L’administration Plante refuse de payer pour le tramway de Québec

L’administration Labeaume compte sur une participation de 1,2 milliard du gouvernement fédéral dans le financement de son projet de tramway.
Photo: Ville de Québec L’administration Labeaume compte sur une participation de 1,2 milliard du gouvernement fédéral dans le financement de son projet de tramway.

Valérie Plante refuse de céder à Québec pour la construction de son tramway une partie des fonds fédéraux destinés au transport collectif de Montréal. L’idée a été lancée par Ottawa dans le but de répondre aux demandes incessantes de Régis Labeaume, mais elle est en voie de créer un affrontement entre les deux principales villes du Québec.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, le sous-ministre fédéral de l’Infrastructure et des Collectivités a écrit à son homologue québécois du Conseil du trésor qu’il acceptait de modifier les règles de partage du fonds pour le transport en commun. Les changements, est-il écrit dans la lettre datée obtenue par Le Devoir, « visent à vous donner plus de souplesse pour répondre aux besoins et aux priorités locales ».

En vertu des règles actuelles, l’enveloppe fédérale — d’une valeur de 5,2 milliards pour le Québec — doit être répartie entre les villes principalement en fonction du niveau d’achalandage de leur réseau de transport en commun existant. Montréal se qualifie donc pour 72 % du total et Québec, 8 %, soit 400 millions. Ce montant est bien en deçà du 1,2 milliard attendu pour construire le tramway.

Fonds nécessaires

Ottawa propose que les sommes non revendiquées par Montréal soient données à d’autres « immédiatement », plutôt qu’après 2021 comme prévu à l’origine. Seule condition : « les municipalités [Montréal] et les commissions de transport [la STM] dont le financement sera transféré doivent attester qu’elles n’auront pas besoin de ce financement fédéral », peut-on lire dans la lettre. Or, la mairesse de Montréal a fermé la porte à cette option, mardi.

« Sans l’accord de Montréal, ces fonds-là ne peuvent absolument pas être transférés d’aucune autre manière », a rappelé Valérie Plante lors d’un échange au conseil municipal.

« On veut bien qu’il y ait d’autres projets de transport collectif à travers la province parce que c’est vers là qu’il faut aller, mais il n’en demeure pas moins qu’à Montréal, les fonds sont nécessaires, et nous continuerons de militer et de faire en sorte que ces fonds restent à Montréal. »

À Québec, le gouvernement n’est pas plus enchanté par les « nouvelles marges de manoeuvre » d’Ottawa, puisque la répartition des fonds demeure basée sur l’achalandage. Tout repose donc sur le bon vouloir de Montréal, fait-on valoir.

La mairesse Plante doit rencontrer jeudi le président du Conseil du trésor à Québec, Christian Dubé, pour discuter de cette question. En coulisses à Montréal, on indique qu’on refusera de seulement céder à la Ville de Québec les 800 millions manquants. Mais le refus pourrait être moins catégorique si cette demande s’accompagnait d’une offre. « C’est à eux de nous faire une proposition », explique-t-on.

Quelle forme une telle proposition pourrait-elle prendre ? À Ottawa, une source spécule que la Ville de Québec pourrait en échange accepter de ne pas faire concurrence à Montréal pour l’obtention d’autres fonds fédéraux, par exemple en culture.

Au bureau du ministre fédéral François-Philippe Champagne, on refuse de commenter la friction qui point à l’horizon entre les deux villes.

« Le ministre a offert au Québec plusieurs options permettant de finaliser le montage financier » du projet de tramway, indiqué sa porte-parole, Ann-Clara Vaillancourt. « La mise en oeuvre de ces options relève de la province et à ce titre nous ne commenterons pas le statut des discussions entre le Québec les municipalités. »

La Ville de Québec évalue son projet de tramway à 3 milliards et exige d’Ottawa 1,2 milliard, soit plus que ce qui est disponible pour la Ville dans le fonds sur le transport en commun.

Jusqu’à présent, Ottawa a invité le gouvernement du Québec à puiser dans un autre fonds, destiné celui-là à des mesures « vertes », pour compléter le financement de la Ville. Québec s’y refuse, car il veut utiliser cet autre fonds pour d’autres projets.

Avec Jeanne Corriveau et Isabelle Porter

4 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 17 avril 2019 04 h 01

    Si je comprends bien, Ottawa se prépare à jouer le rôle de diviseur pour régner.

    Ah que c’est beau le fédéralisme...

    • Christiane Gervais - Abonnée 17 avril 2019 10 h 00

      Et Montréal n'a pas besoin de ce coup de pouce pour s'imaginer, sous l'administration Plante, être un état dans l'état.

      Une Montréalaise.

  • Yves Mercure - Inscrit 17 avril 2019 11 h 42

    Négociation en vue

    La mairesse pourrait négocier une loi spéciale quant à la laïcité de la province du Grand Montréal. Elle semble se désigner comme représentante de cette population de quatre millions de citoyens, comme sous-entendu face aux journalistes hier. Moi, gros bêta, qui croyait qu'elle avait reçu 250 milles voies pour son élection. Elle possède tout de même de bons arguments : l'achalandage de la circulation de la Capitale ne semble poser problème que pour certains animateurs radio; le ferme position de ralativisme culturel de ses choix électoraux signe un fort diapason avec Smiley T. du côté fédéral; l'électoralisme de ce gouvernement n'a pas grand chose à gagner en supportant la Capitale du Québec; la position d'appuis à Montréal pourrait sauver les meubles dans une défaite électorale prévue si le en est ctobre... Par contre, le lobbyisme sous capes et autres dérives de divergence entre babines et bottines incitera le fédéral a ne pas trop bruiter et à laisser la machine bureaucratique s'occuper de l'affaire... ce qui fera en sorte que le dénouement risque fort de se concrétiser avec le futur gouvernement fédéral. Bref, un débat dont les acteurs principaux seront d'une nature complètement différent des l'automne.
    Que voguent les ombres en coulisses!

  • Paul Gagnon - Inscrit 17 avril 2019 14 h 11

    Combien de comtés

    à prendre à Montréal? Très peu, ils (PLC) les ont déjà.
    Alors le choix de Québec s'impose. Ne cherchez pas plus loin.

    Le PQ a fait la même chose pour le prolongement du métro à Longueuil. Il a préféré tenter sa chance à Laval... et il a perdu. Peut-être que le PLC va subir la même chose à Québec.