecter les victimes. « C’est un peu normal de laisser les personnes qui sont les premières affectées par tout ça réagir, se prononcer sur les conclusions. »

M. Trudeau a ajouté mardi qu’il ne voulait pas s’empêtrer dans un « débat de mots » et qu’il allait privilégier l’action. Ses ministres ne lui ont cependant pas emboîté le pas et n’ont pas voulu parler de génocide lorsqu’ils ont été interrogés par Le Devoir.

« Je sais que le mot a beaucoup d’importance alors je vais laisser à d’autres cette décision [de l’utiliser ou pas] », a indiqué Marie-Claude Bibeau (Agriculture). Sa collègue Catherine McKenna (Environnement) a indiqué n’avoir « pas d’avis là-dessus ». François-Philippe Champagne (Infrastructures) a rappelé que « ce sont les mots qui ont été choisis par les commissions, suite à l’enquête. […] Ce sont leurs mots. »

Même Jane Philpott, ancienne ministre des Services aux Autochtones ayant été expulsée du caucus libéral, n’a pas parlé de génocide, « un mot fort ». Faut-il l’utiliser dans le contexte ? « Ce n’est pas à moi de décider. »

 

Dans l’entourage du premier ministre, on affirme ne pas craindre que la reconnaissance par le Canada d’un génocide puisse avoir des répercussions légales sur la scène internationale. La Cour pénale internationale, qui se penche notamment sur les cas de génocides et de crimes contre l’humanité, poursuit des individus et non des États. Or, le rapport de la commission n’identifie aucun individu comme étant personnellement responsable du « génocide ». Quant à la Cour internationale de justice, elle offre certes un forum pour des poursuites entre États, mais pas pour des situations internes sans lien avec le poursuivant. L’entourage de M. Trudeau doute donc qu’un État veuille, au nom des principes, y intenter une poursuite contre le Canada, car cela ouvrirait une « boîte de Pandore ». « Aucun État n’est complètement vierge. »

Par ailleurs, le chef du NPD, Jagmeet Singh, estime que le gouvernement devrait mettre en oeuvre l’ensemble des 231 recommandations mises de l’avant par l’Enquête nationale, incluant celle demandant que toutes les langues autochtones soient considérées comme des langues officielles au même titre que le français et l’anglais. « Si ce sont les premières langues à avoir été parlées dans ce pays, pourquoi ne leur donne-t-on pas le même appui dont jouissent les autres langues ? »

2 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 5 juin 2019 08 h 28

    Je ne sais pas

    pour son usage de la langue anglaise, mais une chose est certaine avec Justin: il parle mal le français (même généralement très mal) et doit aussi très mal comprendre le sens des mots (il faut admettre que cet entendement vaut probablement aussi en anglais).

  • Michel Lebel - Abonné 5 juin 2019 17 h 01

    Les mots ont un sens!

    Toujours aussi complaisant et bénêt Justin Trudeau, lorsqu'il traite de la question autochtone. Sil les mots ont encore un sens, il faut tout simplement conclure qu'il n'y a pas eu de génocide de la part des gouvenements canadiens. C'est aussi simple que cela!

    M.L.