Projet de loi 21: le NPD croit avoir adopté une position acceptable au Québec

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a déclaré qu’il respectait la compétence du Québec de légiférer en matière de laïcité, mais qu’il n’était «pas d’accord avec ce projet de loi».
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a déclaré qu’il respectait la compétence du Québec de légiférer en matière de laïcité, mais qu’il n’était «pas d’accord avec ce projet de loi».

Le NPD ne craint pas de subir cet automne le même sort électoral qu’en 2015 et de payer chèrement son opposition à la loi québécoise sur la laïcité. Les députés du Québec pensent que les électeurs leur sauront gré de reconnaître à l’Assemblée nationale la légitimité de légiférer en la matière.

En 2015, des vandales avaient dessiné des niqabs sur la photo de certaines candidates néodémocrates en réponse à l’appui du parti aux prestations de serment de citoyenneté à visage voilé. Le Bloc québécois avait attaqué le NPD sans relâche, notamment avec une publicité montrant une goutte de pétrole se transformant en burqa. Le NPD avait perdu les trois quarts de ses sièges au Québec.

Le scénario se répétera-t-il ? « Je ne vois pas comment ça pourrait se répéter dans la mesure où le message est clair, basique, facile à comprendre : l’Assemblée nationale a toute autorité pour légiférer en la matière. Qu’est-ce qu’un membre du Bloc québécois peut me reprocher ? » demande le député Robert Aubin, appuyé par le député Matthew Dubé.

Le chef adjoint Alexandre Boulerice prédit que le NPD sera épargné, car il ne répète pas l’erreur de 2015 d’afficher une sorte de supériorité morale.

« Il faut éviter de faire comme on l’a fait en 2015, éviter d’avoir une approche légaliste ou chartiste, dit-il. Il faut être à l’écoute et dire aux gens que s’ils ont un malaise, s’ils ne sont pas sûrs, on le comprend. Mais après, on va dire quelles sont nos préoccupations, ce qu’on veut éviter, et on aura une conversation qui sera plus humaine plutôt que de leur dicter de haut [ce qu’il faut penser]. »

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a déclaré qu’il respectait la compétence du Québec de légiférer en matière de laïcité, mais qu’il n’était « pas d’accord avec ce projet de loi », car contrôler l’apparence des gens « soulève de grandes inquiétudes ». Les cinq députés québécois auxquels Le Devoir a parlé disent appuyer cette position, mais certains laissent entendre quelques bémols.

C’est le cas de Pierre Nantel, qui soutient que la position de M. Singh n’engage pas le parti. « C’est son point de vue personnel. Il faisait allusion à son expérience personnelle. » Il trouverait « dommage » que le chef prétende parler au nom du NPD « parce que les députés fédéraux n’ont pas d’opinion à émettre là-dessus ».

À l’inverse, son collègue François Choquette (Drummond) affirme « qu’en principe, on est contre, parce que ça va à l’encontre des chartes ». Croyant catholique, M. Choquette dit avoir notamment à coeur les chrétiens désireux de porter une croix. « C’est sûr que je ne serais pas pour une loi comme ça au fédéral. S’il y avait une loi comme ça du même genre, ici, au fédéral, je voterais contre. »

Néanmoins, plusieurs élus admettent leur malaise envers les symboles religieux cachant le visage des femmes. M. Boulerice avait déjà déclaré ne pas aimer le niqab. « Je suis favorable à des services publics à visage découvert », dit-il encore aujourd’hui. Matthew Dubé abonde. « Quand on parle du niqab, de la burqa, on reconnaît qu’il y a un malaise. » M. Aubin ajoute sa voix. « Évidemment que c’est problématique. Ça a toujours heurté les Québécois. »

Avec Marie Vastel