Morneau précise son aide aux producteurs agricoles

Les agriculteurs, et notamment les producteurs laitiers, avaient hâte de savoir ce que le ministre des Finances avait à leur offrir.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les agriculteurs, et notamment les producteurs laitiers, avaient hâte de savoir ce que le ministre des Finances avait à leur offrir.

Compte tenu des pertes de revenus découlant du Partenariat transpacifique, les producteurs de lait, d’oeufs et de volaille recevront un appui de 2,15 milliards de la part d’Ottawa pour compenser l’élargissement du marché canadien aux produits étrangers, a indiqué mardi le budget Morneau, sans toutefois préciser les modalités de l’enveloppe. L’industrie a salué l’annonce, mais voudra voir les détails.

À cette aide s’ajoutera un appui de 1,5 milliard afin de « protéger la valeur des investissements des agriculteurs dans les secteurs soumis à la gestion de l’offre », un système cher aux producteurs qui s’est retrouvé au coeur de toutes les négociations commerciales des dernières années. Le gouvernement n’a pas, là non plus, décrit ce que cela signifie précisément.

Le budget n’indique rien au sujet de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), nouvelle incarnation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), car il n’est pas encore ratifié. Les industries du Québec et du reste du Canada l’avaient extrêmement mal digéré lors de son dévoilement en octobre 2018. Les producteurs laitiers québécois avaient estimé à 3,9 % les parts de marché concédées par Ottawa.

Les agriculteurs attendaient avec impatience le dépôt du budget afin de voir ce qu’il réserverait à l’industrie, convaincue d’avoir été utilisée comme monnaie d’échange pendant les négociations des derniers accords. À la suite de la présentation de l’ACEUM, les producteurs canadiens avaient affirmé que la concession faite à Washington pouvait entraîner la mort de leur industrie « à petit feu ».

« Le gouvernement fédéral reconnaît l’impact des accords commerciaux sur notre secteur », a dit le président du conseil d’administration des Producteurs laitiers du Canada, Pierre Lampron. « On va s’assurer que chaque producteur a sa part. » Selon les PLC, les trois derniers accords ont un impact qui « représente pour les producteurs laitiers canadiens un manque à gagner annuel de 8,4 % ».

L’aide promise dans le budget s’ajoute au soutien de 250 millions annoncé en 2016 consistant à indemniser les agriculteurs pour l’accord de libre-échange avec l’Europe, qui promettait de faire entrer au Canada des milliers de tonnes de fromages européens supplémentaires, soit l’équivalent de 4 % du marché canadien. Cette somme, étalée sur cinq ans, consistait à aider les producteurs à moderniser leurs installations.

La gestion de l’offre, qui a vu le jour dans les années 1960, vise à combattre les fluctuations de prix. Elle couvre la production de lait, de dindons, de poulet, d’oeufs d’incubation et d’oeufs de consommation.Les fermes québécoises qui fonctionnent dans ce système se chiffrent à environ 6900.

Ottawa a mené des pourparlers avec les producteurs agricoles dans la foulée des derniers accords commerciaux pour déterminer l’ampleur des pertes de revenus entraînées par l’entrée de produits étrangers au Canada. « Nous allons poursuivre nos discussions pour avoir les détails exacts », a dit le ministre des Finances, Bill Morneau, en conférence de presse mardi. « C’est quelque chose qu’on va terminer dans les prochains mois, mais l’argent promis est là. »

Par ailleurs, le budget Morneau a indiqué que les entreprises des secteurs de l’acier et de l’aluminium frappées par les tarifs douaniers du gouvernement Trump vont bénéficier d’un appui de 100 millions en 2019-2020, mais cette mesure avait déjà été annoncée.