Ottawa invite Québec à faire preuve d’équité envers les démunis

Le ministre Duclos se dit néanmoins touché par la situation. «Sans m’immiscer dans les affaires du gouvernement du Québec […] c’est sûr que comme parent, comme citoyen, ça me préoccupe, ça m’interpelle beaucoup», rappelle-t-il.
Photo: Colin Perkel La Presse canadienne Le ministre Duclos se dit néanmoins touché par la situation. «Sans m’immiscer dans les affaires du gouvernement du Québec […] c’est sûr que comme parent, comme citoyen, ça me préoccupe, ça m’interpelle beaucoup», rappelle-t-il.

Ottawa invite le gouvernement du Québec à repenser la façon dont il s’approprie les allocations familiales fédérales lorsque des enfants sont placés en centre jeunesse. Le ministre Jean-Yves Duclos se défend de vouloir dicter sa conduite à l’équipe de François Legault, mais il estime que celle-ci devrait envisager de renvoyer aux familles les plus pauvres une partie du chèque fédéral auquel elles ont droit.

« Je ne peux pas leur demander quelque chose, car ils ont la latitude, la juridiction et la responsabilité de faire ce qu’ils veulent faire et ce qu’ils pensent être le mieux à faire avec cet argent-là, mais c’est sûr que ça interpelle beaucoup de gens de voir que ces familles se retrouvent avec très peu d’aide du gouvernement fédéral », indique le ministre Duclos.

Le gouvernement canadien n’a ni la juridiction ni l’information nécessaire pour travailler avec les centres jeunesse pour s’assurer que cet argent-là va aux familles lorsque c’est opportun de le faire

 

La semaine dernière, Le Devoir révélait que lorsqu’un enfant est placé en centre jeunesse, l’Allocation canadienne pour enfant (ACE) à laquelle ses parents ont droit est redirigée en totalité vers le centre jeunesse. Les parents ne récupèrent leur chèque fédéral que lorsqu’ils retrouvent 100 % de la garde de leur enfant. Ce chèque constitue un revenu considérable pour les familles les plus pauvres. L’ACE a été créée par le gouvernement de Justin Trudeau et a contribué à ramener la pauvreté des enfants de 11 % à 9 %, selon Statistique Canada.

Le Devoir rapportait le cas de Julie Tremblay (nom fictif), dont on tait la véritable identité pour protéger celle de ses enfants. Cette mère vit de l’aide sociale et a droit à un chèque mensuel d’ACE de 905 $. Elle a perdu la totalité de cette somme après que ses deux enfants ont été placés au Centre jeunesse de Montréal. Elle ne touche toujours pas un sou du fédéral, même si elle a maintenant ses enfants 80 % du temps et doit assumer 100 % de leurs besoins, notamment en louant un appartement plus grand pour les accueillir.

Le ministre Duclos indique qu’il n’a pas le pouvoir d’intervenir. « Le gouvernement canadien n’a ni la juridiction ni l’information nécessaire pour travailler avec les centres jeunesse pour s’assurer que cet argent-là va aux familles lorsque c’est opportun de le faire », explique-t-il. Ottawa n’a pas les données qui lui permettraient par exemple de verser un chèque calculé au prorata du temps qu’un enfant passe dans sa famille naturelle. « C’est donc au Québec — et aux autres provinces — de voir comment l’argent de l’Allocation spéciale pour les enfants [nom donné à l’ACE quand elle est redirigée vers une institution gouvernementale] est utilisé », conclut-il.

Mme Tremblay avait déploré le ping-pong administratif auquel on la soumettait, un ordre de gouvernement la renvoyant à l’autre. L’Agence du revenu du Canada, qui administre l’ACE, lui avait suggéré de contacter le Centre jeunesse de Montréal pour récupérer une partie de son argent, mais le Centre jeunesse avait refusé, prétextant que la loi ne le lui permet pas.

Le ministre Duclos se dit néanmoins touché par la situation. « Sans m’immiscer dans les affaires du gouvernement du Québec […] c’est sûr que comme parent, comme citoyen, ça me préoccupe, ça m’interpelle beaucoup. Parce qu’on parle de gens très vulnérables, des gens qui vivent avec de très petits moyens, qui ont besoin d’aide pour prendre soin de leurs enfants et progresser dans la vie. Alors, c’est sûr que n’importe qui qui regarde ça souhaiterait que les centres jeunesse, et le gouvernement du Québec de manière plus générale, puissent travailler pour faire en sorte que cet argent du fédéral qui leur est envoyé soit utilisé en partie pour appuyer les familles. »