Les élus fédéraux se montrent prudents sur le projet de loi 21

Le recours annoncé dans le projet de loi 21 à la clause dérogatoire limite les options du ministre fédéral de la Justice, David Lametti.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le recours annoncé dans le projet de loi 21 à la clause dérogatoire limite les options du ministre fédéral de la Justice, David Lametti.

Le ministre fédéral de la Justice, David Lametti, n’est toujours pas prêt à répondre au projet de loi québécois sur la laïcité. Il se contente de dire qu’il est en train d’étudier la question.

Et alors que, la semaine dernière, le premier ministre Justin Trudeau dénonçait l’initiative caquiste et promettait de défendre la Charte canadienne des droits et libertés, son ministre refuse encore de se commettre. Et il n’est pas le seul.

« Comme le premier ministre a dit, nous sommes le parti de la Charte. On y croit fermement. Et on va examiner les options. Mais […] comme on dit en bon québécois, on va respirer par le nez et on va le faire avec calme », a répondu le ministre Lametti aux journalistes qui insistaient, mardi.

Le chef du Bloc québécois ne prend pas le ministre au mot. Yves-François Blanchet préfère lire entre les lignes.

« J’ai écouté les interventions, les réponses du ministre Lametti […] et j’en suis venu à une conclusion très simple : le gouvernement du Canada a l’intention de mettre les ressources de l’État canadien à la disposition des gens qui voudront contester la loi québécoise sur la laïcité. Et ils n’osent pas le dire dans ces mots-là », a supposé M. Blanchet lors d’un point de presse au foyer de la Chambre des communes.

« On est en train d’étudier. C’est tout. C’est tout ce que je vais dire », a répété le ministre.

Le recours annoncé dans le projet de loi 21 à la clause dérogatoire limite les options du ministre fédéral.

« Défendre les libertés individuelles »

Pendant ce temps, des élus conservateurs québécois qui, par le passé, ont eu des prises de position assez tranchées en faveur de l’interdiction de certains signes religieux refusent de réitérer ces positions.

Ainsi, Steven Blaney, qui a déjà voulu déposer un projet de loi qui aurait interdit le vote à visage voilé, a esquivé toutes les questions sur un sujet qui, pourtant, lui a déjà été cher.

« Juste commenter des lois fédérales, on ne fournit pas », a-t-il offert en souriant. Et où en sont ses opinions sur le sujet ? « Je travaille avec mon parti. Puis ça va super bien », a-t-il répondu à La Presse canadienne en s’éloignant aussi rapidement que possible.

La semaine dernière, le chef conservateur Andrew Scheer disait vouloir « toujours défendre les libertés individuelles ».

Mardi, son député Pierre Paul-Hus ne voulait pas y entendre une critique du projet de loi caquiste. Et le député semblait plutôt à l’aise avec le projet de loi 21, même s’il n’était pas prêt à le dire ouvertement.

« Si j’étais Pierre Paul-Hus citoyen, je pourrais avoir une opinion. Mais comme élu, je dois respecter les décisions de l’Assemblée nationale. Tout simplement », s’est-il défendu.

Son collègue Jacques Gourde s’est avancé un peu plus.

« Au Québec, on est une société qui est un peu plus loin dans la laïcité puis on va laisser les législateurs choisir leurs choix. […] Je pense que c’est tout à fait légitime à l’intérieur du Canada qu’une province va de l’avant avec certaines orientations », de l’avis de M. Gourde.

« On va suivre ça »

On constate autant de retenue chez le néodémocrate Guy Caron qui a déjà rappelé à l’ordre ses collègues quand il avait été question de s’immiscer dans ce dossier québécois.

« Pour l’instant, oui », il est à l’aise avec la position prise par son chef Jagmeet Singh.

« C’est quelque chose qu’on va étudier bien sûr. Parce qu’il va y avoir du débat, il va y avoir des amendements, il va y avoir évidemment des questions importantes qui vont être soulevées. On va suivre ça », a dit le député Caron, en entrevue avec La Presse canadienne.

La semaine dernière, les chefs de tous les partis fédéraux, à l’exception du Bloc québécois, ont dénoncé le projet de loi.

Le Parti vert s’est joint, mardi, à ce concert de reproches. Selon Elizabeth May, « une telle intolérance religieuse n’a pas sa place dans notre société ». Son chef adjoint, Daniel Green, a souligné que ce qui compte, pour lui, c’est ce qu’il y a « dans la tête » et non pas « sur la tête » des gens.