Davantage de Mexicains cherchent refuge au Canada

Sur le terrain, au Mexique, le gouvernement d’Andrés Manuel López Obrador a prévu des campagnes d’information et d’éducation pour gérer l’augmentation des demandes.
Photo: Gregory Bull Associated Press Sur le terrain, au Mexique, le gouvernement d’Andrés Manuel López Obrador a prévu des campagnes d’information et d’éducation pour gérer l’augmentation des demandes.

Justin Trudeau avait ignoré l’avis de ses fonctionnaires lorsqu’il avait cessé d’exiger que les voyageurs mexicains se procurent un visa pour venir au pays. Or, il appert que les craintes de la fonction publique étaient fondées, car les demandes d’asile de Mexicains sont aujourd’hui trente fois plus élevées.

L’imposition d’un visa aux ressortissants mexicains avait créé un sérieux irritant entre Ottawa et Mexico. Nouvellement élu, le premier ministre Trudeau avait décidé, à l’été 2016, de lever cette obligation. Alors que le Canada avait reçu 110 demandes d’asile en provenance du Mexique en 2015, ce chiffre atteignait 3300 demandes l’an dernier.

En 2015, on recensait en moyenne par mois 9 demandes d’asile du Mexique (110 pour l’année). En 2016, le chiffre oscillait autour de 15 demandes par mois (260 pour l’année). Mais dès le mois de décembre, au début duquel l’obligation de détenir un visa a officiellement été levée, 80 demandes d’asile ont été déposées. L’année suivante, en 2017, environ 125 demandes étaient perçues par mois (pour un total de 1515 demandes par année). En 2018, 3300 Mexicains ont présenté une demande — et alors que la moyenne était de 160 demandes au cours des six premiers mois, elle atteignait 370 demandes par mois au cours de la deuxième moitié de 2018. Une moyenne qui se maintenait en janvier (375) et en février (360).

La conservatrice Michelle Rempel a qualifié ces chiffres d’« alarmants ». « Le gouvernement a commis de sérieuses erreurs en levant les obligations de visa imposées à certains pays où l’on sait qu’il y a eu des taux d’abus élevés. Et ce, sans avoir de plan pour en gérer les conséquences », dénonçait-elle cette semaine.

C’est son gouvernement, sous le règne de Stephen Harper, qui avait imposé en 2009 ce nouveau visa aux voyageurs mexicains. Car entre 2005 et 2009, le nombre de demandes de statut de réfugié provenant du Mexique avait triplé et une bonne partie d’entre elles étaient jugées non fondées.

Le taux de demandes reçues aujourd’hui n’équivaut cependant pas au seuil connu avant l’imposition d’un visa. En 2009, 7600 demandes d’asile avaient été présentées par des Mexicains. L’année d’avant, seulement 10 % de ces demandes d’asile du Mexique avaient été acceptées, 30 % avaient été abandonnées ou retirées et 60 % avaient été rejetées. Le taux d’acceptabilité des demandes mexicaines atteignait 22 % en 2018 — ce qui demeure bien en deçà de la moyenne de 55 % pour les demandes de tous pays confondus.

« Le Canada suit de près les tendances migratoires en provenance du Mexique, y compris les demandes d’asile », a assuré Mathieu Genest, le porte-parole du ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen. Les libéraux ne prévoient pas pour autant d’imposer de nouveau un visa aux Mexicains.

« Notre gouvernement a pris des mesures concrètes pour aider à la reconstruction et au renforcement de nos relations avec le Mexique, qui avaient subi des dommages considérables sous le gouvernement précédent », a fait valoir M. Genest.

Les fonctionnaires de son ministère s’étaient pourtant dits inquiets, il y a trois ans, que le nombre de demandes augmente si le gouvernement retirait l’obligation de détenir un visa, en raison du niveau de vie, du haut taux de criminalité et du piètre respect des droits de la personne au Mexique.

Le ministère avait prédit le dépôt de 3500 demandes d’asile en 2017, de 6000 l’année suivante et de 9000 en 2019. Si les statistiques des deux premiers mois de 2019 se maintenaient pour le reste de l’année, le total ne serait toutefois pas aussi élevé que ce qui était anticipé — il serait de moitié moins élevé, en fait, soit à 4400 demandes pour l’année.

« L’augmentation du nombre de demandes d’asile de citoyens du Mexique était prévue et des ressources ont été allouées pour les traiter », a indiqué M. Genest au Devoir, en soulignant que la levée de l’obligation de détenir un visa avait eu un apport économique important. « En 2017, l’augmentation du nombre de voyageurs d’affaires et de touristes a généré plus de 600 millions de dollars en retombées économiques pour le Canada. L’abolition de l’exigence d’un visa offre des avantages économiques durables aux deux pays, y compris des emplois pour les Canadiens de la classe moyenne. »

Sur le terrain, au Mexique, le gouvernement d’Andrés Manuel López Obrador a prévu des campagnes d’information et d’éducation pour gérer l’augmentation des demandes. L’objectif est d’« expliquer qu’il y a des avenues habituelles » et que les ressortissants devraient « suivre les procédures appropriées » plutôt que de réclamer l’asile, a expliqué l’ambassadeur mexicain au Canada, Juan José Gómez, à l’hebdomadaire parlementaire The Hill Times.

L’an dernier, le Mexique figurait au troisième rang des pays comptant le plus de demandeurs d’asile au Canada (3300 demandes), derrière l’Inde (4500 demandes) et le Nigeria (8900 demandes).

Demandes d’asile de Mexicains

2015 : 110

2016 : 260

2017 : 1515

2018 : 3300

Source: Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada