Levée des tarifs sur l’acier et l’aluminium

Le président américain, Donald Trump, avait décidé, il y a presque un an, d’imposer un tarif de 25% sur les importations aux États-Unis d’acier canadien et de 10% sur les importations d’aluminium canadien.
Photo: Cole Burston Getty images Agence France-Presse Le président américain, Donald Trump, avait décidé, il y a presque un an, d’imposer un tarif de 25% sur les importations aux États-Unis d’acier canadien et de 10% sur les importations d’aluminium canadien.

Le Canada et les États-Unis ont finalement conclu une entente dans cette querelle provoquée il y a presque un an par la décision de Donald Trump d’imposer un tarif de 25 % sur les importations aux États-Unis d’acier canadien. Les importations d’aluminium canadien subissaient pour leur part un tarif de 10 %.

L’entente prévoit la suppression totale et permanente des tarifs douaniers sur les importations d’aluminium en provenance du Canada, ainsi qu’un engagement commun avec le Canada et le Mexique de traiter les problèmes potentiels de transbordement, de dumping ou de subventions, ainsi que les augmentations soudaines de produits importés pouvant affecter la chaîne de valeur nord-américaine. Ces mesures visent essentiellement la Chine. « Si les importations de certains produits en acier et en aluminium augmentaient de façon subite, les États-Unis pourraient à nouveau imposer les droits de douane. Les représailles du Canada et du Mexique seraient alors limitées aux produits en acier et en aluminium », ont précisé de leur côté les services du représentant au Commerce américain.

Les pays mettront également fin « à toutes les procédures qui les opposent en instance à l’Organisation mondiale du commerce », le Canada, premier fournisseur étranger d’acier et d’aluminium des États-Unis, ayant porté plainte auprès de cette organisation en juin 2018, ajoute l’Agence France-Presse.

Le premier ministre Trudeau a confirmé la fin du différend dans une conférence de presse à Hamilton, région durement touchée par les tarifs sur l’acier canadien. Il était accompagné pour l’occasion de plusieurs de ses ministres, dont celui des Finances et celle des Affaires étrangères, à l’usine Stelco de Hamilton. Ces ministres ont fait de multiples allers-retours vers Washington pour apaiser Donald Trump et lui faire changer d’idée. Au départ, les États-Unis avaient voulu utiliser la menace de ces tarifs comme jeton de négociation de l’ACEUM, une nouvelle version de l’ALENA. Puis, une fois l’entente signée, c’était au tour du Canada de laisser entendre qu’elle ne serait pas ratifiée tant que Washington imposait ses tarifs.

M. Trudeau n’a pas raté l’occasion d'écorcher au passage celui qui, ces jours-ci, est l’adversaire commercial numéro un des Américains : la Chine. « Maintenant, le Canada et les États-Unis vont travailler ensemble pour protéger nos travailleurs, pour bâtir nos industries », a promis le premier ministre, faisant référence à la trop grande présence sur le marché d’acier et d’aluminium chinois.

Maintenant, le Canada et les États-Unis vont travailler ensemble pour protéger nos travailleurs, pour bâtir nos industries

Avant de connaître les détails de l’entente avec Washington, l’opposition à Ottawa s’était montrée prudente. « On espère qu’on ne va avoir aucun tarif ni aucun quota », a déclaré le chef conservateur Andrew Scheer. Quelques heures plus tard, à Hamilton, M. Trudeau assurait qu’il avait dit « non » aux Américains qui réclamaient d’imposer un quota.

Tous les partis d’opposition, comme le gouvernement, ont eu un mot pour les travailleurs qui ont subi cette situation depuis des mois. « Je pense qu’il faut reconnaître que l’industrie, que ce soit l’aluminium au Québec, que ce soit l’acier, a beaucoup souffert et on doit s’assurer de protéger ces industries à l’avenir », a déclaré le néodémocrate Guy Caron. Le député bloquiste Michel Boudrias a voulu se montrer « bon prince » avec le gouvernement libéral. « Négocier avec Washington par les temps qui courent […] ce n’est pas facile », a-t-il rappelé.

Une grande victoire

En réactions, les principales industries touchées parlaient de grande victoire. « À compter de la semaine prochaine, le Canada et le Mexique seront les deux seuls pays au monde à avoir un accès complet et sans restriction au marché américain, s’est réjoui le président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard. Nous pouvons enfin rediriger notre attention sur la véritable source du problème, soit la surcapacité d’aluminium à l’échelle mondiale, qui découle d’aides gouvernementales inéquitables […] La Chine, qui représente 54 % de l’aluminium primaire et 53 % de l’aluminium transformé dans le monde, est le plus grand producteur d’aluminium sur la planète. Toute solution visant à remédier au problème mondial d’offre excédentaire doit nécessairement tenir compte de la Chine. »

Tout en saluant l’accord, le Syndicat des Métallos a pour sa part exhorté Ottawa « à imposer rapidement des mesures pour protéger le secteur de l’acier contre le dumping de produits de l’acier en provenance de pays aux pratiques commerciales déloyales ». Les Métallos chiffrent à plus de 600 les mises à pied dans le secteur de l’acier seulement.

Avec Le Devoir

Ratification de l’ACEUM

« Ces tarifs sur l’acier et l’aluminium étaient la plus grande barrière à la ratification pour nous et pour les États-Unis du nouvel accord de l’ALENA. Maintenant, on va travailler avec les Américains sur la ratification », a dit Justin Trudeau. « C’est certain qu’on vient de faire un grand pas vers l’avant », a-t-il assuré. L’ACEUM a été conclu le 30 septembre au bout d’un marathon de treize mois de négociations commerciales, puis signé le 30 novembre. Mais le texte est toujours en attente de ratification dans les trois pays. Le nouvel accord prévoit notamment pour le secteur automobile un changement important des règles dites d’origine, imposant plus d’achats de matériaux et de composants de fabrication américaine. Il inclut en outre une clause forçant le Mexique à augmenter les salariés du secteur.