Immigration: Andrew Scheer revendique le droit de critiquer

En présentant son plan pour l’immigration, le chef conservateur a repris les positions déjà étayées par son parti.
Photo: Cole Burston La Presse canadienne En présentant son plan pour l’immigration, le chef conservateur a repris les positions déjà étayées par son parti.

Andrew Scheer estime que le sort de l’immigration au pays est un sujet de débat légitime et que nul ne devrait craindre d’être taxé d’intolérance lorsqu’il remet en doute certains paradigmes du système canadien. Un avertissement qui ne lui a pas pour autant épargné de nouvelles attaques libérales.

Le chef conservateur s’est servi d’un discours sur l’immigration, mardi, pour mettre la table en vue de l’élection du mois d’octobre – et des débats qui y feront rage. « Nous devrions avoir le droit de tenir un débat sur l’immigration dans ce pays sans que le gouvernement traite les gens qui critiquent ses échecs de racistes ou d’intolérants », a fait valoir Andrew Scheer, en rappelant que les troupes de Justin Trudeau avaient attaqué les conservateurs lorsqu’ils ont critiqué le gouvernement en la matière.

« L’approche du gouvernement est dangereuse pour deux raisons, a plaidé M. Scheer. D’une part, elle minimise des reproches légitimes pour les présenter comme de la petite politique partisane et cela permet au gouvernement d’ignorer plus facilement les réels problèmes du système d’immigration. D’autre part, cela dévalue les menaces qui existent et qui demeurent, malheureusement, trop réelles dans notre société. Le racisme existe. L’intolérance existe. L’extrémisme existe. »

J’estime que l’idée que la race, la religion, le genre ou l’orientation sexuelle d’une personne puisse la rendre supérieure aux autres est tout à fait répugnante.

Or, ces façons de penser n’ont pas leur place au Parti conservateur, a insisté le chef. « Je crois que nous sommes tous des enfants de Dieu. […] J’estime que l’idée que la race, la religion, le genre ou l’orientation sexuelle d’une personne puisse la rendre supérieure aux autres est tout à fait répugnante. »

M. Scheer a accusé Maxime Bernier et Justin Trudeau de faire preuve d’idéologie en matière d’immigration. Car le premier promet d’abaisser les cibles d’accueil du Canada sans se préoccuper des impacts économiques, selon M. Scheer, tandis que le second veut ouvrir toutes grandes les portes du Canada sans s’assurer que des services d’intégration suffisants soient au rendez-vous.

Le chef conservateur promet, quant à lui, de fixer des cibles d’accueil d’immigration qui « répondront aux meilleurs intérêts du Canada » et qui pourraient varier d’année en année. Andrew Scheer ne les a toutefois pas chiffrés, refusant de se lancer dans un « débat idéologique ou, pire, une surenchère ».

Le chef conservateur a beau espérer pouvoir faire campagne notamment sur le dossier de l’immigration, ses rivaux libéraux ont aussitôt confirmé qu’ils lui en tiendraient rigueur cet automne. « Andrew Scheer a repris à son compte la même sorte de rhétorique anti-immigration prônée par l’extrême droite qui s’est généralisée dans les partis populistes de droite partout à travers le monde », a lancé le ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen, dans une déclaration diffusée avant même que M. Scheer ne prononce son discours politique dans la région de Toronto. « Les Canadiens ne veulent pas revenir en arrière, au temps des méthodes de Stephen Harper qui semaient la division. Et Andrew Scheer ne propose rien de plus », a scandé le ministre libéral, en donnant lui aussi le ton des prochains mois.

En présentant son plan pour l’immigration, le chef conservateur a repris les positions déjà étayées par son parti.

Andrew Scheer promet, s’il est élu, de miser sur l’immigration économique, de prioriser les réfugiés victimes de crimes de guerre, de génocide ou de crimes contre l’humanité, de faciliter l’accès à la résidence permanente pour les immigrants étant arrivés au pays à titre de travailleurs peu qualifiés, et d’appliquer l’entente sur les tiers pays sûrs à toute la frontière canado-américaine afin de pouvoir déporter tout migrant qui traverse de façon irrégulière entre les postes frontaliers, comme l’ont fait des milliers de personnes sur le chemin Roxham.

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