Google malmené par les députés fédéraux

Le représentant de Google, Colin McKay, a affirmé que la décision de ne pas se conformer aux règles canadiennes avait été prise «à contrecœur».
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le représentant de Google, Colin McKay, a affirmé que la décision de ne pas se conformer aux règles canadiennes avait été prise «à contrecœur».

Le géant Google a passé un mauvais quart d’heure au Parlement. Libéraux, conservateurs et néo-démocrates l’ont accusé de se moquer de la démocratie canadienne en refusant de se conformer aux nouvelles règles électorales entourant la publicité politique au pays.

La récente réforme de la Loi électorale exige que les plateformes en ligne comme Facebook ou Google créent un registre de toutes les publicités numériques qu’elles diffusent et qui ont été achetées par des partis politiques ou des tiers pendant la période préélectorale et la campagne.

Google a refusé de s’y conformer, en annonçant qu’elle interdirait plutôt toute publicité politique sur ses sites. Une décision vivement critiquée par la ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, de même que par les trois partis fédéraux qui accueillaient des représentants de Google en comité parlementaire jeudi.

« Ma frustration vient du fait que votre compagnie fait des milliards de dollars et regarde une petite juridiction comme le Canada et décide que notre démocratie ne vous importe pas, que vous ne participerez pas », a lancé d’entrée de jeu le libéral Nathaniel Erskine-Smith aux patrons du géant du Web. « Mais je vous garantis que si un plus gros joueur changeait les règles, vous les respecteriez. »

Le représentant de Google, Colin McKay, a martelé que la décision avait été prise « à contrecoeur ».

Les nouvelles règles les obligent à dévoiler dans un registre l’identité du parti ou de l’organisme qui a financé une publicité et à permettre au public de les consulter pendant deux ans. Mais son collègue Jason Kee a fait valoir que Google vend notamment de la publicité à des sites exploités par des tiers, qu’il faudrait désormais aviser des publicités qui y sont publiées — parfois de façon automatique, en vertu d’algorithmes — afin qu’ils tiennent leur registre. Ce dernier devrait en outre être mis à jour en temps réel. Google argue qu’elle aurait eu à modifier tous ses systèmes.

« Ce n’était simplement pas réalisable dans le délai particulièrement court [soit d’ici le 30 juin] », a insisté M. Kee, en notant que Google a aussi récemment interdit la publicité politique en France.

Les explications de l’entreprise n’ont cependant pas convaincu les élus. « J’ai de la difficulté à comprendre pourquoi Google n’est pas capable de s’adapter à une loi canadienne », a déploré le néo-démocrate Pierre-Luc Dusseault.

« Parce que vous n’avez pas les moyens de le faire ? Ou parce que vous n’avez simplement pas la volonté de le faire ? »

Le conservateur Jacques Gourde leur a demandé s’ils avaient évalué que les revenus publicitaires auxquels ils renonceraient seraient moins importantsque les sommes à investir pour se conformer à la loi canadienne.

« Il n’a jamais été question de coûts-bénéfices », a rétorqué M. Kee.

Pas sans faille

Un système automatisé détectera les publicités politiques ou celles portant sur des enjeux politiques. Les campagnes jugées contraires à la loi seront envoyées à une équipe d’analystes (que Google n’a pas chiffré), qui y poseront leur propre jugement.

Ces analystes seront dispersés sur la planète ; certains seront au Canada et tous auront une « expertise » sur le contexte politique canadien, a assuré M. Kee.

« Ce sera la responsabilité des annonceurs de respecter notre nouvelle politique [interdisant les publicités politiques] », a indiqué M. McKay. Mais il a reconnu que le système n’était pas infaillible. « Il y a toujours la possibilité que quelque chose se faufile entre les mailles du filet. »

Or, si Google saura déceler les publicités fautives, pourquoi ne peut-elle pas les inscrire au fameux registre ? « Il y a une grosse différence entre être en mesure de les identifier et les retirer, et les ajouter à un registre », a affirmé M. Kee.

Google pourrait-elle sinon attendre quelques jours avant de diffuser les publicités, pour avoir le temps d’alimenter son registre ? Impossible, a là encore répondu M. Kee.

« Je trouve vos réponses incroyables », a rétorqué le libéral Erskine-Smith. « Que vous ne preniez pas cela au sérieux est un détriment à notre démocratie et vous auriez dû faire mieux », leur a-t-il balancé, agacé.

Google a rappelé aux députés qu’outre Facebook, qui a dit qu’elle tenterait de se conformer aux nouvelles règles, plusieurs autres plateformes numériques ont dit à la CBC qu’elles ne le feraient pas elles non plus. Twitter et Yahoo sont encore en réflexion.

1 commentaire
  • Élisabeth Germain - Abonnée 10 mai 2019 11 h 12

    J'ai plutôt l'impression que c'est le Parlement qui a passé un mauais quart d'heure avec Google...