Le prochain budget fédéral risque de décevoir les producteurs agricoles

Il est improbable qu’une enveloppe globale de compensation pour les producteurs agricoles se retrouve dans le budget fédéral.
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Il est improbable qu’une enveloppe globale de compensation pour les producteurs agricoles se retrouve dans le budget fédéral.

Les producteurs agricoles qui attendent toujours une compensation pour l’ouverture du marché canadien aux produits extérieurs risquent d’être fort déçus par le prochain budget fédéral, qui sera déposé le 19 mars par le ministre des Finances, Bill Morneau.

D’une part, les groupes de travail qui se penchent sur les compensations à verser n’ont pas tous terminé leurs travaux, de sorte qu’il est impossible de déterminer l’ampleur d’une éventuelle enveloppe dans plusieurs cas ; d’autre part, le gouvernement libéral semble avoir décidé de ne pas verser un sou de plus en lien avec l’Accord économique et commercial global (AECG), soit l’entente de libre-échange conclue entre le Canada et l’Union européenne.

En entrevue avec La Presse canadienne, le président de l’Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau, a affirmé que ses membres s’attendaient à obtenir plus en lien avec l’AECG : « Dans les demandes que les producteurs ont faites, ils reviennent avec l’Europe et demandent que cette entente-là soit réellement compensée. »

Programme mal conçu

Ottawa a mis sur pied un programme d’investissement pour la modernisation des installations dans lequel 250 millions $ ont été mis de côté pour les producteurs et 100 millions $ pour les transformateurs, mais cette approche n’a jamais satisfait les producteurs en raison de son insuffisance et, surtout, de sa conception même.

« Le programme d’investissement qui a été annoncé par le fédéral, ce n’était pas réellement un programme de compensation, puisque c’était premier arrivé, premier servi, et ce ne sont pas tous les producteurs qui ont pu en bénéficier », a déploré M. Groleau.

La ministre fédérale de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a cependant été claire lorsqu’interrogée à son tour par La Presse canadienne : pour le gouvernement fédéral, ce programme vient clore le dossier, même si elle en reconnaît l’imperfection.

« Je sais que ce n’est pas une compensation pleine et équitable. […] Pour l’accord de libre-échange avec l’Europe, ce qu’on s’était engagé à faire, c’étaient des programmes d’investissement dans l’innovation de 250 millions $ pour les producteurs, 100 millions $ pour les transformateurs et ça, c’est ce qu’on a fait », a-t-elle tranché.

Engagement ferme face au PTP et à l’ACEUM Le gouvernement Trudeau s’est toutefois engagé à compenser pleinement les producteurs pour les parts de marché cédées en marge du Partenariat transpacifique (PTP) et du nouvel Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).

« On s’est engagé pour le PTP et pour le nouvel ALENA (ACEUM) à compenser pleinement et équitablement nos producteurs et c’est ce qu’on va faire », a déclaré Mme Bibeau, tout en avertissant que les travaux des comités ne sont pas encore terminés, à l’exception de ceux de l’industrie laitière.

Il est donc improbable qu’une enveloppe globale de compensation se retrouve dans le budget, bien que le secteur laitier, le seul dont le rapport du groupe de travail soit remis, pourrait faire exception, a laissé entendre Mme Bibeau.

« Les travaux des comités ne sont pas complétés à l’exception d’un. […] Il y a des choses qui pourraient arriver dans le budget, d’autres plus tard », a dit la ministre.

« Il ne faut pas prendre le budget comme étant une finalité parce que les travaux ne sont pas tous terminés. »

Marcel Groleau, lui, aurait souhaité voir à tout le moins l’ensemble des engagements dans le budget, surtout à l’approche de l’échéance électorale : « C’est important que ce soit dans le budget parce que quand c’est fait de cette façon, pour un gouvernement suivant, c’est plus difficile de changer les choses. »