Scheer fait moins bien que son parti, selon un sondage

Andrew Scheer est arrivé à la tête du Parti conservateur du Canada il y a près de deux ans (en mai 2017), succédant à Rona Ambrose, qui en assurait l’intérim depuis la démission, en 2015, de l’ancien premier ministre Stephen Harper.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Andrew Scheer est arrivé à la tête du Parti conservateur du Canada il y a près de deux ans (en mai 2017), succédant à Rona Ambrose, qui en assurait l’intérim depuis la démission, en 2015, de l’ancien premier ministre Stephen Harper.

À moins de six mois de l’élection fédérale, les Canadiens flirtent avec l’idée de voter conservateur, mais ne sont toujours pas convaincus par celui qui dirige le parti. Et ce rapprochement entre les électeurs et les troupes d’Andrew Scheer ne se remarque pas au Québec, où les libéraux de Justin Trudeau continuent de récolter les meilleurs résultats.

C’est ce que révèle un sondage Léger effectué pour La Presse canadienne. Un échantillon non probabiliste de 1522 Canadiens a été interrogé en ligne du 18 au 22 avril.

À la question sur les intentions de vote, les conservateurs — après répartition des indécis — récoltent 40 %. Les libéraux se contentent de 27 % alors que les néo-démocrates sont presque à égalité avec les verts, à 12 et 11 % respectivement.

Mais quand on demande « Lequel des chefs des partis politiques fédéraux ferait le meilleur premier ministre du Canada ? », ils ne sont que 25 % à opter pour Andrew Scheer et 20 % pour Justin Trudeau. Fait à noter : M. Scheer était déjà devant M. Trudeau lors du dernier coup de sonde, effectué en mars dernier. « Il n’a pas vraiment de gains réels depuis ce temps-là. Autrement dit, les conservateurs gagnent en intentions de vote, mais pas M. Scheer, lui, personnellement », remarque Christian Bourque, vice-président général et associé de Léger.

M. Bourque avance que cela peut s’expliquer par le fait que M. Scheer, élu chef conservateur depuis bientôt deux ans, est encore « méconnu ou peu connu ». Il doit encore « se définir », de l’avis de M. Bourque. « Et ça, ça risque de n’être pas si facile que ça dans les six mois qui restent » avant le scrutin.

D’autant plus que les libéraux s’acharnent à en peindre un portrait très peu flatteur. Ainsi, a-t-on vu ces dernières semaines aux Communes les libéraux reprocher à répétition au chef conservateur d’avoir partagé une scène avec une personnalité connue de l’extrême droite. Et les élus libéraux reprendront leurs pinceaux lundi pour trois semaines consécutives de travaux parlementaires.

Le sondeur note également que l’appui aux conservateurs est plutôt mou. Lorsqu’on demande à l’électeur lequel du Parti conservateur ou du Parti libéral ferait le meilleur gouvernement fédéral, les libéraux obtiennent 30 %, note semblable aux intentions de vote qu’ils récoltent. Mais les conservateurs n’ont que 25 %, très loin du 40 % de leurs intentions de vote. Et ils sont 39 % à répondre « je ne sais pas ».

« Il est là le problème » pour les conservateurs, dit M. Bourque. « Ceux qui disent “ je voterais pour eux, mais je ne sais pas si c’est eux qui feraient le meilleur gouvernement ”, c’est du vote qui semble relativement mou », explique le sondeur.

« Entre l’intention de vote et ceux qui sont convaincus qu’on se porterait mieux sous un régime conservateur, il reste un écart qui me semble significatif », insiste-t-il.

Trudeau en tête au Québec

Au Québec, Andrew Scheer se bat pour la seconde place avec Yves-François Blanchet. Le Parti conservateur et le Bloc québécois récoltent chacun 23 % des intentions de vote des électeurs québécois, selon le sondage Léger. Le Parti vert, à 9 %, dépasse les 6 % du Nouveau parti démocratique (NPD).

Les libéraux de Justin Trudeau, eux, sont à 31 % au Québec, une baisse par rapport aux 40 % d’il y a quelques mois.

« Toute l’histoire Wilson-Raybould s’est jouée un peu différemment dans les médias au Québec comparativement au reste du Canada », analyse M. Bourque pour expliquer la différence québécoise.

« Le spin a été un peu différent ici. Donc ça a peut-être fait un peu moins mal, quoiqu’il perd quand même des plumes », remarque le sondeur en parlant de M. Trudeau, qui a fini par expulser de son caucus les ex-ministres Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin.

Les changements dans l’humeur des électeurs sont plus marqués en Ontario, où ils seraient maintenant 39 % à préférer les conservateurs. Et c’est l’Ontario qui devrait inquiéter davantage les libéraux, selon M. Bourque.

« C’est surtout en Ontario que s’est fait la perte au cours des deux derniers mois. Là où ils étaient à égalité il y a à peine huit semaines, en ce moment ce qu’on voit, c’est que les conservateurs prennent de l’avance en Ontario de façon assez importante. Et on sait qu’avec le nombre de sièges en Ontario, c’est là où se gagne ou se perd un gouvernement. »

À qui profite le phénomène vert ?

Le sondeur remarque que le Parti vert maintient un score dans les deux chiffres, phénomène nouveau. « C’est rare qu’on voyait les verts aussi souvent, aussi longtemps, et chez autant de sondeurs, en haut des 10 %. Donc c’est sûr que là-dedans il y a un certain vote libéral, il y a du vote NPD, donc Mme May pourrait peut-être gâter la fête pour certains », prévoit-il.

Si Elizabeth May ne traduit pas cette popularité en sièges à Ottawa en octobre, elle pourrait, selon M. Bourque, nuire aux candidats libéraux et néo-démocrates et favoriser ainsi l’élection d’un plus grand nombre de députés conservateurs.

1 commentaire
  • Jean Thibaudeau - Abonné 29 avril 2019 07 h 41

    Pas très surprenant. Depuis qu'il est là, Sheer, qui était un illustre inconnu au départ, ne fait que critiquer Trudeau, mais ne dit rien de ce qu'il entend faire s'il est élu. À quoi les gens pourraient l'identifier?