Système Phénix : occupation de bureaux de députés dans toute la province

Au bureau du premier ministre Trudeau à Montréal, les manifestans ont négocié avec la police pour que quatre d’entre eux puissent s’entretenir directement avec une adjointe du bureau de M. Trudeau.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Au bureau du premier ministre Trudeau à Montréal, les manifestans ont négocié avec la police pour que quatre d’entre eux puissent s’entretenir directement avec une adjointe du bureau de M. Trudeau.

Près de 300 fonctionnaires fédéraux membres de l’Alliance de la fonction publique du Canada ont occupé des bureaux de députés et ministres fédéraux du Québec, à compter de mercredi 15 h, dont celui du premier ministre Justin Trudeau à Montréal.

Dix-huit bureaux au Québec étaient ciblés au départ.

Les manifestants avaient l’intention de ne pas en sortir avant d’avoir obtenu un engagement écrit quant au dédommagement qu’ils revendiquent à cause des ratés du système de paie Phénix.

Au bureau du premier ministre Trudeau à Montréal, ils étaient entassés, petit drapeau du Canada à la main, en fin d’après-midi. Plusieurs policiers sont arrivés sur les lieux. Ils ont finalement négocié pour que quatre d’entre eux puissent s’entretenir directement avec une adjointe du bureau de M. Trudeau. Ce dernier ne se trouvait pas à son bureau.

Selon l’Alliance, les manifestants auraient aussi réussi à entrer dans les bureaux des ministres Marc Garneau et Mélanie Joly, à Montréal.

Les victimes de Phénix ne veulent plus se contenter de promesses ou d’engagements verbaux, a prévenu en entrevue avec La Presse canadienne Yvon Barrière, vice-président exécutif pour la région du Québec à l’Alliance de la fonction publique.

Phénix est un système de paie, conçu par IBM, qui a multiplié les erreurs en trop-payés, sous-payés, voire pas payés pendant un certain temps. À l’origine, il devait permettre d’économiser 70 millions de dollars par année « mais en 2019 on va dépasser le cap du 2 milliards de dollars que ça va avoir coûté », a déploré M. Barrière. Encore lors du dernier budget Morneau, on a annoncé qu’on allait devoir engloutir un autre demi-milliard de dollars sur cinq ans pour tenter de résoudre les problèmes.

« Ça fait près de trois ans que le gouvernement libéral nous fait des promesses d’action. Ça fait trois ans qu’ils disent [on travaille là-dessus]. Et il n’y a aucun résultat. On veut des engagements écrits, sinon on ne sort pas. Parce que les paroles, les promesses, ça suffit », s’est exclamé M. Barrière.

Ils devaient ainsi être de 10 à 30 membres de l’Alliance par bureau de député. Ils ciblent principalement les députés libéraux fédéraux, mais aussi ceux des autres partis. Au Québec, l’Alliance de la fonction publique du Canada est affiliée à la FTQ.

Les occupations ont ainsi cours à Matane, Sept-Îles, Drummondville, Sherbrooke, Laval, Boisbriand, Sainte-Agathe-des-Monts, Louiseville, Trois-Rivières, Saint-Jean-sur-Richelieu, Brossard, Vaudreuil, Québec (au bureau du ministre Jean-Yves Duclos) et Saguenay. À Montréal, ils occupent les bureaux de Justin Trudeau, Marc Garneau, Mélanie Joly et David Lametti.

M. Barrière évoque encore 270 000 cas problématiques à l’heure actuelle : des cas de congés de maladie pour dépression, burn-out, des pertes de maison, d’automobile, des dossiers de crédit entachés.

« On veut une indemnisation à la hauteur des préjudices subis par les fonctionnaires », a-t-il plaidé.

Et au dédommagement pour Phénix se greffe maintenant une autre revendication : celle des négociations qui ont cours avec le Conseil du trésor pour le renouvellement des conventions collectives. Quelque 125 000 fonctionnaires sont touchés ; les contrats sont échus depuis juin 2018.