Le Canada laisse voler les Boeing 737 MAX 8

Le ministre canadien des Transports, Marc Garneau, juge qu’il serait prématuré de clouer au sol les appareils Boeing 737 MAX.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre canadien des Transports, Marc Garneau, juge qu’il serait prématuré de clouer au sol les appareils Boeing 737 MAX.

Pendant que l’enquête se poursuit pour déterminer les causes de la tragédie aérienne qui a coûté la vie à 157 personnes dimanche en Éthiopie, une vingtaine de compagnies aériennes à travers le monde ont choisi lundi de clouer au sol leurs appareils Boeing 737 MAX 8. Le Canada a décidé de garder ses 41 avions de ce type dans les airs pour le moment, mais promet de prendre « les mesures nécessaires » lorsque les boîtes noires révéleront leurs secrets.

« Il est important qu’on ne prenne pas de décision prématurée, parce qu’il y a toutes sortes de possibilités quant à la cause de cet accident », a indiqué le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, lors d’un point de presse à Montréal lundi après-midi.

« Je veux rassurer tous les Canadiens. Je n’hésiterai pas à prendre toutes les mesures nécessaires aussitôt que nous aurons l’information qui pourra nous guider concernant cet accident », a-t-il ajouté, adoptant une position semblable à celle de son homologue américaine, Elaine Chao.

« Si j’avais à voler quelque part aujourd’hui sur un avion de ce type, je le ferais », a précisé M. Garneau.

Appareils au sol

Lundi, des transporteurs aériens des quatre coins de la planète, y compris de l’Éthiopie, de la Chine, de l’Indonésie, des Caraïbes, de l’Afrique du Sud, de Singapour et du Maroc, ont décidé de garder temporairement au sol leurs appareils Boeing 737 MAX 8. C’est ce modèle d’avion qui s’est écrasé dimanche après seulement quelques minutes de vol, dans des circonstances rappelant celles de l’écrasement du même modèle d’avion de la compagnie indonésienne Lion Air en octobre dernier.

Air Canada, qui compte 24 appareils Boeing 737 MAX dans sa flotte, dit suivre la situation de près et respecter les exigences des organismes gouvernementaux et de réglementation. « Nous disposons d’un vaste ensemble de données analytiques à l’appui de la sécurité de ces avions, dont la performance est tout aussi excellente du point de vue de la fiabilité et de la satisfaction de la clientèle », a souligné par courriel la porte-parole Isabelle Arthur. WestJet, qui opère actuellement 13 Boeing 737 MAX, juge elle aussi ces appareils sécuritaires.

Formation en cause ?

« Si Transports Canada estime aujourd’hui que ce n’est pas suffisant pour clouer les appareils au sol, il est important que le gouvernement arrive avec des mesures pour que, dans les plus brefs délais, les pilotes qui sont sur les 737 MAX 8 aient suivi une formation intensive en lien avec les problèmes qu’on a identifiés dans le cas de Lion Air », estime le professeur de l’UQAM et spécialiste de l’industrie aéronautique Mehran Ebrahimi.

Lors de l’écrasement survenu en octobre dernier, un système de pilotage automatique semble avoir empêché l’appareil de prendre de l’altitude. Les pilotes auraient tenté de désactiver le système en question et de reprendre les commandes, mais en vain.

Selon les informations disponibles, les circonstances de l’écrasement de dimanche sont similaires, ce qui fait dire à M. Ebrahimi que la formation des pilotes est peut-être en cause.

« Il est important qu’une mesure soit imposée pour outiller les pilotes canadiens sur ce type d’appareil, insiste-t-il. Les pilotes n’osent pas aller sur la place publique et dénoncer. Ils ont des ententes avec leur compagnie dans leur convention collective. Ils ont peur d’être congédiés. »

« Sans queue ni tête »

Lundi, l’Association des pilotes d’Air Canada a demandé au ministre Garneau et à Transport Canada de « prendre des mesures proactives pour assurer la sécurité des passagers canadiens », sans préciser sa demande. M. Garneau a pour sa part fait valoir que la formation des pilotes canadiens a été adaptée pour tenir compte de la défaillance observée lors de l’écrasement de l’appareil de Lion Air. « Tous les pilotes ont été entraînés pour comprendre quoi faire dans des situations qui pourraient se produire », a-t-il dit.

Selon le pilote de ligne Marc-Antoine Plourde, il serait surprenant que l’accident de dimanche ait été causé par la même erreur de pilotage que celle qui a coûté la vie aux passagers du vol de Lion Air, étant donné toute l’attention accordée à cette tragédie et le fait que la procédure pour désactiver le système de pilotage automatique est « très, très simple ».

« Si c’est le même genre d’incident, c’est sans queue ni tête », lance-t-il.

Boîtes noires retrouvées

Sur le terrain, les deux boîtes noires de l’appareil d’Ethiopian Airlines – celle contenant les données techniques du vol et celle enregistrant les discussions dans le cockpit – ont été retrouvées lundi dans un champ proche du village de Tulu Fara, à environ 60 km au sud-est d’Addis-Abeba.

