Le budget fédéral 2019 en 8 points

Le Canada sera bientôt en campagne électorale, et le budget 2019 du ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, en témoigne de façon probante.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Le Canada sera bientôt en campagne électorale, et le budget 2019 du ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, en témoigne de façon probante.

Le Canada sera bientôt en campagne électorale, et le budget 2019 du ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, en témoigne de façon probante. Dans le document présenté mardi après-midi, le ministre répond indirectement aux critiques de l’opposition — à gauche comme à droite — et se positionne sans surprise comme le défenseur de la classe moyenne et des plus vulnérables.

 

1. L’ère des déficits se poursuit

Le retour à l’équilibre budgétaire n’est toujours pas à l’horizon du gouvernement Trudeau : le déficit d’Ottawa devrait être de 19,8 milliards de dollars en 2019-2020.


 

Ses prévisions restent écrites à l’encre rouge jusqu’en 2024, alors que le gouvernement Trudeau avait promis il y a quatre ans de rétablir la situation à la fin d’un premier mandat.

L’économie du Canada — comme celle de nombreux autres pays occidentaux — n’a pas connu une année 2018 à la hauteur des attentes : le PIB canadien a crû de 1,9 %, selon les estimations du secteur privé, alors que le ministère des Finances prévoyait un bond de 2,3 %.

La dette fédérale devrait toutefois toujours équivaloir à environ 30 % du PIB du pays, le ratio le plus bas parmi les pays du G7.

2. Plus de moyens aux frontières

Critiqué par les conservateurs pour sa gestion de l’arrivée irrégulière de migrants au pays (notamment par le chemin Roxham), le gouvernement Trudeau prévoit 1,18 milliard sur cinq ans pour resserrer la surveillance aux frontières et accélérer le traitement des demandes d’asile.

Les demandeurs d’asile arrivés par de tels chemins seront d’ailleurs expulsés en priorité, peut-on lire dans le document budgétaire.

Les sommes annoncées serviront notamment à renforcer la présence de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et de l'Agence des services frontaliers (ASF) sur les lieux, ainsi qu'à installer des caméras de surveillance.

Le montant servira aussi à financer des missions dans les pays d’origine des migrants irréguliers, afin de donner l'heure juste quant à leurs chances réelles d'être acceptés au pays. Ottawa avait déjà créé à Toronto un centre intégré de triage des migrants, où la GRC et l’ASF travaillent de pair. L'expérience a été fructueuse: on ajoutera donc un second centre à Toronto et on en créera un à Montréal.

De manière générale, Ottawa reconnaît que l'afflux de migrants irréguliers risque de rester élevé pour encore deux ans : au lieu de budgéter des ressources pour 26 000 migrants, on le fait pour 50 000 personnes.

3. Des mesures pour faciliter l’accès au logement

Aux prises avec un marché immobilier qui lui donne encore du fil à retordre dans certaines régions, le gouvernement Trudeau veut stimuler encore une fois la construction de logements abordables (un thème cher aux néodémocrates), tout en offrant un appui financier aux acheteurs d'une première propriété.

Une mesure qui semble taillée pour séduire les millénariaux — aujourd’hui âgés de 18 à 38 ans —, qui formeront le plus important groupe d’électeurs lors du scrutin d’octobre prochain.

Par l'entremise de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), Ottawa entend permettre à ces nouveaux acheteurs de souscrire à un prêt hypothécaire totalisant 10 % d'une nouvelle propriété ou 5 % d'une propriété existante afin d'augmenter leur mise de fonds. Ils n'auraient pas à effectuer des versements mensuels et pourraient rembourser ce prêt lorsqu’ils revendront leur propriété, mentionne le budget Morneau.

Le fédéral élargit également le régime d’accès à la propriété, mieux connu sous l’acronyme RAP. Les nouveaux propriétaires pourront maintenant piger jusqu’à 35 000 $ dans leur REER pour financer l’achat de leur première maison.

4. Coup de pouce pour la formation de la main-d’œuvre

Le gouvernement libéral veut permettre aux travailleurs canadiens de s'adapter à l'évolution rapide du marché du travail en leur donnant un coup de pouce pour leur formation.

Ottawa entend dépenser 1,7 milliard de dollars au cours des cinq prochaines années, et plus de 580 millions annuellement par la suite, pour instaurer l'Allocation canadienne pour la formation, qui comprend à la fois un crédit pour la formation non imposable et une prestation pour couvrir des dépenses quotidiennes.

Dès cette année, les travailleurs de 25 à 64 ans dont le revenu annuel est inférieur à 150 000 $ accumuleront un solde de crédits de 250 $ par année, jusqu'à un plafond total de 5000 $ à vie. Ces crédits accumulés pourront être utilisés à partir de 2020 pour payer la moitié des coûts d'une formation reconnue. Les travailleurs pourront demander le remboursement au moment de produire leur déclaration de revenus.

