De l’ingérence étrangère attendue pour les élections fédérales

Le CST rappelle que le fait que les élections fédérales canadiennes se fassent surtout sur papier les met à l’abri de tentatives de modification du résultat du compte des votes.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Le CST rappelle que le fait que les élections fédérales canadiennes se fassent surtout sur papier les met à l’abri de tentatives de modification du résultat du compte des votes.

Même si Ottawa prévoit qu’il y aura tentative d’ingérence étrangère aux élections fédérales d’octobre prochain, le gouvernement continue de compter sur le « bon sens » des Canadiens comme seule arme contre les cybermenaces.

La ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, a exprimé lundi son impatience face aux plateformes numériques, comme Facebook, qui se font le relais des fausses nouvelles, mais elle a admis qu’il n’y aura ni loi ni règlement imposé à ces plateformes avant les prochaines élections. « Toutes les alarmes ont été sonnées. Mais aucun geste n’a été posé », s’est plaint le député néo-démocrate Matthew Dubé, à son arrivée aux Communes. « Il faut faire quelque chose », a renchéri la députée bloquiste Monique Pauzé.

Les élus réagissaient ainsi à la publication du plus récent rapport du Centre de la sécurité des télécommunications (CST) sur l’état des cybermenaces liées spécifiquement aux élections. Ce rapport conclut qu’il y aura de l’ingérence étrangère, mais considère « improbable » qu’elle soit de l’ampleur de ce qu’ont fait les Russes pendant les élections américaines de 2016. Le rapport souligne que l’an dernier, des cybermenaces ont cherché à faire interférence dans la moitié des élections tenues dans des pays démocratiques. C’est trois fois plus qu’en 2015. Le CST croit qu’il y en aura encore plus cette année.

Le centre s’attend donc à ce que les électeurs canadiens soient ciblés l’automne prochain.

La chose la plus importante que les Canadiens peuvent faire pour nous protéger comme démocratie, c’est d’être alertes et d’être critiques de l’information qu’ils voient sur l’internet. C’est de chercher, s’il y a quelque chose de bizarre, qui n’a pas de sens, d’où cette information vient.

Le rapport publié lundi matin prévoit que la cybermenace prendra la même forme au Canada que ce qui a été vu ailleurs : des messages pour « diviser l’opinion sur des enjeux politiques et sociaux », des interventions pour mousser la popularité d’un parti politique au détriment des autres ou encore la manipulation de déclarations publiques de candidats.

« La chose la plus importante que les Canadiens peuvent faire pour nous protéger comme démocratie, c’est d’être alertes et d’être critiques de l’information qu’ils voient sur l’internet. C’est de chercher, s’il y a quelque chose de bizarre, qui n’a pas de sens, d’où cette information vient », a déclaré la ministre Gould lors de la conférence de presse qui a suivi la publication du rapport.

La ministre en a profité pour dénoncer les plateformes numériques qui servent de véhicules à ces cyberattaques. « Nous avons eu plusieurs conversations avec les plateformes numériques. Mais je ne suis pas convaincue qu’ils prennent cet enjeu tellement au sérieux », a-t-elle déploré. Elle leur a reproché un manque de transparence, soulignant qu’elle n’est pas satisfaite, et prévenant que la fin de l’autorégulation approche. Mais ce ne sera pas fait avant les élections d’octobre.

« Les plateformes (numériques) évitent d’être tenues responsables pour ce qui se passe sur leurs plateformes depuis trop longtemps », a-t-elle insisté. Mais à la vitesse où va la technologie, « comment développer quelque chose qui résistera à l’épreuve du temps » ? La ministre parle du « grand défi » de légiférer pour l’avenir et non pas seulement pour le passé.

Ce que l’avenir nous réserve est déjà là, à en croire le rapport du CST qui décrit les menaces émergentes. « La permutation intelligente des visages permet de créer des vidéos de synthèse souvent impossibles à distinguer des séquences réelles », a-t-on écrit. « Le rapport ne fait pas état des techniques ou capacités propres aux auteurs de menaces (...) pour éviter qu’il ne devienne un guide pratique à l’intention des adversaires éventuels », a noté un des fonctionnaires dépêchés pour expliquer le rapport aux journalistes.

Le document rapporte que les auteurs de cybermenaces se concentrent davantage sur les simples électeurs pour influencer leur éventuel choix que sur les partis politiques ou les candidats. Tout de même, les sites web, les comptes de médias sociaux et les adresses courriel des candidats et des partis politiques ont été victimes de cyberattaques, à travers le monde.

Et une fois de plus, le CST rappelle que le fait que les élections fédérales canadiennes se fassent surtout sur papier les met à l’abri de tentatives de modification du résultat du compte des votes. Le gouvernement fédéral a déjà écarté toute possibilité de passer au vote électronique. « Parce que nous allons dans l’isoloir, parce que nous prenons un papier et un crayon, puis nous mettons le bulletin dans la boîte, nous pouvons avoir énormément confiance dans le résultat du vote lui-même », a souligné la ministre Gould.

Le gouvernement continue de compter sur le « bon sens » des Canadiens comme seule arme contre les cybermenaces.