« Nous partons du principe que nous trouverons la cause de l’écrasement dans les données de la boîte noire », a indiqué Ethiopian Airlines.

Les enquêteurs de l’Agence éthiopienne de l’aviation civile devraient être prochainement rejoints par une équipe technique de Boeing. L’enquête sera menée conjointement avec des enquêteurs américains.

À la bourse de New York, l’action de Boeing a plongé en début de séance, pour finalement remonter la pente en cours de journée et clôturer en baisse de 5,4 %.

Avec l'Agence France-Presse

7 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 mars 2019 00 h 10

    Un gouvernement fédéral mou

    Belle occasion ratée de punir Boeing pour ce qu’elle a tenté de faire contre Bombardier.

  • Gilles Bonin - Abonné 12 mars 2019 07 h 33

    Avec le matamore

    américain comme voisin... le principe de précaution n'existe pas au Canada et pas seulement vis-à-vis Boeing.

  • Daniel Grant - Abonné 12 mars 2019 08 h 37

    Mais M. Garneau sI c’est la sécurité qui vous tient à coeur …

    demandez-vous ce que vous auriez fait si s’avait été un C-série de Bombardier au lieu d’un Boeing.

    J’ai toujours cru que l’avion était le transport le plus sûr pcq il est plus réglementé et suivi que les autres mais je n’ai jamais pensé que c’était sans faute.

    Il s’agit d’un nouveau système AUTO-TRIM MCAS qui semble avoir des effets inattendus dans certaines combinaison de circonstances.

    La moindre des choses serait de garder le Boeing au sol jusqu’à ce que les boîtes noires soient entendues, comme il n’y a eu aucune hésitation de clouer les avions (européen) ATR au sol après Roselawn.

    On peut dire que les pilotes canadiens sont bien formés mais on ne peut pas dire qu’ils sont mieux formés que les autres au point de dire en regardant les gens droit dans les yeux qu’il n’y aura pas de problème quand ces 2 accidents sont tellement semblables.

    M. Garneau vous êtes aussi pire qu’un ministre qui nous dit tranquillement qu’après un déversement d’une plateforme pétrolière il n’y aura pas de problème pcq toutes les mesures de sécurités ont été prises après chaque déversement.

    Rappelez-vous M. Garneau sur la mission Appolo 8, l’erreur de manipulation que l’astronaute a commis sur ce qu’on pourrait dire le précurseur du FMS (flight management system), oui
    ça peut arriver à un être humain.

    Quand un ministre comme vous, êtes capable de mettre une industrie sur le dos pcq quelques citoyens de Toronto ont levé la main pour dire que le C-série serait trop bruyant pour opérer à Toronto Island et que c’était assez pour empêcher l’expansion de Bombardier avec Porter
    et bien humm
    je me demande quel scénario suivez-vous?

  • André Leclerc - Abonné 12 mars 2019 08 h 45

    Décision tout à fait discutable du point de vue de la gestion du risque

    Hier j'’espérais vraiment que Transport Canada prendrait une autre décision. Mais le ministre Garneau a confirmé dans le courant de la journée que Transport Canada n’émettrait pas une directive interdisant de vol les B-737 Max canadiens. M. Garneau justifie sa position en nous mettant en garde de ne pas précipiter une décision basée sur des données préliminaires. En réalité, c’est évidemment une décision économique justifiée par la faible probabilité qu’un tel accident survienne une autre fois dans l’attente de l’implantation d’une modification aux logiciels de contrôle automatique de l’angle d’attaque. La logique même en gestion de risques nous dicterait d’adopter une position préventive dans ce genre de situation : ce que les pilotes d’Air Canada ont prudemment et poliment demandé au ministre en lui suggérant d’être pro-actif.
    M. Garneau a pourtant une formation et une expérience techniques suffisantes pour comprendre les faits et faire la part des choses concernant les hypothèses posées après les deux crashs survenus dans des circonstances apparemment similaires.
    Les simulateurs de vol ne semblent pas intégrer le changement introduit en novembre à la suite du premier crash. Comment alors assurer que la formation soit adéquate (en supposant que les conditions du simulateur reflètent d’ailleurs les conditions réelles de vol suite aux changements apportés dans la position des réacteurs plus grands, placés plus en avant de l’aile et plus haut afin de conserver le dégagement au sol.
    Les B-737, opérés depuis 1968, ont une bonne cote de sécurité qui s’est constamment améliorée jusqu’à la série New Generation. Mais ces deux crashs coup sur coup sonnent l’alarme. L’aviation commerciale n’est pas la NASA. La prévention est l’approche à favoriser : trouver des alternatives à l'utilisation de ces appareils afin de réduire l’impact économique tant que les hypothèses n’ont pas été validées et les bons correctifs développés, testés et implantés.
    André Leclerc
    Montréal

  • Gilles Bonin - Abonné 12 mars 2019 09 h 39

    Ajout:

    On apprend à l'instant que l'Australie et le Royaume-Uni, par précautions, viennent de décider de garder ces avions au sol... Alors, M. Garneau, vous prenez le prochain vol 737 Max8 ?