Les indépendantistes à Québec et à Ottawa veulent des réponses

L’ex-président catalan Carles Puigdemont
Photo: Riccardo Periggiani Associated Press L’ex-président catalan Carles Puigdemont

Les indépendantistes à Québec et à Ottawa unissent leurs forces une fois de plus pour dénoncer le traitement réservé à l’ex-président catalan Carles Puigdemont, qui s’est vu refuser l’accès en sol québécois.

Pour la deuxième fois cette semaine, la Chambre des communes a refusé mercredi d’appuyer une motion du Bloc québécois en appui à M. Puigdemont.

Selon le leader parlementaire bloquiste, Luc Thériault, le premier ministre Justin Trudeau devrait avoir le « courage politique » d’expliquer et d’assumer cette décision qui a fait les manchettes à l’international dans les derniers jours.

Le Bloc a tenté de faire adopter une première motion lundi pour dénoncer la décision du gouvernement du Canada. Le parti indépendantiste a tenté sa chance de nouveau mercredi, en demandant au gouvernement de « justifier publiquement » sa décision cette fois-ci. Des « non » bien sentis ont retenti à la Chambre des communes les deux fois.

M. Puigdemont devait participer, au début du mois d’avril, à une tournée organisée par la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal. Son autorisation de voyage électronique — un document exigé des citoyens européens — a été suspendue quelques jours avant son arrivée.

Dans une nouvelle déclaration transmise par le bureau du ministre fédéral de l’Immigration, il est indiqué que M. Puigdemont a reçu une lettre qui comprenait les motifs de la suspension de son dossier les 29 mars et 1er avril. Il y avait un « délai précis » qui lui permettait de fournir des renseignements supplémentaires.

« Toutes les personnes qui cherchent à venir au Canada sont assujetties au même processus administré par des agents indépendants d’IRCC (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada). Ce processus est libre de toute ingérence politique », précise Mathieu Genest, l’attaché de presse du ministre Ahmed Hussen.

Lors d’une conférence de presse tenue à Québec en compagnie d’autres députés indépendantistes, le président de la SSJB, Maxime Laporte, a remis en doute cette version, puisque le ministre aurait toujours un « pouvoir discrétionnaire ».

« Se laver les mains par rapport à ce dossier-là, se cacher derrière ses fonctionnaires, ça constitue une position objectivement politique », a critiqué l’avocat de formation.

Mardi, c’était au tour du Parti québécois de déposer une motion pour que l’Assemblée nationale « déplore la décision du gouvernement du Canada » d’empêcher à M. Puigdemont de séjourner au Québec et « exige la révision de cette décision le plus rapidement possible ».

Le gouvernement Legault a refusé son consentement et la motion n’a pas pu être déposée.

« Le PQ veut déposer une motion pour blâmer le gouvernement fédéral. Moi, je voudrais d’abord avoir la version du gouvernement fédéral », a dit le premier ministre François Legault en mêlée de presse à Québec.

« Moi, je ne comprends pas la décision du gouvernement fédéral. Je suis perplexe et j’aimerais que le gouvernement fédéral de M. Trudeau explique sa décision. Pourquoi il refuse cette personne-là ? », a par la suite demandé M. Legault.

Le député péquiste Joël Arseneau a reproché à M. Legault une « occasion ratée » de demander des comptes au gouvernement fédéral et une « mollesse » dans son approche.

Le bureau du ministre Hussen continue de dire qu’il n’est pas possible de donner d’autres détails sur le cas de M. Puigdemont sans son consentement écrit.

On connaîtra éventuellement les raisons qui ont motivé le refus du document de voyage, puisque l’ex-président catalan a engagé les services d’un avocat montréalais. Lundi, Me Stéphane Handfield a déposé une requête en Cour fédérale pour que l’interdiction de séjour au Canada soit annulée.

L’ex-président Puigdemont s’est exilé en Belgique à l’automne 2017 après la déclaration d’indépendance de la Catalogne. Celle-ci a été jugée illégale par le gouvernement espagnol qui a mis la Catalogne sous tutelle.