Trudeau prêt à aller devant les tribunaux si Scheer ne se rétracte pas

Justin Trudeau a envoyé une mise en demeure à son adversaire politique pour lui reprocher des déclarations faites en marge de l’affaire SNC-Lavalin.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Justin Trudeau a envoyé une mise en demeure à son adversaire politique pour lui reprocher des déclarations faites en marge de l’affaire SNC-Lavalin.

Le premier ministre Justin Trudeau entend aller jusqu’au bout de sa menace de poursuivre le chef conservateur Andrew Scheer à moins que ce dernier ne se rétracte.

Dimanche, on apprenait que M. Trudeau a envoyé une mise en demeure à son adversaire politique pour lui reprocher des déclarations faites en marge de l’affaire SNC-Lavalin. M. Scheer, dimanche et lundi, a mis au défi le premier ministre de le traîner devant les tribunaux.

Aux Communes, lundi après-midi, le chef conservateur se disait prêt à répéter toutes ses déclarations passées pendant que les libéraux soulignaient que certaines de ses entrées sur Twitter avaient déjà été effacées.

« J’espère qu’il va continuer à enlever les choses qu’il a dites qui sont incorrectes. Et j’espère qu’il va y penser à deux fois avant de mentir aux Canadiens », a lancé le premier ministre en arrivant à son bureau, mardi matin.

« S’il arrête et s’il retire ses propos, ça va être satisfaisant. Je ne suis pas intéressé à utiliser les cours pour ça », a-t-il ajouté. Mais à l’approche de la campagne électorale, « vous ne pouvez pas inventer des choses, vous ne pouvez pas mentir aux Canadiens », a-t-il aussi dit.

« Il y a des conséquences à court terme et à long terme pour les politiciens qui choisissent de déformer la vérité », a-t-il tenu à souligner.

Mensonges ou faussetés ?

Les libéraux disent que les conservateurs ont changé le mot « mensonges » pour le remplacer par « faussetés » dans un message sur Twitter publié le 31 mars.

Le message faisait référence au fait que le premier ministre avait dit ne pas avoir été mis au courant d’une conversation téléphonique entre Jody Wilson-Raybould et le greffier du Conseil privé, Michael Wernick. Cette conversation du 19 décembre est celle que l’ancienne ministre a enregistrée sans en avertir son interlocuteur et qui a ultimement servi de raison à Justin Trudeau pour l’expulser de son caucus.

Mais encore lundi après-midi, dans les couloirs du parlement, des élus conservateurs n’hésitaient pas à utiliser le mot mensonge, mot interdit à l’intérieur des Communes.

« Le premier ministre […] est un menteur avéré. Il a trompé les Canadiens », a lancé le député albertain Michael Cooper. « Nous ne le laisserons pas changer de sujet quoi qu’il fasse pour intimider et faire taire l’opposition », a-t-il ajouté.

Mardi après-midi, les conservateurs aux Communes continuaient, en effet, à parler du même sujet. Presque toutes leurs questions ont servi à inviter le premier ministre à aller devant les tribunaux au plus vite.

« Notre chef maintient tout ce qu’il a dit », a assuré Alain Rayes en l’absence d’Andrew Scheer. « Va-t-il mettre à exécution sa mise en demeure ? », a-t-il lancé à l’intention du premier ministre.

« Notre chef maintient ce qu’il a dit. Quand est-ce qu’on va voir M. le juge ? », a renchéri son collègue Pierre Paul-Hus.

Combat de coqs ?

Depuis lundi, les bloquistes critiquent ce dernier développement dans l’affaire SNC-Lavalin.

« C’est un genre de combat de coqs, d’enfantillage, pendant qu’il y a 3500 emplois au Québec qui sont à risque », s’est désolé le député bloquiste Mario Beaulieu. « Nous, ce qu’on veut, c’est qu’il y ait un accord de réparation et qu’on discute des enjeux réels qui sont importants », a-t-il réclamé.

Sisyphe et son rocher

Se comparant à un personnage de la mythologie grecque, condamné à faire rouler pour l’éternité un rocher jusqu’en haut de la colline alors que ce rocher redescend chaque fois avant d’atteindre le sommet, le conservateur Peter Kent a soumis une nouvelle motion à un comité parlementaire sur l’affaire SNC-Lavalin.

« Comme Sisyphe avec son rocher, nous sommes là pour essayer encore », a dit le député Kent en arrivant au comité de l’éthique. « On peut toujours espérer », a souri son collègue Jacques Gourde.

Les conservateurs cherchaient à convoquer une dizaine de témoins devant le comité, dont le premier ministre lui-même. Les libéraux, majoritaires au comité, ont rejeté cette nouvelle tentative après moins de 30 minutes de débat.