Aide aux médias: Scheer met en doute l’indépendance politique d’un comité

Jerry Diaz, président du syndicat Unifor
Photo: Cole Burston La Presse canadienne Jerry Diaz, président du syndicat Unifor

Les conservateurs accusent les libéraux de s’acheter les journalistes en amont de l’élection en plaçant Unifor, un syndicat ouvertement hostile au Parti conservateur, dans le comité devant déterminer les paramètres de la future aide financière aux médias. Mais le syndicat semble vouloir tuer cette accusation dans l’oeuf en nommant comme son représentant un journaliste à la retraite du Toronto Sun, une publication à tradition conservatrice.

Les conservateurs ont attaqué sans relâche mardi le premier ministre Justin Trudeau et son plan pour venir en aide à l’industrie médiatique malmenée. Ils l’accusent de concevoir le futur programme de manière à privilégier les organisations favorables au Parti libéral.

« Les libéraux veulent détruire la crédibilité des journalistes à cinq mois des élections », a lancé le conservateur Alain Rayes. Son collègue Steven Blaney a demandé au gouvernement s’« il veut des élections truquées ».

Trudeau a répliqué en accusant le Parti conservateur de ne pas appuyer les syndicats, rappelant les projets de loi restreignant leurs activités que le précédent gouvernement avait fait adopter. « Leur haine des syndicats ne connaît pas de limite. »

Le gouvernement fédéral a promis qu’il accordera aux organisations médiatiques des crédits d’impôt sur la masse salariale. Il confiera à un comité la tâche de concocter les paramètres du programme et ses critères d’admissibilité. Pour plus d’indépendance, il a désigné huit organisations qui choisiront chacune un représentant pour composer ce comité.

Or Unifor, un syndicat qui représente quelque 12 000 travailleurs de l’information, est du lot. Son président, Jerry Dias, s’attaque publiquement au Parti conservateur. Le syndicat a promis sur Twitter qu’il sera le « pire cauchemar » du chef Andrew Scheer.

Pendant la période de questions mardi, les conservateurs ont cité tour à tour des chroniqueurs partageant leurs craintes. La ministre responsable des Institutions démocratiques, Karina Gould, estime que les conservateurs s’engagent « dans une voie dangereuse ».

« Il s’agit d’une autre ligne à leur rhétorique visant à miner nos institutions démocratiques, a-t-elle dit.

« Ils s’en sont pris au patron d’Élections Canada, au commissaire d’Élections Canada, ils s’en sont pris au commissaire de la Commission aux débats et maintenant ils s’en prennent à la presse libre et indépendante. »

Retraités recherchés

Les craintes des conservateurs semblent toutefois prématurées car, selon les informations obtenues par Le Devoir, Unifor désignera un journaliste retraité du Toronto Sun pour siéger au comité d’Ottawa.

« Je refuse de m’excuser, lance Jerry Dias. La réalité, c’est que nous représentons plus de journalistes, plus d’employés de médias que quiconque d’autre au pays. Dire que ces travailleurs ne devraient pas avoir de voix est tout simplement ridicule. »

Le président syndical note en outre que le comité procédera par consensus. « Ce n’est pas comme si nous allions contrôler le processus. C’est pour ça qu’Andrew Scheer est un imbécile : il ne sait pas dire la vérité. »

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) désignera son représentant en fin de semaine. La Canadian Association of Journalists consultera ses membres cette semaine avant de déterminer si elle joue le jeu. On craint que de s’associer au processus gouvernemental n’alimente une perception de conflit d’intérêts.

Chose certaine, si la CAJ nomme un représentant, ce sera un journaliste à la retraite. Sinon, « siéger à ce comité serait un conflit d’intérêts », estime la présidente, Karyn Pugliese.

Enjeu politique

Le ministre du Patrimoine, Pablo Rodriguez, a indiqué que la partie patronale serait représentée par d’autres groupes et qu’il fallait un pendant syndical. Or Unifor représente non seulement des journalistes, mais aussi des techniciens et d’autres types de travailleurs de l’industrie.

Médias d’info Canada, qui représente des patrons de presse, déplore d’ailleurs les attaques conservatrices. « Il est malheureux que ce soit devenu un enjeu politique, parce qu’on ne voit pas ce comité comme menant une discussion politique, mais comme faisant des recommandations techniques », explique le président, John Hinds.

Thomas S. Saras, le président du National Ethnic Press and Media Council of Canada, argue que les conservateurs ont pour leur part versé des milliards de dollars pour sauver GM.

« Aujourd’hui, le gouvernement ne nous donne pas des milliards. Il essaie de nous aider à survivre avec des crédits d’impôt. Quel est le problème ? »

La Fédération nationale des communications, qui rassemble des travailleurs de l’information du Québec, n’a pas voulu commenter la présence d’Unifor, mais elle souligne que, pour sa part, à cause de la nature de son membrariat, elle ne prend aucune position politique.

De l’info locale pour SRC/CBC

Si le chef conservateur Andrew Scheer devient premier ministre cet automne, il demandera que CBC/Radio-Canada se concentre sur les nouvelles qui concernent le Canada et accorde moins d’importance à l’information internationale. « Lorsque nous examinons toute la couverture consacrée à la politique américaine par CBC/Radio-Canada […], je pense que beaucoup de Canadiens aimeraient qu’on s’assure que [le diffuseur public] se concentre sur son mandat principal : la couverture canadienne », a-t-il dit en entrevue avec La Presse canadienne. M. Scheer a aussi l’intention d’examiner les pratiques du diffuseur public afin d’évaluer s’il respecte son mandat. « Lorsque Radio-Canada a été créée il y a plusieurs décennies, il n’était pas possible d’obtenir du contenu sur les téléphones intelligents ou d’obtenir des centaines et des centaines de chaînes de télévision par satellite. […] Il est temps que nous examinions la manière dont Radio-Canada s’intègre dans tout cela. »