Une mise à jour plutôt qu’une refondation pour le Bloc québécois

Yves-François Blanchet a ainsi assuré que, d’ici à ce que le Québec tienne un nouveau référendum, les bloquistes feront la pédagogie du projet.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Yves-François Blanchet a ainsi assuré que, d’ici à ce que le Québec tienne un nouveau référendum, les bloquistes feront la pédagogie du projet.

Le grand congrès de refondation du Bloc québécois s’est avéré davantage le lieu d’une réconciliation en vue de l’élection fédérale cet automne. Car pour le reste, au terme d’un an de réflexion, le Bloc québécois a choisi de conserver ses mêmes grands axes.

Le Bloc 2.0 demeurera donc « une coalition d’indépendantistes », un parti progressiste « vert et écologique », « féministe », qui « prône la laïcité de l’État » et qui « s’oppose au multiculturalisme », stipulent les nouveaux principes d’orientation du parti qu’ont adoptés 250 délégués bloquistes réunis en congrès cette fin de semaine à Sorel-Tracy. La cinquantaine de motions qu’ils ont adoptées n’a presque rien modifié aux positions traditionnelles de la formation. « Ça ne change rien », a admis bien candidement un député.

Les jeunes militants du Bloc québécois avaient pourtant réclamé, l’an dernier, une « mise à zéro de la plateforme et des statuts », dans le but de se sortir de la crise qui le déchirait sous la chefferie de Martine Ouellet. Une grande réflexion s’apparentant à celle qu’entamera bientôt le Parti québécois.

Au fil des mois, 500 propositions ont été présentées puis synthétisées pour en faire 47 motions, qui forment le nouveau programme du parti. Toutes, à quelques exceptions près, ont été adoptées.

L’instigatrice de cet effort de refondation n’est pas pour autant déçue du résultat. L’idée n’était pas de « réinventer pour réinventer », assure la présidente du Forum jeunesse du Bloc québécois, Camille Goyette-Gingras.

Le chef, Yves-François Blanchet, rejette lui aussi l’idée que la refondation n’ait accouché que d’une souris, puisque les priorités du parti restent les mêmes. « Ce n’est pas parce qu’on se donne le droit de tout changer qu’on se donne l’obligation de tout changer », a-t-il fait valoir en point de presse au terme du congrès dimanche. Le chef préfère, lui, parler de « renouvellement ». « C’est du nouveau monde, des nouvelles idées, sans renier ce qui appartenait au passé. »

Et en invitant tous les militants à participer à cette refonte des principes du parti, le Bloc a changé sa façon de concevoir son programme pour qu’il vienne de la base. Une victoire en soi, souligne Camille Goyette-Gingras.

Cap sur la souveraineté

Une nouveauté s’inscrit toutefois au programme du Bloc : un chapitre entier porte sur les positions qu’adopterait le Québec s’il devenait un pays. Près de la moitié des résolutions établissent ainsi qu’un Québec souverain aurait un système politique républicain ; il renierait le serment à la reine et la monarchie ; il hausserait le salaire minimum, instaurerait la gratuité scolaire en enseignement supérieur, restaurerait un tarif unique minime aux centres de la petite enfance ; et Télé-Québec remplacerait Radio-Canada comme diffuseur national, muni d’une chaîne d’information continue et de bureaux régionaux. Les bloquistes ont également appuyé la création d’un État palestinien.

Cette feuille de route pour un Québec indépendant a été conçue en guise de « compromis » pour les bloquistes qui réclamaient une promotion plus affirmée de l’indépendance, a-t-on expliqué en coulisses. La semaine dernière, quelques militants affirmaient justement au Devoir qu’ils travaillaient à la création d’un nouveau parti indépendantiste transparlementaire, déçus du manque de mordant du Bloc à l’heure actuelle.

Dans la salle du congrès, cependant, une poignée de délégués étaient mal à l’aise de voir le parti se prononcer de façon si détaillée. « C’est enlever la légitimité au processus d’assemblée constituante », a notamment déploré un délégué de Portneuf. « On est bien conscients qu’on ne dictera jamais à Québec quoi faire », a rétorqué le président du parti, Yves Perron. « Ce sont des suggestions. C’est un outil pour faire la promotion de l’indépendance tout le temps, sur toutes les tribunes, comme les membres de notre parti nous l’ont demandé au printemps dernier », a-t-il argué, en évoquant le débat qui avait sévi sous la direction de Martine Ouellet. La chef et ses partisans voulaient une promotion plus affirmée de la souveraineté, tandis qu’une majorité des députés et un pan des militants préféraient que le Bloc fasse aussi la défense des intérêts du Québec pour ainsi convaincre du bien-fondé de son projet de société.

Le ralliement après la chicane

Cette volonté de réconcilier les deux factions du Bloc québécois était bien visible, tout au long de la fin de semaine. Le discours d’ouverture du chef était en outre résolument indépendantiste, pour donner le ton et ainsi couper l’herbe sous le pied de militants qui auraient pu vouloir prendre le micro pour critiquer la direction du parti, a avoué un stratège.

Yves-François Blanchet a ainsi assuré que, d’ici à ce que le Québec tienne un nouveau référendum, les bloquistes feront la pédagogie du projet. « Nous allons porter le ballon et le protéger. Nous appellerons à la patience. Et le moment venu, ce ballon, il va de nouveau être entre vos mains à Québec pour le dernier mètre, le dernier but : la victoire, a-t-il fait valoir samedi. Le Québec se portait mieux quand sa voix à Ottawa était indépendantiste. Elle va le redevenir. » Les bloquistes ont même eu droit à une visite surprise de Gilles Duceppe, venu fouetter les troupes à son tour, à sept mois des élections.