La nouvelle prestation sera quant à elle offerte dans le cadre du programme d'assurance-emploi à partir de la fin de 2020. Elle permettra de couvrir 55% du revenu du travailleur en formation pendant un maximum de quatre semaines, en s'appuyant sur le salaire moyen touché lors des semaines précédentes.

5. (Un peu) plus de détails sur l’aide aux médias

Le gouvernement a réitéré son intention d’aider les médias écrits en crise… mais plusieurs détails demeurent à venir. Le gouvernement doit encore mettre sur pied le comité d’experts qui aura à établir quelles entreprises de presse pourront se qualifier.

Rétroactif au 1er janvier 2019, le crédit d’impôt remboursable pour la main-d’œuvre pourrait représenter jusqu’à 13 750 $ par journaliste.

Le crédit d’impôt des particuliers pour les abonnements numériques sera non remboursable et permettra de retrouver jusqu’à 15 % du coût d’un abonnement (valeur maximale de 75 $).

Quant au statut de donataire reconnu — la possibilité pour les organisations journalistiques de délivrer des reçus officiels pour don de bienfaisance —, la mesure entrera en vigueur le 1er janvier 2020.

6. Vers un régime fédéral d’assurance-médicaments

Le gouvernement réitère dans le budget sa volonté d’aller de l’avant avec un futur régime national d’assurance-médicaments.

Suivant les recommandations d’un conseil consultatif qui a étudié la question, Ottawa propose notamment de «collaborer avec ses partenaires» pour créer une Agence canadienne des médicaments, qui aurait pour mission de négocier de meilleurs prix pour les médicaments, cela pour le compte des régimes d’assurance-médicaments du pays.

Le fédéral estime que les Canadiens pourraient économiser quelque 3 milliards par année, à long terme, grâce à ce programme. On souhaite aussi adopter une stratégie nationale pour financer l’achat de médicaments coûteux traitant certaines maladies rares.

7. Nouveau rabais sur les véhicules électriques

Sur le plan du climat, les nouvelles mesures restent rares.

Le gouvernement fédéral instaure toutefois un nouveau rabais pouvant atteindre 5000 $ à l'achat d'un véhicule électrique ou à hydrogène de moins de 45 000 $. Transports Canada bénéficiera d'une enveloppe de 300 millions de dollars sur trois ans pour mettre en place cet incitatif, dont les détails seront annoncés prochainement. Le rabais fédéral pourra s'ajouter à celui déjà offert au Québec sur les véhicules 100 % électriques et hybrides rechargeables. Ce dernier peut atteindre 8000 $ et s'applique aux véhicules de moins de 75 000 $.

Dans son budget, le gouvernement Trudeau tente également de convaincre les entreprises d'acheter des véhicules électriques, hybrides rechargeables ou à hydrogène en les rendant admissibles à une déduction fiscale complète l'année où ils sont mis en service.

8. Des milliards pour les Premières Nations

Les libéraux de Justin Trudeau profitent du dernier budget de leur mandat pour se montrer à nouveau sensibles à la cause des Premières Nations. Ils y débloquent plus de 4,5 milliards de dollars sur cinq ans pour favoriser notamment l'accès à l'eau potable, aux services de santé et à l'éducation.

Le budget 2019-2020 contient 739 millions de dollars supplémentaires sur cinq ans et 185 millions annuellement par la suite afin de procéder à des réparations urgentes des réseaux d'aqueduc et ainsi améliorer l'accès à l'eau potable au sein des communautés des Premières Nations.

Ottawa prévoit également 1,2 milliard de dollars sur trois ans pour aider les enfants des Premières Nations à accéder à différents services, comme de l'orthophonie, du soutien à l'enseignement, des équipements médicaux et des services en santé mentale.

Le gouvernement Trudeau débloque 333 millions sur cinq ans et 115 millions lors des années suivantes pour permettre la mise en œuvre d'un projet de loi qu'il a déposé en février dernier visant à restituer, revitaliser, conserver et renforcer les langues autochtones. Cet argent soutiendra par ailleurs le projet de bureau de commissaire aux langues autochtones.

Le budget contient aussi des sommes récurrentes réservées à la protection contre les incendies, à l'intervention en cas d'urgence ou encore au soutien des Premières Nations qui veulent mener des recherches et élaborer leurs revendications particulières.

Les quelque 4,5 milliards d'argent frais contenus dans le budget 2019-2020 s'ajoutent aux 16,8 milliards annoncés depuis l'arrivée au pouvoir des libéraux en 2015.

Avec la collaboration de François Desjardins, Guillaume Bourgault-Côté, Karl Rettino-Parazelli, Marie Vastel et Hélène Buzzetti