L’heure de la parité a-t-elle sonné à Ottawa?

Le premier ministre Justin Trudeau et ses ministres lors de leur arrivée au Parlement le 4 novembre 2015
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau et ses ministres lors de leur arrivée au Parlement le 4 novembre 2015

«Le Devoir» relance en ce 8 mars la Vigie parité, un projet qui durera jusqu’au début de la campagne électorale. Il mesurera régulièrement le pourcentage de candidates investies dans chaque parti en vue des prochaines élections.

Le cabinet 50-50 de Justin Trudeau donne peut-être l’image d’un Canada qui aurait atteint la parité politique. Sauf que la réalité des chiffres indique autre chose : avec un quart des parlementaires qui sont des femmes au gouvernement fédéral, le pays se situe au 63e rang mondial en la matière. La campagne électorale qui se profile permettra-t-elle au Canada de suivre l’exemple tracé par le Québec l’automne dernier ?

« C’est ce qu’on espère, dit Thérèse Mailloux, présidente du conseil d’administration du Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD). Mais le Canada part de plus loin que le Québec, et ça évolue très lentement au fédéral. Le Canada reste globalement un mauvais élève en matière de parité. »

Les données de l’Union interparlementaire — qui compare la représentativité des femmes dans 193 parlements — placent le Canada derrière plusieurs démocraties douteuses. N’empêche que les 26,9 % de femmes élues en 2015 (88 députées) représentaient un record canadien. Elles étaient 20 % en 2000, et moins de 10 % en 1984.


 

Depuis l’élection d’Agnes Macphail en 1921 (elle siégera 19 ans à Ottawa, dont 14 en tant qu’unique femme élue au Parlement), les députées sont certes de plus en plus nombreuses au fil des élections. Mais le GFPD calcule qu’au rythme actuel de croissance, il faudrait attendre encore 105 ans (ou 27 élections) avant d’avoir un Parlement paritaire.

Or, la recette du progrès est connue — et pratiquement mathématique : il faut plus de candidates pour avoir plus d’élues (et, bien sûr, offrir aux femmes des circonscriptions où elles ont une chance de l’emporter…).

Le Québec en a donné un exemple concret lors de la dernière campagne provinciale. Avec un bassin record de 47 % de candidates, les électeurs ont composé une Assemblée nationale au-dessus du seuil de la parité (41,6 % d’élues).

C’est la première juridiction canadienne à atteindre ce palier symbolique, note le groupe À voix égales/Equal Voice. « L’Ontario et la Colombie-Britannique sont aussi très proches, ajoute Thérèse Mailloux. On parle ici des trois provinces les plus populeuses du pays, ça envoie un signe encourageant. »

Pour mesurer la progression : les élections québécoises de 2014 avaient mené à l’élection de 29,6 % de femmes. Un peu plus du tiers des candidats des quatre principaux partis étaient des femmes lors de ce scrutin.

Au fédéral, les élections de 2015 ont mené à l’élection de 26 % de femmes, alors que le bassin de candidats des quatre grands partis (libéraux, conservateurs, néodémocrates et verts) était composé d’exactement un tiers de femmes. Le Bloc québécois avait pour sa part 28 % de candidates.

26,9 %
Le pourcentage de femmes qui ont été élues aux élections fédérales de 2015

Quels efforts ?

Ce sont les néodémocrates (43 % de candidates) et les verts (40 %) qui ont fait il y a quatre ans les efforts les plus probants pour recruter des femmes. Les libéraux de Justin Trudeau (31 %) et les conservateurs (moins de 20 %) avaient quant à eux fait reculer la moyenne.

Quels efforts seront faits en 2019 pour améliorer ces performances ? Interrogés dans les derniers jours par Le Devoir, tous les partis ont eu la même réponse : il est difficile de viser un objectif précis, puisque ce sont ultimement les membres des associations de circonscriptions qui élisent leur candidat. « Nous n’avons pas de contrôle sur le résultat final », souligne un organisateur conservateur.

 

Malgré cela, le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti vert du Canada (PVC) ont tous deux l’objectif officiel d’avoir au moins 50 % de candidates à travers les 338 circonscriptions du pays.

Au Parti libéral du Canada (PLC), qui propose à tous ses députés actuels d’être candidats de nouveau et sans investiture (à condition que leur association de circonscription ait rempli des objectifs d’engagement communautaire), on veut forcer les circonscriptions orphelines à faire un réel effort de recrutement.

« Pour qu’une assemblée d’investiture puisse être convoquée, l’association de circonscription doit être en mesure de documenter sa recherche approfondie de candidates potentielles et d’autres candidats de la diversité », indique le PLC sur son site Internet.

Le nouveau chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, dit pour sa part avoir « exprimé clairement et avec insistance sa volonté que le Bloc atteigne la zone paritaire [40 %] dans les candidatures ». Il a « donné le mandat au parti de se montrer proactif » pour y arriver.

Pour Thérèse Mailloux, il est important que « les partis comprennent qu’il est totalement possible de concilier démocratie locale [les investitures décidées par les membres] et parité — ou zone paritaire ».

Le Parti populaire du Canada n’aura toutefois pas cette préoccupation. Le porte-parole de Maxime Bernier, Martin Masse, indiquait la semaine dernière que les popularistes n’ont « aucune mesure pour [atteindre la parité dans les candidatures]. On est en train de se structurer, mais il y a aussi qu’on n’embarque pas dans le jeu de “il faut des quotas de chaque groupe d’intérêt”. On est tous Canadiens, quel que soit le groupe, et on vise le maximum de candidatures pour être le plus représentatif possible du Canada ».