Affaire SNC-Lavalin: Jody Wilson-Raybould promet de nouvelles révélations

Justin Trudeau était à Thunder Bay, vendredi, afin de faire la promotion de certaines mesures prévues au budget déposé mardi, mais il a encore dû répondre aux questions sur l’affaire SNC-Lavalin.
Photo: David Jackson La Presse canadienne Justin Trudeau était à Thunder Bay, vendredi, afin de faire la promotion de certaines mesures prévues au budget déposé mardi, mais il a encore dû répondre aux questions sur l’affaire SNC-Lavalin.

Jody Wilson-Raybould a encore des choses à dire, pour livrer l’entièreté de sa version des faits dans l’affaire SNC-Lavalin. Et pour s’assurer d’être entendue, elle mettra de nouvelles « preuves » sur papier.

L’ancienne ministre de la Justice a avisé le Comité de la justice, qui se penchait sur cette affaire, qu’elle lui soumettra une déclaration écrite pour bonifier le témoignage qu’elle y a livré il y a un mois. La majorité libérale a choisi de clore l’étude du comité sur l’affaire SNC mardi.

« J’en déduis qu’aucun autre témoin ne sera appelé et que je ne serai pas convoquée de nouveau pour terminer mon témoignage ou répondre oralement aux déclarations qu’ont faites d’autres témoins après que j’ai comparu », constate Mme Wilson-Raybould dans une lettre acheminée au Comité de la justice. À la suite de son témoignage de plus de trois heures, le Comité avait entendu l’ancien secrétaire principal de Justin Trudeau, Gerald Butts, l’ancien greffier du Conseil privé, Michael Wernick, et la sous-ministre à la Justice, Nathalie Drouin. Les trois avaient mis en doute la version des faits de Mme Wilson-Raybould.

L’ex-ministre et procureure générale fournira donc des copies de textos et de courriels qu’elle avait cités lors de son témoignage.

« J’ai aussi en ma possession des éléments pertinents de faits et de preuves qui clarifient certaines de mes déclarations et permettent de mesurer l’exactitude et la nature de déclarations faites par des témoins qui ont comparu après moi devant le Comité », prévient Mme Wilson-Raybould, sans préciser la date à laquelle elle soumettra cette déclaration écrite.

Le document devrait cependant être rendu public, a assuré le président du Comité, le député libéral Anthony Housefather. La coutume veut que les soumissions écrites soient traduites, puis caviardées pour en retirer les informations personnelles — comme les numéros de téléphone et les adresses courriel —, après quoi elles sont publiées sur le site Web du Comité, a expliqué M. Housefather au Devoir.

Le premier ministre a de nouveau rejeté l’idée de lever davantage le secret professionnel de son ancienne ministre afin de lui permettre de s’exprimer plus librement, arguant que le décret la libérant de cette obligation portait précisément sur l’enjeu qui est censé être en cause. Justin Trudeau a en outre rappelé que Mme Wilson-Raybould a témoigné pendant plusieurs heures en marge de l’étude qu’a menée le Comité pendant cinq semaines.

« Il y a eu une étude complète et approfondie des enjeux impliquant l’ancienne ministre de la Justice et procureure générale et le dossier SNC-Lavalin au Comité de la justice », a-t-il martelé, semblant quelque peu exaspéré.

L’opposition n’a toutefois pas l’intention de lâcher le morceau. Car non seulement Mme Wilson-Raybould veut se confier davantage, mais l’ex-présidente du Conseil du Trésor, Jane Philpott, a déclaré elle aussi au Maclean’s cette semaine qu’elle avait des choses à dire qu’elle ne peut pas communiquer à cause de son propre secret professionnel d’ancienne ministre.

Libres en Chambre

Excédés de voir leur collègue ramener sans cesse l’affaire dans les manchettes, en insinuant régulièrement que le fond de l’affaire n’a pas été révélé, les députés libéraux ont invité Mme Wilson-Raybould ainsi que Mme Philpott à prendre la parole aux Communes pour se vider le coeur une fois pour toutes. Les deux élues y seraient protégées par le privilège parlementaire, même si elles veulent discuter d’éléments protégés par le secret du Conseil du ministre, a confirmé l’ancien greffier de la Chambre des communes Rob Walsh à la CBC.

« Elles ont un privilège parlementaire. Elles peuvent s’exprimer », a argué la ministre du Tourisme, Mélanie Joly.

« Je suis avocate et je comprends qu’il n’y aurait pas de problème à le faire dans la Chambre », a renchéri la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, en se montrant un peu impatiente. « S’il y a quelque chose d’autre à dire, c’est bon […] mais ça devrait être fait vite parce qu’on a besoin de continuer le travail que nous faisons. »

J’ai aussi en ma possession des éléments pertinents de faits et de preuves qui clarifient certaines de mes déclarations et permettent de mesurer l’exactitude et la nature de déclarations faites par des témoins qui ont comparu après moi devant le Comité

La conservatrice Candice Bergen refuse cependant que le fardeau revienne aux deux ex-ministres, dont le secret professionnel n’a pas été entièrement levé. « Je rejette complètement la notion que Mme Wilson-Raybould ou Mme Philpott manquent à leurs responsabilités en ce moment parce qu’elles font preuve de prudence. […] La responsabilité revient au premier ministre, du début à la fin. »

Si le gouvernement libéral veut réellement permettre à ses deux élues de parler, il devrait les libérer de leurs obligations de confidentialité et leur assurer qu’elles auront amplement le temps de s’expliquer aux Communes, a réclamé le néodémocrate Daniel Blaikie.