Affaire SNC-Lavalin: la relation était tendue entre Wilson-Raybould et Butts

L'ancien bras droit de Justin Trudeau, Gerald Butts
Photo: Justin Tang Archives La Presse canadienne L'ancien bras droit de Justin Trudeau, Gerald Butts

Jody Wilson-Raybould a tenté d’éviter de perdre le portefeuille de la Justice en citant la possible réaction négative des Autochtones du pays qu’un tel remaniement ministériel pourrait provoquer.

C’est ce qu’on apprend en lisant les preuves écrites déposées par l’ancien secrétaire principal de Justin Trudeau pour réfuter les reproches de l’ex-ministre dans l’affaire SNC-Lavalin.

Les documents ont été publiés mardi par le comité parlementaire de la justice.

Gerald Butts a annoncé le week-end dernier qu’il répondrait ainsi aux documents déposés par Mme Wilson-Raybould au même comité et publiés en fin de journée vendredi. La pièce maîtresse des documents de la députée est un enregistrement qu’elle a fait en décembre d’une conversation téléphonique entre elle et le greffier du Conseil privé.

M. Butts, lui, a offert une série de messages textes échangés avec celle qui était encore ministre de la Justice à ce moment-là.

« Le moment choisi pour me montrer la porte [...] est affreux », a écrit Mme Wilson-Raybould le 8 janvier alors que se préparait le remaniement. Elle faisait référence à des manifestations d’une communauté autochtone en Colombie-Britannique contre un pipeline.

« Ce n’est pas à propos de moi, [...] c’est à propos de la façon dont sont traités les peuples autochtones... Cette situation va s’aggraver et elle m’inquiète beaucoup », a ajouté celle qui était la première femme autochtone à occuper le poste de ministre de la Justice du pays.

« Personne ne vous montre la porte. En fait, le PM a posé le geste extraordinaire (unique, si je me fie à mon expérience) de vous offrir un autre poste au cabinet », a répondu à ce message-là M. Butts.

On constate à la lecture de ces échanges que la conversation est devenue de plus en plus tendue à mesure que la date du remaniement approchait.

« Sachez que je me suis préparée pour demain. Et je sais pourquoi ceci est en train d’arriver », a-t-elle écrit dans un de ses derniers textos envoyés avant le remaniement du 14 janvier.

Aucun des textos ne mentionne directement SNC-Lavalin.

Depuis sa démission un mois après le remaniement, l’ex-ministre affirme qu’elle a été mutée aux Anciens Combattants pour la punir d’avoir refusé d’intervenir pour éviter un procès à la firme montréalaise de génie.

Expulsées du caucus ?

Mardi, Mme Wilson-Raybould tentait encore d’éviter une expulsion du caucus libéral, écrivant une lettre à ses collègues députés.

Dans le texte de deux pages, elle dit comprendre la colère et la frustration de ses collègues, ajoutant qu’elle est tout aussi en colère.

« Je suis en colère, blessée et frustrée parce que je crois que je défendais les valeurs que nous nous sommes tous engagés à défendre. En donnant le conseil que j’ai donné, en posant les gestes que j’ai posés, j’essayais d’éviter au premier ministre et au gouvernement un terrible bourbier », écrit-elle.

Mais ses collègues ne semblaient pas vouloir décolérer.

L’enregistrement du greffier du Conseil privé, fait sans son consentement, continuait de nourrir leurs remontrances mardi matin. À l’entrée de la réunion du cabinet, le ministre François-Philippe Champagne, qui ne s’était pas encore exprimé sur le sujet, s’en est pris à l’ancienne ministre de la Justice.

« Moi, comme avocat, j’ai fait des enquêtes d’éthique et je n’ai jamais enregistré personne. Alors, ça soulève des questions sur les motifs parce que quand une personne décide d’enregistrer une autre, il faut se poser des questions légitimes sur le motif derrière ça », a dit le ministre Champagne.

Interrogé sur les motivations plus larges de l’ex-ministre qui semble s’acharner sur son propre gouvernement depuis plusieurs semaines, M. Champagne a déclaré que le moment était venu de « passer à autre chose ».

« Moi, je pense que beaucoup a été dit. Mais maintenant, des agissements qui continuent, qui persistent, évidemment, ça soulève des questions », a-t-il ajouté.

L’autre ex-ministre emportée dans ce tourbillon, Jane Philpott, a fait une très courte apparition à une réunion de caucus ontarien, en début d’après-midi mardi.

Le caucus ontarien s’est réuni pour décider si Mme Philpott devait être exclue des rangs libéraux. La réunion du caucus national de mercredi matin devrait sceller le sort des deux femmes.

L’opposition se régale

Pendant ce temps, l’opposition continue de détourner le travail à la Chambre des communes, forçant des votes pour des travaux de routine, comme celui de « passer à l’ordre du jour ». Le député conservateur Pierre Poilievre a repris son discours entamé lundi midi, discours qui s’étendra sur quatre jours. Tout ça pour garder l’affaire SNC-Lavalin dans les manchettes.

Celle qui organise les travaux du gouvernement à la Chambre des communes s’efforçait de garder le sourire, mardi matin.

« Je pense qu’ils peuvent jouer des jeux [...], mais je veux qu’on puisse travailler. [...] Je vais essayer de trouver une façon », a assuré la leader du gouvernement à la Chambre, Bardish Chagger, à son arrivée à la réunion du cabinet.