Violence en ligne: Justin Trudeau participe à l’«Appel de Christchurch» à Paris

Le premier ministre Justin Trudeau
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau

Deux mois après la tuerie qui a fait 51 morts dans deux mosquées en Nouvelle-Zélande, le premier ministre Justin Trudeau s’envole mardi soir à Paris pour deux jours où il participera à l’«Appel de Christchurch», une réunion co-présidée par le président français Emmanuel Macron et la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern pour lutter contre la haine et la violence en ligne.

Il est prévu que le Canada adhère à cette déclaration commune qui sera discutée avec une dizaine de chefs d’État et presque autant de dirigeants d’entreprises numériques, a confié une source gouvernementale.

Le président américain Donald Trump et le PDG de Facebook Mark Zuckerberg ne seront pas présents.

L’«Appel de Christchurch» se tient deux mois jour pour jour après le massacre qui a fait 51 morts dans deux mosquées en Nouvelle-Zélande. L’auteur de la tuerie avait retransmis ses actes en direct sur Facebook et sa vidéo a été partagée des milliers de fois. La vidéo est encore visible sur Internet, malgré les efforts du réseau social pour la retirer.

Critiqué de toutes parts, Facebook a annoncé à la fin mars qu’il allait bannir les contenus qui font l’apologie du «nationalisme blanc» et du «séparatisme blanc».

Un discours repris le jour d’après par la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, qui a déclaré devant les Nations unies que «les néonazis, les suprémacistes blancs, les ’incels’, les nativistes et les antimondialistes radicaux qui posent des actions violentes» sont une «menace à la stabilité» du Canada et ailleurs dans le monde.

La première ministre néo-zélandaise avait salué l’effort de Facebook, mais avait souhaité une réponse globale et coordonnée des États et des entreprises pour mieux contrôler les réseaux sociaux. C’est dans ce contexte qu’elle a accepté l’invitation du président Macron pour trouver des solutions.

Dans un communiqué de presse distribué la semaine dernière, le bureau du premier ministre Trudeau précise que les dirigeants examineront des moyens de «collaborer plus étroitement avec le domaine de la technologie, particulièrement les entreprises de médias sociaux» afin de «veiller à ce que l’Internet ne soit pas un outil utilisé pour organiser ou promouvoir le terrorisme et l’extrémisme violent».

Car le Canada à lui seul ne fait pas le poids aux côtés de Facebook, qui crée de plus en plus de frustration au sein des législateurs.

M. Zuckerberg a ignoré à plusieurs reprises les invitations à témoigner lancées par le comité permanent canadien de l’accès à l’information pour témoigner sur la protection de la vie privée. Le commissaire à la protection de la vie privée du Canada a lui aussi fustigé la multinationale, qui s’est défilée de ses responsabilités dans l’affaire Cambridge-Analytica, à son avis.

Le Canada traîne la patte

Karen Eltis, professeure titulaire en droit à l’Université Ottawa et experte en réglementation des nouvelles technologies, admet que le Canada accuse un certain retard en la matière en comparaison à d’autres pays. Mais elle pense qu’il ne faut pas s’abandonner à ce «sentiment d’impuissance» pour autant.

«Il faut que l’État reprenne son rôle en tant que protecteur des droits de la personne. Ces compagnies ne sont pas, et de devraient pas, être l’arbitre ultime de l’expression en ligne», fait-elle valoir.

La rencontre qui se tiendra à Paris est néanmoins un «premier pas très important» pour contrer la violence en ligne. «Est-ce que c’est assez? Non, mais on va construire et on va bâtir là-dessus. Ce qui est important, c’est de réaliser qu’on a du pain sur la planche», affirme Mme Eltis.

L’«Appel de Christchurch» se tient en marge de plusieurs événements technologiques à Paris cette semaine.

Jeudi, le premier ministre Trudeau prononcera une allocution sur la «notion de confiance dans le domaine du numérique» à «VivaTech», un rendez-vous annuel qui réunit des startups et des entreprises numériques.

Pendant ce temps, le ministre canadien de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, participera à la réunion des ministres du G7 responsables du Numérique, qui portera sur la lutte contre la haine et la violence en ligne.

M. Trudeau tiendra aussi des rencontres bilatérales séparées avec le président Macron et la première ministre Ardern jeudi.