Une refondation qui vise surtout la réconciliation

Le nouveau chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a tenté de rassurer les militants en leur martelant sa volonté de faire la promotion de l’indépendance.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le nouveau chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a tenté de rassurer les militants en leur martelant sa volonté de faire la promotion de l’indépendance.

Au premier jour de son grand congrès de refondation, le Bloc québécois a surtout misé sur la réconciliation. Le nouveau chef Yves-François Blanchet a tenté de rassurer les militants, en leur martelant sa volonté de faire la promotion de l’indépendance. L’ancien chef Gilles Duceppe a même fait acte de présence, pour rappeler aux bloquistes que plusieurs partis politiques se sont relevés de jours plus sombres.

Yves-François Blanchet a lancé le ton du congrès, en ouverture de la rencontre samedi matin. D’ici à ce que le Québec tienne à nouveau un référendum sur sa souveraineté, les bloquistes feront la pédagogie du projet a-t-il assuré. « Nous allons porter le ballon et le protéger. Nous appellerons à la patience. Et le moment venu, ce ballon il va de nouveau être entre vos mains à Québec pour le dernier mètre, le dernier but : la victoire », a fait valoir le chef du Bloc québécois, en répondant ainsi aux militants qui craignaient que le nouveau venu soit trop timide sur le sujet. « Le Québec se portait mieux quand sa voix à Ottawa était indépendantiste. Elle va le redevenir », a affirmé M. Blanchet, accueilli d’applaudissements.

Ce congrès de refondation se voulait au départ, lorsque l’idée a été lancée l’an dernier, une réponse à la crise qui déchirait le Bloc québécois. Le leadership de l’ancienne chef Martine Ouellet était contesté par la majorité des députés, de même qu’à l’interne. Les récalcitrants lui reprochaient de faire erreur en ne voulant faire que la promotion de l’indépendance à toutes les sauces, sur toutes les tribunes. Plusieurs bloquistes réclamaient plutôt de promouvoir la souveraineté, mais en défendant à la fois les intérêts du Québec pour convaincre la population du bien-fondé de ce projet de société.

M. Blanchet est venu assurer les 350 militants réunis à Sorel-Tracy qu’il se ferait à son tour un ardent défenseur de l’indépendance. Son discours a adressé une série de critiques à l’endroit du premier ministre Justin Trudeau, en lui reprochant d’avoir refusé de taxer Netflix, d’instaurer une déclaration d’impôt unique, d’accorder un accord de réparation à SNC-Lavalin. « Mes amis nous allons gagner, a scandé M. Blanchet. Le Québec nous regarde et nous juge. Le Québec n’est pas obligé de voter pour nous. Il faut lui en donner le goût. Et je crois que le Québec va nous trouver pas mal de son goût. »

Quelques heures plus tard, c’était au tour de Gilles Duceppe de fouetter les troupes, accompagné d’une vingtaine d’autres anciens députés. « Le contexte n’est pas facile, actuellement », a consenti M. Duceppe. Mais il était le même en 2003 pour le Bloc, tandis que les conservateurs ont eux aussi connu de grosses défaites électorales avant de reprendre du galon. « Tous ces gens-là se sont relevés. »

« Il faut savoir relativiser les choses, a expliqué M. Duceppe en point de presse. Les intérêts du Québec c’est toujours pertinent. Et notre option est toujours pertinente. »

La convergence attendra

L’idée d’une refondation du Bloc québécois avait été proposée par le Forum jeunesse du parti. Sa présidente Camille Goyette-Gingras proposait au départ, l’an dernier, de faire table rase pour revoir le programme et les statuts du parti et rassembler tous les souverainistes du Québec.

Un souhait qu’elle a réitéré, samedi. « On a le devoir au Bloc de réconcilier et de réunir », a-t-elle lancé, en se méritant certains des applaudissements les plus sentis de la journée. « Notre véritable adversaire n’est pas notre collègue indépendantiste qui a décidé de voter pour la CAQ, ni celle qui a décidé de militer à Québec solidaire pour l’indépendance, ou celui qui se donne corps et âme depuis des décennies pour le Parti québécois. Notre véritable adversaire, c’est notre système fédéraliste, a-t-elle insisté. Nous ne sommes pas assez forts pour se battre à la fois entre nous et contre le régime. »

Mais dans la salle du congrès, le leader parlementaire du Parti québécois Pascal Bérubé était le seul élu de la scène provinciale. Québec solidaire n’y avait pas dépêché d’élu. Le parti a pris une position de neutralité, a expliqué Mme Goyette-Gingras. De jeunes militants bloquistes sont d’allégeance solidaire au provincial, mais ils étaient en minorité à Sorel-Tracy samedi.

Une proposition des jeunes bloquistes, qui aurait imposé la neutralité au Bloc québécois lors d’élections provinciales, a d’ailleurs été rejetée sur le plancher du congrès. Et ce, malgré l’appel de Mme Goyette-Gingras et d’autres jeunes à ce que le Bloc pose des gestes structurants pour encourager ses collègues provinciaux à lui emboîter le pas. « Ça ne suffit pas de dire qu’on est pour la convergence », avait-elle lancé, en vain.

Pascal Bérubé était de passage en matinée pour assurer les bloquistes que ses collègues du Parti québécois seraient à leurs côtés, lors de l’élection fédérale de l’automne. « Tant d’indépendantistes réunis et de bonne humeur de surcroît, c’est un puissant pied de nez à ceux qui nous croient démotivés. Et, croyez-moi, moi je suis motivé », a lancé le chef parlementaire du Parti québécois.