Trudeau parlera d’avortement avec Pence

Les manifestations se multiplient aux États-Unis depuis que la Cour suprême a avalisé, en partie du moins, la loi de l’Indiana sur l’avortement, une loi que le vice-président Mike Pence avait lui-même entérinée lorsqu’il était gouverneur de l’État.
Photo: Eric Gay Associated Press Les manifestations se multiplient aux États-Unis depuis que la Cour suprême a avalisé, en partie du moins, la loi de l’Indiana sur l’avortement, une loi que le vice-président Mike Pence avait lui-même entérinée lorsqu’il était gouverneur de l’État.

Justin Trudeau profitera jeudi de son entretien avec le vice-président américain Mike Pence, pro-vie autoproclamé, pour rappeler l’importance de préserver le droit à l’avortement. Si le message est de nature à plaire au mouvement pro-choix canadien, il agace les conservateurs, qui déplorent que le premier ministre se serve de la scène internationale comme d’un prétexte pour s’en prendre à eux.

« Je suis très préoccupé par le mouvement conservateur au Canada, aux États-Unis et à travers le monde qui commence à retirer des droits aux femmes, a indiqué M. Trudeau aux journalistes. J’aurai une conversation sur plusieurs sujets avec le vice-président, et ce sujet, bien sûr, sera soulevé. »

Dans son entourage, on indique que la forme exacte que prendront les commentaires de M. Trudeau n’a pas été arrêtée. C’est le premier ministre qui en prendra l’initiative, mais on peut s’attendre, explique-t-on, à ce qu’il réitère « à quel point pour nous le droit des femmes dans cette sphère-là ne doit pas être compromis ». Il n’est toutefois pas question de sermonner le vice-président non plus. « On n’est pas là pour faire la morale à d’autres pays. »

Anti-avortement

Mike Pence est ouvertement opposé au droit à l’avortement. Mardi, il a applaudi la Cour suprême des États-Unis pour avoir avalisé — en partie — une loi de l’Indiana qu’il avait lui-même entérinée en 2016 quand il en était le gouverneur. Cette loi rend obligatoire l’incinération ou l’enterrement des tissus foetaux avortés, qui ne peuvent plus être traités comme de simples déchets biomédicaux. La partie de la loi qui interdisait l’avortement pour cause de malformation du foetus ou de sélection du sexe a toutefois été invalidée.

M. Pence a déclaré qu’il espérait que « les protections légales contre la discrimination fondée sur le sexe, la race ou le handicap soient un jour étendues aux Américains non-nés ».

Je suis très préoccupé par le mouvement conservateur au Canada, aux États-Unis et à travers le monde qui commence à retirer des droits aux femmes. J’aurai une conversation sur plusieurs sujets avec le vice-président, et ce sujet, bien sûr, sera soulevé.

Le député conservateur Erin O’Toole a déploré que M. Trudeau « utilise la politique américaine pour nous attaquer ». Depuis quelques semaines, les libéraux soulignent à larges traits que le caucus conservateur d’Andrew Scheer accueille de nombreux députés opposés à l’avortement. Treize d’entre eux ont d’ailleurs participé à la grande marche pro-vie d’Ottawa début mai, incluant la porte-parole du parti sur la Condition féminine, Rachael Harder.
 

Le Bloc québécois s’est mis de la partie mercredi en demandant le consentement unanime pour adopter une motion stipulant « que la Chambre des communes réitère que le corps de la femme n’appartient qu’à elle seule et reconnaisse son libre choix en matière d’avortement pour quelque raison que ce soit ». Des conservateurs ont refusé le consentement. La proposition de Mme Pauzé a été accueillie d’une chaude ovation des élus bloquistes, néo-démocrates et libéraux, mais la quasi-totalité des députés conservateurs est restée assise.

Tendance lourde

« Il y a une tendance lourde actuellement en Amérique du Nord en matière de ce droit des femmes. C’est inquiétant. Et c’est inquiétant que les conservateurs ne se soient pas levés et n’aient pas appuyé une telle motion », a déploré Mme Pauzé. « Ça me dit que plusieurs d’entre eux, si ce n’est pas tous, seraient d’accord avec des positions de Mike Pence ou les positions qu’on a vues dans certains États américains. »

La conservatrice Sylvie Boucher a fait bande à part, en se levant pour appuyer seule la motion du Bloc. Elle rejette la « tactique parlementaire » de ses adversaires. L’ovation des autres partis n’était rien de plus qu’un coup de théâtre, pense-t-elle. « Mon chef a été très, très, très clair. Plus clair que ça, tu meurs. Il a dit huit fois qu’on ne rouvrira pas le débat. […] À un moment donné, en même temps, il va falloir aussi que les gens respectent qu’il y a des gens qui ne pensent pas comme moi, qui suis pro-choix. »

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, répète qu’en tant que premier ministre, il ne rouvrira pas la question de l’avortement. Toutefois, il avait indiqué lors de la course à la chefferie en 2017 qu’il n’empêcherait pas ses députés de l’arrière-ban de déposer des projets de loi contre l’avortement.