Les libéraux veulent déclarer «l’urgence climatique nationale»

La ministre Catherine McKenna a reconnu que sa motion ne promettait aucune action supplémentaire sur le front climatique.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La ministre Catherine McKenna a reconnu que sa motion ne promettait aucune action supplémentaire sur le front climatique.

Les libéraux de Justin Trudeau tentent de piéger les conservateurs dans le dossier climatique. Et pour ce faire, ils forceront la tenue d’un vote pour déclarer que le Canada se trouve en « situation d’urgence climatique nationale », question d’obliger les troupes d’Andrew Scheer à se prononcer sur la question.

La motion, qui sera débattue jeudi à la Chambre des communes et soumise au vote dans deux semaines, stipule notamment que « les changements climatiques constituent une crise réelle et urgente causée par l’activité humaine », qu’ils sont responsables des « phénomènes météorologiques extrêmes » auxquels on assiste et qu’ils nécessitent que le Canada respecte l’Accord de Paris visant à limiter le réchauffement de la planète à 2 degrés Celsius.

« Je suis vraiment curieuse, a lancé la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, de voir ce que les autres partis vont dire, en particulier le Parti conservateur, parce que, qu’avons-nous vu ? Qu’Andrew Scheer n’a toujours pas de plan climatique et qu’il rencontre des lobbyistes du secteur pétrolier. »

Le Parti conservateur n’a pas encore décidé comment il votera sur cette motion, mais il promet de dévoiler sa plateforme environnementale d’ici la fin de juin. « Ils veulent faire de la petite politique avec cet enjeu-là », estime le député Alain Rayes.

« Les libéraux n’ont aucune leçon à donner à personne sur les enjeux environnementaux. Ils ont acheté un pipeline avec l’argent des Canadiens, 4,5 milliards de dollars […], ils ont exempté les pollueurs et ajouté une taxe. »

M. Rayes a refusé de dire s’il considérait que la situation climatique actuelle constituait une « urgence ».

Le Nouveau Parti démocratique est pour sa part d’accord avec la motion libérale puisqu’il en a déposé une de son cru, qui va encore plus loin. La motion néodémocrate, débattue celle-là mercredi, demande la fin de toutes les subventions fédérales aux combustibles fossiles et l’abandon de l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain.

Les libéraux de Justin Trudeau avaient promis d’abolir ces subventions, mais ils se sont ravisés après leur arrivée au pouvoir pour ne pas nuire à l’industrie albertaine déjà mal en point.

Le NPD n’en pense pas moins que la motion libérale traduit une hypocrisie.

« Un gouvernement qui dépense 4,5 milliards de l’argent des contribuables pour acheter un pipeline et qui dépose ensuite une telle motion, c’est non seulement hypocrite, ça démontre aussi la priorité des libéraux », affirme le député Matthew Dubé.

« Au bout du compte, les gens qui sont préoccupés par l’environnement s’en foutent, que les conservateurs ne soient pas bons en matière d’environnement. Ils le savent déjà. Ils veulent savoir ce que le gouvernement libéral va faire, et surtout ce qu’il va faire de mieux. »

Le Bloc québécois partage cette opinion. Il votera pour la motion libérale même si, comme le dit la députée Marilène Gill, il y voit « une énorme contradiction ».

La ministre McKenna a reconnu que sa motion ne promettait aucune action supplémentaire sur le front climatique. Mais elle fait valoir que « ce n’est pas la fin » des actions. « Tout le monde doit faire plus, mais c’est une transition. Une transition ne se fait pas du jour au lendemain. »

Son collègue aux Ressources naturelles, Amarjeet Sohi, a ajouté qu’on ne pouvait imaginer cesser l’exploitation pétrolière.

« Le pétrole et le gaz feront partie de notre approvisionnement énergétique pour encore des décennies parce que la planète a besoin d’une source durable d’énergie, une source fiable et abordable d’énergie. »