Au terme de deux jours de débats, le Bloc québécois clamait mission accomplie. « Nous avons réussi ! Le Bloc vient de quitter définitivement les chroniques nécrologiques », s’est réjoui M. Blanchet, qui a assisté à toutes les délibérations.

La convergence attendra

Bien qu’ils aient semblé se réconcilier quant au double mandat de leur parti, les bloquistes ne se sont pas pour autant entendus pour prôner la convergence des troupes indépendantistes.

Le « principe de neutralité et de réserve » lors d’élections provinciales a été rejeté à deux reprises. Camille Goyette-Gingras avait pourtant reçu de gros applaudissements en martelant que le « véritable adversaire » n’est pas le nationaliste qui a voté pour la Coalition avenir Québec ou Québec solidaire. Patrice Vachon, de l’exécutif de Québec, qui avait appuyé Québec solidaire en octobre dernier, a quant à lui livré un vibrant plaidoyer en disant s’être senti « trahi » chaque fois que le Bloc appuyait le PQ. Mais en vain. La majorité des bloquistes ont préféré laisser le soin aux péquistes et aux solidaires de régler cette question.

12 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 18 mars 2019 03 h 03

    « Freak Show »

    Depuis que les autorités ont interdit le « lancé du nain», on se rabat sur les divertissants aléas du Bloc.

    Le Bloc, un parti qui appuyait les politiques de Harper.

    Parmi les premiers députés du Bloc, nous comptons Nic Leblanc et Pierrette Venne, deux anciens députés du «Parti conservateur», qui trouvaient Duceppe «trop socialiste» (sic!) et qui ont donc démissionné après le départ de Bouchard.

    Par la suite, Nic Leblanc est devenu candidat de l'Allicance-canadienne (!) pour ensuite se porter candidat pour le Parti libéral du Québec (PLQ)… C'est tout un indépendantiste, ce Nic qui empoche maintenant une généreuse pension en raison de ses profondes convictions!

    Parmi les carriéristes de la souveraineté libérés des contingences de la vie quotidienne, j'ai dans mon voisinage l'édifiant exemple d'un ex-député du BQ (donc pensionné du fédéral) qui partage son farniente entre l'Italie, son chalet dans les Laurentides et la piscine de son bungalow.

    Pas loin de chez ce dernier, je viens de prendre un verre dans un bistrot dont le serveur m'expliquait que plus sa vente était importante dans la soirée, moins son patron lui versait de salaire... suivant le principe que, plus le serveur vendait, plus il empochait de pourboire et donc moins il avait besoin de salaire…

    Un reportage d'une chaîne française que j'ai écouté récemment sur l'Internet interviewait une pompiste en France qui vivait la même situation: ses pourboires servaient à son patron pour la payer!

    La justice sociale?

    Je vais te répondre rapidement, parce que mon steak refroidit;

    La justice sociale? Comme le disait en substance l'ex-étudiant clownesque du Collège privé Brébeuf, Pierre Falardeau:

    La justice sociale? Quand nous aurons réalisé «l'indépendance-souveraine-associative-beau-risque-fédéralistement-renouvellé».

    En attendant, mange ton Dinner-Kraft™; la banque de dépannage alimentaire vient de t'en vendre un caisse.

    P.-S.: Je conchie le QS de Massé et consort.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 18 mars 2019 03 h 34

    Erratum (ma précédente)



    (...) consorts.

  • Marie Nobert - Abonnée 18 mars 2019 05 h 48

    Le don d'ubiquité du «chef» et les (ses?) enflures d'«égo». (!)

    «[...] s’est réjoui M. Blanchet, qui a assisté à toutes les délibérations.» En «assemblée plénière» il n'a a pas de «délibérations» véritables (encore que si l'on pousse au max...). Il y a «vote». (!) Les «débilitations» (sic) collectives se font en «ateliers sectoriels». Aller d'un atelier à l'autre... 20, 30, 40 secondes, voir un peu plus, n'implique pas «avoir assisté à toutes les délibérations». Sinon, selon ses dires, «il» serait ««d'yeux» (ouille!)», un «être» supérieur.» Mais comme je n'en connais (nouvelle orthogaffe) qu'un à ce jour, je pense que les «chèvres de M. Séguin seront mieux...». Bref. Misère!

    JHS Baril

  • Josée Duplessis - Abonnée 18 mars 2019 07 h 50

    ''ses mêmes grands axes."
    ''demeurera donc « une coalition d’indépendantistes », un parti progressiste « vert et écologique », « féministe », qui « prône la laïcité de l’État » et qui « s’oppose au multiculturalisme », stipulent les nouveaux principes d’orientation du parti qu’ont adoptés 250 délégués bloquistes réunis en congrès cette fin de semaine à Sorel-Tracy.''
    Il me semble que dans les deux phrases il y a des contradiction. Les mots ''même'' et ''nouveaux ''
    Il faudrait se brancher...

  • Jacques Morissette - Inscrit 18 mars 2019 09 h 25

    Le PQ, une vieille bagnole qui avance pour entendre le gling gling d'une caisse enregistreuse.

    Après avoir écouté Catherine Fournier hier soir à TLMEP. J'ai bien aimé ses commentaires. Quant a moi, le PQ : des bonzes qui n'en finissent pas de vieillir dans la fange de ce qu'ils croient leurs acquis et en plus de faire mal paraître ce parti politique. Ils ont l'authenticité accroché non pas au projet, mais au pouvoir que ce parti peut représenter, moins au mérite, mais en raison d'une déroute éventuelle des autres partis sur la course.